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2 janvier 2023 1 02 /01 /janvier /2023 18:59

Cette nouvelle est un message d’espoir que je vous livre.

 

Parce que certains faits sont pour nous deux une réalité tangible…

Parce que nous avons été confrontées à des situations hors norme et que cette anormalité est devenue la norme…

Parce que la vie a mis sur notre route des personnes qui nous ont fait partager leur vécu et que nous nous sommes reconnues dans leurs histoires…

Parce qu’un jour notre Grand-Oncle, qui s’apprêtait à nous quitter, nous a offert l’Eternité, effaçant notre peur de l’Après…

J’ai voulu écrire cette histoire qui n’est pas une fiction.

Sarah existe, Patrice aussi !

L’invisible sait se rendre visible, nous pouvons en témoigner.

Dominique

 

Sarah

Je m’appelle Sarah, j’ai 5 ans et j’ai pas de frère ou de sœur, de toute façon j’ai pas de papa, alors !

Je vais à l’école et j’aime ça parce que ma maîtresse, elle est super géniale !

Avec elle c’est chouette, on fait plein de trucs et même qu’elle fait tout comme nous. On danse ensemble, elle fait la peinture avec nous et elle a des idées géniales ! Quand on va à la Bib et qu’on traverse la cour, en restant bien derrière elle, faut pas la doubler, elle fait exprès d’accélérer puis de ralentir, alors on se tamponne, c’est rigolo ! Dans la cour, elle fait même la queue avec nous pour avoir une patinette. Et après on fait la course !

Mais moi ce que je préfère c’est quand elle est assise sur le banc pour nous surveiller. Elle ne le dit pas mais je sais bien qu’elle est contente comme tout quand on vient s’asseoir à côté d’elle. Moi, je viens à tous les coups, alors elle dit « Tiens, voilà ma sécotine chérie ! ». Mais y’a une maîtresse que j’aime pas, c’est celle des moyens. On a pas le droit de l’appeler maîtresse ou par son prénom, il faut dire « madame » ! Quand elle sort dans la cour et qu’elle vient s’asseoir sur le banc, hop, elle nous fait partir !

Je sais bien que ça ne lui plaît pas à ma maîtresse, elle me fait un petit clin d’œil avant de me dire « allez ma louloute, va te dégourdir les gambettes ! ».

A l’école, y’a aussi un maître. Il n’est pas là tout le temps, y vient pour parler avec les bagarreurs mais aujourd’hui la maîtresse a prévenu que Patrice allait parler avec nous, chacun à son tour. Avec mes copines, on sera les premières !

Je l’aime bien Patrice, mais je sais pas ce que je vais lui dire !

P’t être que ça sera comme avec maman et qu’y va trouver que ce que je dis c’est bête !

Maman, quand je suis à la maison, elle me dit toujours de me faire oublier parce qu’elle a du travail par-dessus la tête. C’est pour ça que cette année c’est bien, je mange à la cantine et je vais à la garderie, comme ça j’ai des copains pour parler. Eux y trouvent leurs parents chiants. Fais pas ci, fais pas ça, et hop, une baffe ! Moi, jamais, mais j’sais pourquoi. Ma mère, elle s’en moque de moi. Grand-mère, elle l’avait bien dit un jour que je boudais parce qu’elle m’avait grondé « quand on aime bien les enfants, on les punit ! ». Enfin un truc comme ça. Moi, maman, elle me punit jamais, c’est bien la preuve !

La dernière fois, je l’ai dit à ma maîtresse, elle m’a pas crue, elle m’a dit qu’une maman aimait toujours ses enfants ! C’est pareil, elle m’a regardée avec des yeux tout ronds quand je lui ai dit que ma grand-mère venait me voir tous les soirs. Pourtant, c’est vrai !

Elle vient quand maman a fermé la porte de ma chambre !

Elle dit rien, elle me regarde et elle me sourit. C’est bien mais j’aimais mieux quand elle me lisait une histoire avant de m’endormir. P’t être qu’elle sait pu lire ?

Y’a pas longtemps j’ai demandé à maman si Grand-mère savait encore lire, elle m’a envoyée promener. Elle a crié « mais qu’est-ce que j’ai fait pour avoir une fille pareille ? « , et puis elle a pleuré ! Je voudrais bien lui dire pour Grand-mère quand elle vient le soir, mais elle me croira pas.

Ma Grand-mère, c’était mon grand amour et moi j’étais son p’tit amour, mais elle est morte ! Comme ça, tout d’un coup !

Maintenant je n’la vois que le soir, elle me parle avec le cœur, pas avec sa voix. J’entends rien mais je comprends tout. Elle me dit que je n’dois pas être triste, qu’elle nous protège. Elle vient pour maman aussi mais elle, elle la voit pas !

Le maître est venu comme la maîtresse avait dit. D’abord elle lui a parlé puis on est parti avec lui. Y’avait mes copines, Margaux et Zoé. Il est beau Patrice, il est tout frisé avec une grosse moustache qui chatouille quand il nous fait le bisou.

Il a commencé par nous raconter une histoire de fantômes trop drôle*. Ça se passe dans un château et les fantômes entendent des gros boums. Alors ils descendent dans la cave pour chercher d’où vient le bruit. Le plus rigolo, c’est quand ils mangent. Si c’est de la soupe au potiron, ils deviennent tout orange. Si c’est du gruyère, ils sont plein de trous !

A la fin de l’histoire, on était mortes de rire. Après, Patrice nous a demandé si on croyait aux fantômes ; mes copines, elles ont dit non mais moi j’étais pas d’accord ! Il nous a laissé un petit moment pendant qu’on dessinait ce que nous avons aimé le mieux dans l’histoire mais il est vite revenu pour demander à Zoé de retourner en classe finir un travail. Margaux a raconté son dessin pendant que je finissais le mien et elle partit aussi. Moi c’était long parce que c’est pas facile de dessiner un fantôme qui sort d’une malle !

Patrice m’a dit de pas m’presser et on a parlé. C’est drôle mais quand je lui ai raconté que j’aimerais bien que Grand-mère soit aussi drôle que la Tata Gligli de l’histoire, il a pas eu l’air de trouver ça bête ! Y m’a posé des questions sur elle, y m’a même dit que je pouvais lui dire de partir pour aller où elle devait aller. Mais je peux pas lui dire ça à Grand-mère, elle peut pas partir encore !

J’ai bien compris qu’elle attendait que maman ait compris qu’elle était toujours là même si on la voit pas !

Patrice a été drôlement chouette, y m’a parlé anglais, y m’a dit « no problem, Darling » ! Ce mot là, je le connaissais pas, c’est lui qui m’a expliqué. En me raccompagnant en classe il m’a demandé si je voulais qu’il parle à maman. Ben oui, ça je veux bien !

Le maître a donné rendez-vous à maman pendant que j’étais à la garderie et j’avais un peu la trouille quand maman est venue me rechercher. Grand-mère m’a dit que je devais avoir confiance mais qu’est-ce qui va se passer si elle ne croit pas Patrice !

Quand on a quitté l’école et que maman m’a demandé si je voulais aller manger au restau, j’ai tout de suite compris que Grand-mère avait raison !

Il est quand même vachement fort le maître !

Dans la voiture, quand j’attachais la ceinture de sécurité, maman s’est retournée et elle m’a dit un truc dingue. « Alors, comme ça, il paraît que je suis la maman d’une petite fille formidable ? ». Moi, j’ai rien répondu, je savais pas quoi dire !

Quand on est arrivées dans le restaurant, on s’est installées l’une en face de l’autre, comme si on était deux grandes personnes, on a choisi dans le menu et pendant qu’on attendait, maman m’a demandé si je voulais bien lui parler de Grand-mère. Alors je lui ai tout dit ! A la fin, maman s’est mise à pleurer. Le serveur est venu lui demander si ça allait mais elle lui a dit que c’était des larmes de bonheur ! A moi, elle m’a demandé si je voulais bien que ce soir elle vienne dans ma chambre pour voir Grand-mère.

Dans la voiture, en revenant, j’ai demandé à maman ce que Patrice lui avait dit. Elle m’a répondu que j’étais un peu petite pour tout comprendre et qu’elle pouvait juste me dire que lui aussi un jour, il avait vu quelqu’un qui était mort. C’était son papa et cela l’avait beaucoup aidé quand lui, Patrice, était malade.

Du coup, j’ai demandé à maman où il était le mien, de papa. Elle m’a dit qu’il était parti avant ma naissance et qu’elle ne savait plus rien de lui mais qu’elle me monterait des photos. En tout cas, c’est sûr qu’il est vivant parce que je ne l’ai jamais vu comme Grand-mère !

Quand j’ai répondu ça, maman a donné un grand coup de frein avant de se garer, puis elle m’a demandé si je voyais souvent des fantômes. Elle a eu du mal à faire redémarrer la voiture quand je lui ai dit que oui.

Le soir, elle est venue avec moi pour attendre Grand-mère. J’avais peur qu’elle ne vienne pas, mais non ! Maman n’a rien vu, elle a juste senti un frottement sur son bras quand Grand-mère s’est approchée d’elle pour la caresser.

Tout ce que Grand-mère m’a dit avec le cœur je l’ai répété à maman. Elle se taisait mais elle n’arrêtait pas de faire oui de la tête. Je n’ai pas bien tout compris ce que je répétais, comme quand je lui ai dit qu’elle devait s’aimer et se pardonner ses erreurs, mais bon ! Je ne savais pas que les parents faisaient eux aussi des bêtises. En tout cas Grand-mère a eu raison de dire à maman qu’elle avait le DEVOIR d’être heureuse et qu’elle le serait si elle avait le courage de faire ce qu’elle avait toujours eu envie de faire. Je le connais le rêve de maman !

Son rêve, c’est de s’occuper d’une jardinerie, c’est le métier qu’elle a appris mais qu’elle n’a pas pu faire quand je suis née. C’est beau de s’occuper de la Nature.

Grand-mère m’a dit aussi qu’elle allait bientôt nous laisser parce qu’elle était rassurée. Je ne suis pas triste parce qu’elle m’a promis que son esprit viendrait souvent nous faire des petits coucous.

Quand Grand-mère est partie, maman m’a dit tout à coup « tu sens le parfum de ta Grand-mère ? ». Et c’est vrai, dans ma chambre ça embaumait Opium comme quand elle était là !

Ce soir là, maman a fait une chose qu’elle avait jamais fait avant, elle a dormi dans ma chambre ! Et on s’est dit tous nos secrets !

Moi, le mien c’est de m’occuper des bêtes parce que les bêtes, je les comprends. C’est comme avec Grand-mère. Eux ils ne me parlent pas mais ils me montrent des images que je VOIS DANS MA TÊTE. Parfois c’est très triste.

En entendant mon secret, maman m’a serré fort et elle m’a dit « merci, oh merci, ma puce ». Quand je lui ai demandé de quoi elle me remerciait, elle a dit «de m’agrandir le Monde ».

En tout cas, c’est ma maîtresse qui avait raison de dire que les mamans aiment toujours leurs enfants ! C’est juste que parfois les gens y sont trop malheureux !

Dominique

 

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2 janvier 2023 1 02 /01 /janvier /2023 18:00

 

Au royaume de l’absurde, la folie est reine !

Délire d’auteur...

Voilà que j’ai une petite envie de Vallespir aujourd’hui…

Allez, hop, j’enfourne mon attirail de rando dans la voiture et je file sur Corsavy !

église Saint-Martin de Corsavy

J’adore Corsavy, petit village typique perché au dessus des gorges de la Fou et de la vallée du Tech, point de départ de nombreuses randonnées, mais surtout, havre de paix, loin du tumulte estival des zones littorales ; l’idéal pour décompresser sans faire des heures de route.

Ciao, les fous !

Aujourd’hui, petite marche tranquille autour du hameau ; j’ai surtout besoin d’un bon bain de nature et de silence, bien plus que d’une performance sportive. Inspirer, expirer, sentir, toucher, vibrer à l’unisson d’un univers sauvage et libre, me connecter aux arbres.

J’avance, le nez en l’air, sécurisée par mes bâtons, fouillant des yeux le feuillage des arbres, espérant y surprendre quelque habitant, à poils ou à plumes. Je botanise un peu, même si dans ce domaine, je ne fais que balbutier. C’est une occasion de vérifier mes connaissances, en quelques sortes...

Je vais, je viens, j’improvise au gré de mes envies, de mon intuition, jusqu’à ce qu’un petit creux à l’estomac se fasse sentir, me poussant à chercher un endroit propice à la restauration. J’avise alors une jolie clairière et un tronc d’arbre idéal pour me servir de siège. Voilà une salle à manger cinq étoiles, avec vue sur les monts du Vallespir, la tour et le village en contrebas… C’est grandiose ; je revis.

Tiens! J'entends des voix ; une voix d’enfant en particulier. Des promeneurs… Normal, je me promène, pourquoi d’autres ne le feraient-ils pas ? Une petite fille surgit bientôt dans la clairière, sa chevelure bouclée jaillissant d’un chapeau de paille à larges bords ; un petit chien beige batifole à ses côtés, genre boule de poils hirsutes ; un peu court sur pattes, mais sympa… M’apercevant sur mon trône végétal, la gamine s’immobilise et se retourne en adressant un signe discret à un ou des accompagnateurs encore dissimulés à ma vue. Moins hésitant, le chien file droit sur moi en battant de la queue.

Une femme surgit à son tour du couvert et rejoint l’enfant; randonneuse « pur jus » : bermuda, gros godillots et sac à dos. Avec ses cheveux gris, il s’agit sans doute d’une retraitée comme moi, et comme la plupart des marcheurs qu’il m’arrive de croiser en chemin ; les jeunes marchent peu. C’est dommage.

La femme et la petite fille échangent quelques mots avant de se décider à avancer dans ma direction. Le chemin passe devant mon tronc d’arbre avant de s’enfoncer à nouveau dans la forêt… Difficile de m’éviter ! De toute façon, le chien m’a déjà rejointe et frétille autour de moi, vivement intéressé par le contenu de mon sac à dos.

- Presto ! Non !

Un regard de mendiant me fixe avec intensité ; je résiste. « Presto »… Tiens, c’est drôle…

- Bon appétit ! S’écrie la femme avec un large sourire.

- Bon appétit, ajoute la petite fille en écho, sa jolie frimousse halée rayonnante.

Il s’ensuit un petit échange de banalités sur le temps radieux, le paysage somptueux, la paix royale, avant que la randonneuse en chef ne donne le signal du départ :

- Allez, les enfants, on continue !

La petite fille est déçue :

- On ne mange pas là ? J’ai faim, moi !

- Mais non, on va aller un petit peu plus loin.

J’interviens :

- Mais vous pouvez vous installer là, il y a de la place et d’autres troncs d’arbres !

- On ne voudrait pas vous embêter !

- Mais pas du tout ! Je ne déteste pas la compagnie, au contraire !

La petite est ravie. Derechef, elle avise une souche à proximité et s’y installe en soupirant d’aise après s’être débarrassée de son sac à dos.

La femme - sa grand-mère, peut-être - hésite encore :

- Mais vous êtes sûre ?

- Tout à fait !

- Bon.

Oui, je suis sûre. Je ne sais pas pourquoi, ces deux-là me sont sympathiques. Ces trois-là, devrais-je dire ; le chien est craquant. J’ai l’impression d’avoir des tas de choses à leur dire comme si je retrouvais de vieilles connaissances.

- Bon, Presto, tu laisses la dame ! reprend la femme en empoignant le chien par son collier pour le tirer en arrière. Vic, appelle-le !

Là, je sursaute. De plus en plus bizarre ! Presto, Vic… Une pensée me traverse mais elle est tellement folle que je la rejette aussitôt. Oui, mais quand même, ces noms-là, précisément… C’est troublant. Je ne crois pas vraiment au hasard.

- Heu… Excusez-moi, mais…

J’hésite encore. Ce à quoi je pense est complètement impossible.

La femme attend, le regard interrogatif :

- Oui ?

Je secoue la tête :

- Non… Rien. Enfin, je ne sais pas… Vous êtes… Vous ne seriez pas…

Elle attend. Je me jette à l’eau :

- Alice… Alice Paradou.

Je la vois hausser les sourcils, surprise, puis les froncer, intriguée, pour ne pas dire interloquée :

- Oui. Oui, je m’appelle Alice. Mais… On se connaît ?

Je reste abasourdie. C’est dingue. Complètement dingue.

- Oui, on se connaît. Enfin, moi, je vous connais bien… Et Victorine aussi. Et même Presto.

Son demi-sourire, mi-figue mi-raisin, me laisse à penser qu’elle me croit folle ou que c’est elle qui le devient.

Elle se laisse tomber sur une souche proche de mon tronc d’arbre. Presto en profite pour venir me coller et renifler du côté de mon casse-croûte. Je suis si heureuse de le voir, de pouvoir le toucher. J’en profite ! Il me rappelle tellement Léo.

Victorine se rapproche ; elle doit se sentir un peu isolée et, comme je la connais, il lui est sans doute très désagréable d’être mise à l’écart. Elle est belle, cette petite… Intelligente, directe, drôle, sans jamais être culottée, le genre d’enfant dont on aimerait remplir sa classe, « l’élève friandise », comme dit Daniel Pennac. C’est tout à fait ça.

Je pointe un doigt sur ma poitrine :

- Moi, c’est Frédérique. Frédérique Longville.

Le visage d’Alice s’éclaire soudain ; elle ouvre la bouche pour émettre un son qui ne sort pas ; ses yeux riboulent, elle hoche plusieurs fois la tête, déglutit :

- Incroyable ! s’écrie-t-elle enfin.

Je pense qu’elle va avoir du mal à se remettre de sa surprise ; plus que moi, peut-être. Mais elle a raison, c’est incroyable.

- Oh, je ne t’ai… vous ai… Enfin, il faut dire qu’on ne s’est jamais vues. On se tutoie ou on se vouvoie ?..

- Je crois qu’on peut se dire tu ; on est quand même très proches, non ?

Nous partons d’un grand éclat de rire. Victorine nous observe alternativement avec étonnement et circonspection. Elle ne comprend rien évidemment. Presto, lui, s’en fiche. Il se laisse caresser et tout va bien pour lui.

- Proches, oui, répond Alice, mais toi tu me connais nettement mieux que je ne te connais.

Je concède. Nous ne sommes pas tout à fait à égalité. Je pourrais dire que je la connais presque intimement ; pas elle. Loin de là.

Tout en parlant, Alice a déballé son pique-nique.

- Vous, reprend-elle… Toi, je veux dire… Tu es d’ici ?

- Non, j’habite dans la plaine. Il y a tellement de monde en bas que j’avais besoin de solitude. Et Corsavy est un de mes endroits favoris.

- Je m’en doute…

- Hé oui ! Corsavy, Saint-Guillem…

- Forcément, on a les mêmes goûts !

- Naturellement !

Nouvel éclat de rire. Victorine fronce les sourcils :

- Je comprends rien, déclare-t-elle.

- On t’expliquera, répond Alice. Mais, tu es quand même originaire des Pyrénées Orientales ?

- Non, non. Je suis née à Clamart, près de Paris. J’ai commencé à aimer cette région enfant, avant même de la connaître parce que notre mère, qui l’avait découverte en 1940, en parlait tout le temps comme d’un petit paradis. Après, nous y sommes venus en vacances tous les ans, en camping , puis nous avons acheté la maison. A l’aube de l’an 2000, ma sœur et moi, nous avons obtenu ensemble notre mutation. Un coup de chance incroyable ! Et nous avons terminé notre carrière ici, dans les PO. A la retraite, elle s’est mise à peindre et moi à écrire.

- Carrière de quoi ?

- Instit. Enfin, « prof des écoles ».

Victorine sursaute et me dévisage avec des grands yeux ébahis :

- T’es une maîtresse ?

Je lui adresse un sourire rassurant :

- J’étais, je ne le suis plus. Maintenant, j’écris. C’est pour ça que tu es là… Et Alice… Hugo, Camille...Vous ne seriez pas là sans moi !

Je sens que j’ai rajouté une couche à sa perplexité.

- Moi, je comprends pourquoi tu connais si bien les enfants, remarque Alice.

J’esquisse un petit sourire modeste ; oui, c’est vrai qu’ils sont très présents dans mes écrits, comme les animaux ; chiens, chats, chevaux, la nature…

- En tous les cas, reprend Alice, moi, je ne te remercierai jamais assez de m’avoir installée dans ce décor. C’est fabuleux ici. Qu’est-ce que je suis bien ! Et dans mon entourage, je t’assure que personne ne me contredira.

Un peu déçue par la conversation,Victorine a pris son sandwich et est partie explorer la clairière avec Presto ; c’est vrai qu’à son âge, on a mieux à faire qu’à papoter.

- Tu n’aimerais pas venir t’installer ici ? poursuit Alice.

- Oh, ça m’arrive d’y penser. Mais j’aime bien ma maison et l’idée de déménager encore ne me sourit pas vraiment. J’ai fait mon trou ; nous avons un bon réseau d’amis. Je n’ai pas envie de recommencer tout ça.

- Je comprends. Mais on pourra toujours se voir de temps en temps, se rendre des petites visites, échanger des idées pour la construction de notre nouveau monde. C’est ça, notre but, maintenant, n’est-ce pas ?

- Tout à fait.

Elle m’adresse un clin d’œil en mordant dans son sandwich. Je suis curieuse :

- Moi, je serais heureuse de rencontrer Camille, Hugo, et tous les autres… Ils vont bien ?

- Très bien ! Mais, dis-moi, tu as écrit combien de livres ?

- Une dizaine…

- Waouh ! Félicitations !

- Merci.

Elle avale quelques bouchées, le regard perdu sur le paysage, puis :

- Et qu’est-ce qui t’a donné l’idée d’écrire cette histoire ? La mienne, je veux dire…

Je réfléchis pour essayer de résumer brièvement ma démarche initiale :

- Hé bien, j’ai constaté que beaucoup de personnes autour de moi sacrifient leurs aspirations profondes aux conventions sociales ou familiales… Comme toi, au début, tu te souviens ? Tu étais incapable de dire « non » à ta fille qui en profitait pour t’exploiter… Ou comme ton fils, qui se laissait « bouffer » par son travail et par les exigences de sa femme avant de réaliser qu’il ne vivait pas ce qu’il souhaitait vraiment… ou comme ton autre fille, Camille, qui se laissait « utilisée » par ses amis, ses relations. Beaucoup de gens ne savent pas dire « non » parce qu’ils ont peur d’être rejetés.

- Oui, c’est vrai. Tu m’as bien aidée, et Nicolas et Camille aussi. Merci aussi pour tout ça !

- De rien. Tu sais, j’avoue que moi aussi, j’ai encore du mal à dire « non ».

Alice éclate de rire :

- Je te donnerai des conseils !

Victorine revient vers nous en sautillant, flanquée de son fidèle compagnon :

- Nanie, quand est-ce qu’on repart ?

- Bientôt, répond Alice machinalement.

Je pense qu’en réalité, elle n’est pas du tout pressée de lever le camp.

- En tous les cas, j’ai l’impression que tu n’as pas eu trop de mal à trouver le sujet de la suite du premier livre !

J’en conviens.

- Les circonstances s’imposaient ! On a vécu des choses tellement incroyables, le virus, les confinements et tout ce qui a suivi… Je ne pouvais pas passer à côté de ça.

- C’était une très bonne idée, cette suite ; on était tous contents de s’y remettre ! Et moi, je suis partante pour un troisième tome. Tu y songes ?

- De temps en temps. Mais il faut attendre un peu parce que j’ai fait se terminer le second en 2025 ! Je ne peux pas commencer avant.

- Ah, ça va faire long…

- Oui, mais ça me laisse le temps de peaufiner le sujet !

- Tu veux dire, ça « nous » laisse ! On pourra se concerter maintenant qu’on s’est rencontrées.

- Oui, bien sûr ! Et ça nous laissera le temps aussi de voir comment la situation mondiale évolue… La guerre, le Covid…

- On en sera peut-être à la vingt-cinquième vague… Ou plus ?

- Ils auront peut-être trouvé autre chose, va savoir. Il ne sont jamais à court d’idée pour faire peur aux gens afin de les manipuler plus facilement. Mais je pense que nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre et à ne plus nous laisser faire. Nous allons sans doute finir par évoluer dans deux univers distincts ; d’un côté, ceux qui ont peur et ceux qui veulent continuer à vivre dans une société artificielle de profit et de plaisir ; de l’autre, ceux qui ont la volonté de créer une autre société, plus équitable et plus respectueuse du vivant. Ce sera peut-être le thème du troisième tome… Partante ?

- Et comment ! Je vais y réfléchir de mon côté.

Alice se redresse et soupire d’aise :

- Tu redescends sur Corsavy, maintenant ?

- Oui.

- On fait le chemin ensemble ?

- Bien sûr ! Comme ça, on pourra continuer à papoter !

- Et Vic sera contente de repartir ; avec elle, il faut que ça bouge !

- C’est normal, à son âge… C’est même rassurant.

Nous rangeons et nous nous mettons en marche aussitôt. Victorine et Presto nous précèdent gaillardement. A l’arrière, nous passons en revue les différents protagonistes de ma « saga »et Alice m’informe du décès de Marc, le mari de Cathy, sa voisine, qui n’a pas résisté à un second infarctus. Et dire que moi, l’auteur, je n’en ai rien su ! Parfois, les personnages vous échappent et n’en font qu’à leur tête ! Ce n’est pas la première fois que je constate ce phénomène : je monte un projet, je dresse un synopsis, je sais à peu près où je vais et soudain… Paf ! Un personnage déraille, en entraîne un autre et je suis obligée de changer de direction et d’inventer un nouveau scénario. Il m’arrive de me féliciter de leurs initiatives, mais si ce n’est pas le cas, je recadre ! Non mais, c’est qui, l’auteur ? Hein ??? On n’est pas là pour écrire n’importe quoi, quand même !

 

Nous voilà de retour à Corsavy. Ma voiture est au parking et Alice continue sa route jusque chez elle, à la périphérie du village. Elle me suggère de venir boire quelque chose mais je décline en dépit de mon envie d’aller voir sur place à quoi ressemble vraiment le « Cortal ». J’ai tout imaginé, mais je pourrais bien être surprise !

Ce sera pour une autre fois. On m’attend à Saint G. et je ne peux plus guère m’attarder ; avec les touristes, le trajet risque d’être un peu plus long qu’à l’accoutumée.

- La prochaine fois, je viens avec ma sœur ! Tu sais, elle te connaît presque aussi bien que moi. Elle lit, relit, re-relit… Elle sera ravie de te rencontrer. Souvent, en blaguant, quand on a envie de venir à Corsavy, on dit : « on va voir Alice ? ».

- Hé ben, tu vois, c’est possible !

- Oui, on a raison de dire que l’on crée sa réalité. Nos pensées sont des énergies susceptibles d’agir sur la matière… De condenser la matière… Mais je n’aurais jamais imaginé en avoir une telle preuve.

- C’est la première fois que tu rencontres tes personnages ?

- Oui, et je peux te dire que c’est drôlement émouvant !

- Du coup, il faudrait prévenir les auteurs pour qu’ils fassent attention à ce qu’ils écrivent !

- Oh là là, oui ! Tous ces livres hyper violents, ces films… Pas étonnant que le monde aille si mal !

- Allez ! Pensons positif ! On l’a compris, c’est important ! On s’embrasse ?

Nous nous étreignons chaleureusement ; Victorine arrive pour me sauter au cou et Presto me couvre de léchouilles baveuses.

- Mais alors, t’es qui ? questionne Victorine qui n’a toujours pas pu assouvir sa curiosité.

J’adresse un clin d’œil à Alice :

- Nanie va t’expliquer, c’est un peu compliqué…

Je les regarde s’éloigner tous les trois, heureuse, comblée, très émue. Ils sont beaux. Je les ai vus, touchés, embrassés ; je leur ai parlé… C’est magique !

Soudain, Alice se retourne :

- Hé, tu pourrais peut-être organiser une grande réunion de tous tes personnages ! Ce serait drôle de se rencontrer tous !

Ça aussi, j’y ai déjà pensé.

- Je vais y réfléchir !!!

 

Bon, en attendant, j’ai du pain sur la planche. J’ai laissé tomber ma Lison en Ariège et je ne sais pas trop comment faire évoluer cette histoire-là. Il va falloir que je me penche sérieusement sur l’élaboration d’un synopsis au lieu d’avancer à l’aveuglette ; ce n’est pas trop sérieux.

Et puis, il va falloir retrouver tous les autres ! Nicolas, Charlotte, Margaux, Thibault, Inès… Élisabeth et Gabriel… Mathilde et Valentine… Hé bien, ça va en faire du monde !

Tout ça nous rapprochera de 2025 et du troisième tome.

 

Pourvu qu’ils ne me réclament pas tous une suite...

 

Frédérique

 

L’histoire d’Alice :

Livre 1https://www.leseditionsdunet.com/livre/moi-aussi-jexiste

Livre 2https://www.leseditionsdunet.com/livre/la-liberte-au-coeur

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17 décembre 2022 6 17 /12 /décembre /2022 17:52

Voilà... Jules et Juliette ("C'est quoi, cette vie?") ont eu une fille, Jade... Qu'est-elle devenue, vingt ans après?

(Inspirée par un fait réel: le 30 avril 2022, huit étudiants d'Agro Paris tech appellent à déserter l'agro-industrie lors de la remise des diplômes...

https://www.novethic.fr/actualite/environnement/agriculture/isr-rse/des-etudiants-d-agroparistech-appellent-a-deserter-l-agro-industrie-en-pleine-remise-de-diplome-150785.html )

 

église romane de Jujols 66

église romane de Jujols 66

Ça, c’est la Vie !

 

 

Le nez collé à la vitre du TGV, Jade fuit.

Quelques heures plus tôt, devant un public admiratif, avec sept de ses camarades fraîchement diplômés, elle a lancé un appel à déserter, à tourner définitivement le dos aux métiers destructeurs auxquels leurs études les ont préparés, et à ne plus participer aux ravages écologiques et sociaux qu’ils impliquent. Chacun s’est appliqué à dénoncer les nuisances causées par l’agro-industrie avant d’énoncer le projet à contre courant qui lui tenait à cœur devant un public sidéré.

Passé cet instant de sidération, les applaudissement ont salué leur courage et leur détermination. Pas sûr que les enseignants et les parents présents aient été aussi enthousiastes que les étudiants, mais ils s’en fichaient : ils avaient voulu frapper un grand coup et ils avaient réussi.

Jade est satisfaite de leur petit coup d’éclat. Peu importe que sa mère, assise quelque part dans l’obscurité de la salle s’étrangle de rage et d’indignation ! Après tout, elle ne l’a pas prise en traître et si elle n’a rien vu venir, c’est qu’elle a volontairement ignoré les signes avant-coureurs

Jade a toujours été une brillante élève, conservant jusqu’à ce diplôme de fin d’études supérieures son année d’avance. Mais l’avenir que lui promettait cette filière ne l’intéresse pas, elle l’a toujours dit. Enfin, non, pas toujours… Au début, elle y croyait vraiment, s’imaginant acquérir les connaissances et les aptitudes nécessaires pour améliorer le sort des humains en développant, entre autres, des techniques de préservation de l’environnement. Mais ce qu’elle a découvert au fil des enseignements est tout le contraire et vise à tuer la planète à petit feu pour dégager toujours plus de profit. Et toujours pour les mêmes, les profits, bien sûr ! Surtout, que les pauvres soient toujours plus pauvres pour que les riches soient toujours plus riches !

Aujourd’hui, Jade et ses amis déserteurs ont acquis la conviction que l’agro-industrie nuit au vivant et que, dans ce domaine, les métiers proposés, certes lucratifs, font davantage partie des problèmes que des solutions. Elle aimerait convaincre d’autres jeunes. Mais ils sont trop peu à s’éveiller ; la plupart vit dans le virtuel et la réalité ne les intéresse pas.

Combien de fois Jade a-t-elle dit à sa mère au cours des semaines, des mois passés, qu’elle en avait assez ? Des milliers de fois...

Non, Juliette ne peut pas être vraiment surprise ; sa fille n’a terminé ses études que par respect pour l’engagement financier de sa mère. Oui, elle décrocherait son diplôme ; non, elle ne consacrerait pas sa vie à cette branche sans éthique et dévastatrice. Elle n’en a rien à faire d’amasser du fric, d’avoir trois ou quatre maisons et des grosses voitures.

Oh, bien sûr, Juliette est persuadée que sa fille est influencée par son père qu’elle présente volontiers depuis leur divorce comme un « bras cassé » en rupture de banc. Peut-être l’a-t-il effectivement sensibilisée, préparée à faire sécession... Mais en tout cas, il ne l’a jamais encouragée à tout plaquer. Jamais.

 

 

 

Jade avait sept ans lorsque ses parents se sont séparés. Sur le coup, elle en avait presque été soulagée. Suite à un « burn-out » sévère, Jules s’était retrouvé au chômage, plus rien ne le motivait. Bourré d’anxiolytiques, il se traînait toute la journée entre la lit et le canapé, devant la télé où il finissait de s’abrutir, incapable d’accomplir la moindre tâche ménagère ou d’envisager une quelconque solution d’avenir. Passée la patience compatissante des premiers temps, Juliette avait fini par le secouer pour le faire réagir ; c’est alors que la situation s’était envenimée. Les disputes éclataient à tout moment, poussant Jade à se réfugier dans sa chambre, la tête sous l’oreiller pour ne plus rien entendre des cris ou des insultes échangées.

Jusqu’au jour où Juliette avait demandé le divorce.

Jules n’avait pas dit non. Il n’en pouvait plus, lui non plus. Sans travail, sans domicile et sans autre alternative, il était retourné chez ses parents.

La paix était revenue chez Juliette et Jade.

Fortement marquée par ce qu’elle venait de vivre, Jade ne voulait pas voir son père.

Jules ne se battait pas non plus pour voir sa fille, se contentant des moments où elle venait rendre visite à ses grands-parents.

A cette époque-là, Jade observait son père avec méfiance, redoutait de se retrouver seule avec lui. Négligé et barbu, il lui faisait peur.

Puis un jour, Jules avait disparu.

 

 

 

Trois mois de silence absolu et d’interrogation. Jules s’était peut-être suicidé ? Sans doute non puisqu’il avait pris la peine d’emporter des affaires… Mais alors où était-il ?

Puis un jour, il écrivit à ses parents, à sa femme, à sa fille… Un ancien camarade de Khâgne l’avait convaincu de le suivre dans les Pyrénées Orientales, où avec un groupe d’amis il redonnait vie à un hameau ruiné perdu dans la montagne. Il allait mieux. Et sa fille lui manquait.

 

 

 

Jade est fière d’être allée jusqu’au bout de sa démarche, d’avoir bousculé les esprits. Son diplôme d’ingénieur, elle n’en a que faire. Comme ses amis, elle déserte pour se consacrer à la construction d’un autre monde, plus respectueux du vivant. Le paysage file à toute allure sous ses yeux. Elle n’arrive pas à être vraiment heureuse ; elle aurait tellement aimé que sa mère comprenne, et voit dans la décision de sa fille autre chose qu’un affront personnel ou une trahison.

A son retour chez elle, l’accueil a été glacial, laconique, définitif :

- Tu prends tes affaires et tu t’en vas.

Jade a tenté de parlementer, d’expliquer qu’elle était reconnaissante à sa mère pour ses études, qu’elles lui serviraient malgré tout et seraient un atout formidable pour sa vie future. Elle voulait juste décider de la meilleure façon d’exploiter ce précieux savoir.

Mais Juliette n’était pas en mesure de comprendre. Elle était blessée et voulait faire mal en retour. A la porte ! Elle avait flanqué Jade à la porte, suite à une condamnation sans appel.

Le cœur gros, Jade a rempli une valise, un sac de voyage et son sac à dos des affaires auxquelles elle tient le plus et quitté l’appartement parisien pour se réfugier chez une amie. Pendant une semaine, elle a tenté d’appeler sa mère, lui laissant des milliers de messages… Mais en vain. Elle n’a essuyé qu’une silence hostile.

- Va voir ton père, lui a suggéré son amie.

 

 

 

C’est ce qu’elle fait. Jade file vers les Pyrénées Orientales où, depuis l’âge de neuf ans elle passe la moitié de ses vacances, dans un petit village de montagne qu’elle a vu renaître à la vie, un endroit magique où, peu à peu, Jules a redonné un sens à son existence. Vacances de rêve qu’il valait mieux taire à sa mère, Juliette ne supportant plus la moindre évocation de son ex-époux. Oh, elle voyait bien que sa fille rentrait à regret à Paris ; même les vacances sur la côte d’Azur lui paraissaient fades comparées à ses séjours catalans ! Mais que pouvait-elle bien faire avec son père qui la rendait si heureuse ? Juliette aurait aimé le savoir tout en refusant d’en entendre parler.

Jade mourait d’envie de raconter la vie dans les hauteurs, ce petit monde qui était en train d’éclore sous ses yeux. Le village renaissait de ses cendres par la volonté d’une poignée de bénévoles autodidactes formés sur le tas aux métiers de maçons, électriciens, plombiers, plaquistes… Certains, comme Jules, avaient fait des études supérieures et tout plaqué pour « ralentir », trouver un rythme plus juste, plus harmonieux, plus authentique. Les maisons étaient restaurées dans le plus grand respect de l’architecture autochtone. La beauté, partout.

Jules s’était lié d’amitié avec le vieux chevrier, installé à la sortie du village ; il aimait le contact des animaux et lui apportait volontiers son aide.

Jade adorait s’occuper du troupeau, accompagner son père sur les sentiers escarpés à la recherche des meilleurs pâturages. L’ambiance du village était légère, joyeuse ; tout le monde se connaissait et le partage régnait en maître. Les disputes ne duraient jamais très longtemps. Chacun avait le même objectif en tête : construire un monde nouveau où les valeurs de la République seraient enfin respectées. Quelques artisans étaient venus s’installer, proposant en saison leur réalisations aux touristes et randonneurs de passage. Plusieurs familles étaient arrivées là avec des enfants et d’autres y étaient nés depuis.

Aujourd’hui, le vieux Marti a pris sa retraite et Jules lui a succédé à la chèvrerie. Il a hérité de tous ses secrets et fabrique de délicieux fromages qu’il va vendre sur plusieurs marchés de la région. Le village n’est pas vraiment autonome, mais chacun cultive un bout de jardin tout en ayant à cœur de faire travailler les petits commerces et les producteurs locaux ; pas question de mettre les pieds dans un supermarché car pour tous, la transition commence par un boycott systématique de l’agroalimentaire.

Si ce n’est pas le paradis, cela y ressemble beaucoup.

Comment Jade aurait-elle pu ne pas aimer cet endroit ? Son plus grand regret est de ne jamais avoir pu partager ce sentiment avec sa mère. Comment lui faire comprendre que le petit monde du village est heureux justement parce qu’ils s’est affranchi de presque tout ce que la société moderne a à leur proposer, de tout ce qu’elle a justement appris dans son école d’ingénieurs ? Comment lui faire admettre que la clé du bonheur et d’une vie réussie n’est ni le pouvoir ni l’argent, mais le Respect et l’Amour. Voilà la véritable abondance.

 

 

 

Jade n’a pas prévenu son père. Elle se réjouit de le surprendre. Elle a trouvé un conducteur « Blablacar » pour la mener à destination ; il lui a juste fallu l’attendre deux heures en gare de Perpignan, mais ce n’est pas grave puisqu’elle a tout son temps ! Cerise sur le gâteau : arrivés à Olette, il a même accepté de faire le détour jusqu’au village !

La voilà arrivée.

En embrassant le décor de ses vacances, la petite église romane en surplomb de la vallée, le majestueux Canigó et la chaîne dentelée des pics catalans, son cœur s’allège, ses tourments s’apaisent.

Jade aime les arbres, la nature, les animaux, les grands espaces… Elle ne désire qu’une seule chose, entrer dans l’action pour les protéger. Et elle sait où trouver le soutien, l’entraide dont elle a besoin. Là, au village. Loin des villes, de la foule, des gens qui courent sans savoir où ils vont, qui s’étourdissent de plaisirs factices, superficiels, en s’imaginant être heureux.

Au village, chacun possède peu, mais tout le monde est riche d’une richesse que nul ne viendra leur voler et qu’il est inutile d’assurer. Leur cas n’est pas unique : ici et là, les expériences similaires fleurissent, des communautés, des associations et aussi des individus isolés se mobilisent pour la restauration du vivant bafoué, meurtri, souillé et scandaleusement exploité. Les consciences s’éveillent lentement. Ils sont parfois découragés par cette lenteur, avec le sentiment de ne pas être assez nombreux pour inverser la vapeur et faire pencher la balance du bon côté, de ne pas aller assez vite, comparativement aux grands trusts qui filent vers le transhumanisme à toute allure.

Jade est souvent découragée par les comportements de ses semblables en quête de facilité, d’une technologie toujours plus performante et plus rapide. Mais que vont-ils faire de tout ce temps gagné ? Comment font-ils, tous ces gens, pour ne pas se rendre compte qu’ils sont de plus en plus dépendants des objets connectés ? Dépendants, donc localisés, espionnés, fliqués en permanence ! De plus en plus de personnes règlent leurs achats grâce à une application sur leur smartphone ; c’est tellement pratique ! Alors pourquoi pas une « puce » sous la peau pour gagner encore plus de temps, ne plus risquer de perdre leur papiers ou leur portable ? Combien s’en offusqueraient ? Combien se rebelleraient ? Même leur santé, ils la confient à des ordinateurs ! Les montres connectées qui surveillent en permanence les constantes vitales se vendent comme des petits pain car par dessus tout, les gens ont peur de mourir. Mais sont-ils seulement encore vivants ?

Il ne faut pas croire cependant qu’au village l’on vive au moyen âge ! Il y a des portables, des ordinateurs et des écrans de télévision, mais les habitants n’ont pas besoin de ça pour être en lien ou pour se distraire. C’est un plus, une commodité, parfois une nécessité pour communiquer avec des personnes éloignées géographiquement. La modernité a ses avantages et personne ne songent à les nier dans la mesure où elle ne réduit pas en esclavage. Le gros problème, c’est son pouvoir de séduction, la fascination qu’elle exerce sur les utilisateurs anesthésiés qui en veulent toujours plus et préfèrent en ignorer les dérives.

Jade est entrée en résistance contre cette technologie, mais aussi contre elle-même, afin de s’en tenir à une utilisation juste et rationnelle. Elle ne se refuse rien, même pas les réseaux sociaux, mais elle se surveille. Mais oui, il est tellement facile de succomber ! Grâce à l’intelligence artificielle, tout est possible aujourd’hui, ou presque : un robot est même devenu récemment PDG d’une entreprise chinoise*. Sans salaire, sans jours fériés, sans vacances ! Disponible 24h sur 24 ! Séduisant, non ?

Effrayant, oui !

Jusqu’où cela peut-il aller ? Il semble qu’il n’y ait plus de limite dans ce monde désorienté qui a perdu ses valeurs au point de bafouer la notion même de féminin et de masculin.

 

 

 

Il est temps de réagir avant de ne plus pouvoir faire marche arrière et s’ils ne sont qu’une poignée de résistants comparativement à l’ensemble de la population, ils peuvent toujours espérer un effet boule de neige, en attirer d’autres dans leur rangs.

Gonflée d’espoir, Jade se dirige à présent vers le village, remontant la rue principale en traînant péniblement sa valise pour rejoindre la chèvrerie, à la limite de la réserve naturelle, royaume du gypaète barbu et de l’aigle royal.

- Oh Jade ! Déjà en vacances ?

Le bruit des roulettes sur les dalles disjointes de la ruelle a fait sortir Philippe, un des tout premiers résidents à l’origine de la renaissance du hameau abandonné. Jade se livre en souriant à une accolade chaleureuse :

- Non, pas en vacances ! Je m’installe définitivement, déclare-t-elle fièrement.

Philippe laisse échapper un cri de victoire :

- Youhou ! Hé, Valérie ! Viens voir qui est là !

Sa femme arrive, et les embrassades continuent. Philippe va chercher sa brouette pour charger les bagages de Jade :

- Allez, petite, je t’accompagne chez ton père. Mais pourquoi il est pas venu te chercher ?

- Parce que c’est une surprise.

- Ah ben ça, pour une surprise, ça va en être une !

Tandis qu’ils remontent la ruelle pentue, d’autres se joignent à eux et c’est finalement une petite troupe joyeuse et bruyante qui débarque à la chèvrerie, accueillie par les deux border-collies tout émoustillés et frétillants. Jules sort de chez lui, intrigué, en bras de chemise ; son étonnement fait rapidement place à la joie. Lui aussi pense que les vacances commence bien tôt cette année, mais Jade ne laisse pas planer le doute longtemps, trop pressée de faire part de sa décision à son père :

- J’ai tout plaqué. Je viens vivre ici.

Jules est médusé, troublé et un peu inquiet :

- Mais… Tu ne regretteras pas ?

Jade embrasse le paysage d’un regard amoureux :

- Ici ? Jamais !

Une explosion d’enthousiasme salue sa réponse tandis qu’elle disparaît dans les bras de son père.

Jade est certaine d’avoir fait le bon choix. Sa vie est là désormais : là où la nature est chérie et respectée, là où l’humain occupe sa juste place, en harmonie avec les autres, la faune, la flore, et même en lien direct avec les mondes invisibles, pour peu qu’il soit un peu attentif.

 

Oui, voilà ; Juliette et tous les récalcitrant, les hypnotisés, les manipulés, les inconscients de tous poils finiront peut-être par comprendre : c’est ça, la vraie Vie.

 

Frédérique

 

* Depuis août 2022, « Madame Tang Yu », une intelligence artificielle, autrement dit un robot, dirige une entreprise de jeux vidéos et est capable de prendre ses décisions elle-même en analysant les émotions des employés.

 

 

Cortal Faré sur fond de Canigou

Cortal Faré sur fond de Canigou

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16 décembre 2022 5 16 /12 /décembre /2022 18:16

Présentation:

Il y a quelques années, en observant le parcours scolaire brillant d’un jeune garçon de notre connaissance, l’exploitation optimale de ses talents, tant intellectuels que sportifs ou artistiques, et les espoirs de son entourage quant à son avenir, il m’est venu à l’idée une petite nouvelle : « C’est quoi, cette vie ? ».

L’ayant relue récemment, je me suis demandée ce que « Jules » avait pu devenir… Et cet enfant qu’il avait eu avec « Juliette », a-t-il suivi les traces de ses parents et satisfait tous leurs espoirs ? Une suite est née de ces interrogations : « Ça, c’est la Vie ! ».

Et voilà une nouvelle en deux parties, en quelques sortes...

Avant de vous présenter la première, juste une petite précision, pour les non initiés, sur le « passage anticipé ». Il est dit qu’une enfant aborde le cours préparatoire de l’école primaire l’année de ses six ans. L’année scolaire commençant en septembre, contrairement à l’année civile, pour des raisons pratiques, une dérogation a été introduite pour les enfants nés entre septembre et décembre. Ainsi, un enfant pourra aborder le cours préparatoire en n’ayant que cinq ans, à condition d’en avoir six en septembre, octobre, novembre ou décembre.

Parfois, pour un enfant né en janvier de l’année suivante, voire février ou mars (ou plus jeune encore!), très exceptionnellement, si l’enfant fait preuve d’une grande maturité, s’il sait déjà lire, par exemple (oui, oui, ça arrive!), un enseignant pourra proposer un passage anticipé. Ce peut être une chance, ou pas, mais certains parents sont très demandeurs ! Bon, c’est un détail en ce qui concerne la nouvelle, mais cette histoire du passage anticipé m’a quand même gâché une partie de ma vie de directrice d’école, et je me suis même aperçue, presque vingt après qu’une maman m’en voulait encore de l’avoir refusé pour sa fille !!! (je n’étais pourtant pas seule en cause…).

Alors, c’est parti pour « C’est quoi, cette vie ? » Et la suite pour demain...

Bonne lecture

Frédérique

C'est quoi, cette vie? Nouvelle, par Frédérique

C’est quoi, cette vie ?

Nouvelle.

 

Jules a vingt huit ans et une belle réussite à son actif. Un beau parcours, en vérité…

Ses parents ont toujours eu une beaucoup d’ambition pour lui et ont su lui donner le meilleur. Après la crèche, il est entré à l’école maternelle à l’âge de deux ans et demi, bénéficiant ensuite d’un passage anticipé au cours préparatoire ; puis il a fait un parcours sans faute jusqu’à son bac, obtenu à l’âge de dix sept ans, avec mention « très bien », s’il vous plaît. Comme ses parents travaillaient tous les deux, il a toujours fréquenté la cantine, les garderies et les centres de loisirs, sans parler des colonies de vacances, une fois par an, ce qui lui a permis de découvrir la France, côté mer ou côté montagne, selon ce que ses parents décidaient pour sa santé. La collectivité, Jules en a fait le tour ! Au début, il avait du mal à supporter les autres, il s’en souvient parfaitement. Tout l’agressait… Le bruit, le mouvement incessant, l’impossibilité de s’isoler, de vivre à son rythme, l’obligation de toujours suivre la masse, quelque soit ses propres aspirations. Dix heures par jour, cinquante heures par semaine… Plus que ses parents ! Il attendait avec impatience le retour chez lui pour souffler un peu, se retrouver lui-même et profiter de ses jeux sans qu’aucun autre enfant ne vienne empiéter sur son territoire. Mais ces moments de répit étaient rares.

Enfant unique, ses parents avaient à cœur de l’inscrire à toutes sortes d’activités extrascolaires sportives ou musicales ; c’était indispensable selon eux pour que leur fils s’épanouisse et apprenne à mieux se connaître. Sans parler des rendez-vous réguliers avec les différents membres du corps médical pour veiller à le maintenir dans une bonne forme physique : orthophoniste, ophtalmo, orthodontiste… Non, Jules n’étaient pas souvent chez lui. Ses parents non plus, d’ailleurs.

Alors qu’il fréquentait l’école élémentaire, Jules avait un emploi du temps de ministre : cours de piano, -il avait voulu étudier la batterie, mais ses parents lui avaient opposé un véto catégorique: trop bruyant-, et entraînement régulier de football. Son père avait beaucoup insisté pour qu’il pratique un sport collectif. L’esprit d’équipe, c’est important dans la vie professionnelle.

Jules avait des petits talents, figurez-vous… Une bonne oreille et un sacré coup de crayon ! Il avait eu envie de s’inscrire à des ateliers d’arts plastiques ; mais ses parents avaient jugé qu’il ne fallait pas non plus trop en faire.

La musique, ça marchait bien ; Jules aimait vraiment cela et il était doué. Satisfait, son professeur l’inscrivit rapidement à des concours. C’était dans la logique des choses mais cela ne lui plaisait pas beaucoup. Par ailleurs, il y avait les matchs de foot, le mercredi ou le week-end… Jules aurait vraiment aimé qu’on lui fiche la paix de temps en temps. Mais pas question de se reposer sur ses lauriers : les vacances en famille étaient consacrées à la découverte de l’histoire « in situ », châteaux, musées, sites archéologiques, curiosités géologiques, et on n’oubliait jamais les cahiers de vacances.

Jules était un élève brillant. Savant, même. Il savait beaucoup de choses, et même parfois trop ! Ses professeurs lui demandaient souvent de se taire : il fallait laisser les petits copains répondre de temps en temps, quand-même. Evidemment, bien souvent, Jules se sentait frustré, d’autant que les autres enfants avaient eu vite fait de le prendre en grippe. Jules Kisaitou, on l’appelait. Ça l’agaçait prodigieusement. Mais cela ne le touchait pas trop car la plupart étaient des ânes, des cancres. Il n’avait pas vraiment de copain, mais il s’en fichait ; aucun autre enfant ne valait qu’on s’intéresse à lui de toute façon. Dès la seconde année d’élémentaire, il l’avait compris : il fallait qu’il soit le meilleur. La collectivité, ça servait à ça : apprendre à se détacher du lot et à écraser les autres.

Au collège, ses parents décidèrent de lui faire abandonner la musique. Les choses devenaient sérieuses ; il fallait se consacrer aux études. Par contre, ils décidèrent de lui maintenir une activité sportive, acceptant de changer le foot pour du tennis, Jules ayant des difficultés avec les sports violents.

Jules était devenu le meilleur et faisait la fierté de ses parents qui visait pour lui les plus hautes sphères de l’Etat. Les colonies de vacances avaient été remplacées par les séjours linguistiques, en Angleterre, aux Etats-Unis… Dès la fin du collège, on lui demanda ce qu’il envisageait pour son avenir. Avec ses résultats scolaires, s’il continuait comme ça, il pourrait intégrer une Grande Ecole, faire partie des élites de la Nation. Jules se voyait déjà ministre, et même président de la République, pourquoi pas ? Mais surtout, il espérait gagner beaucoup d’argent, avoir une grande maison, et même plusieurs, une en ville, une au bord de la mer, avec une piscine… Il conduirait une voiture de sport ; il pourrait même se payer un bateau. C’est cela, qu’il voulait, Jules : gagner un maximum d’argent pour pouvoir se payer toutes ses envies.

Jules était entré en « prépa » à 17 ans, seul mineur de sa promotion. Difficile. Les conditions d’hébergement des pensionnaires étaient plus que spartiates : chambres insalubres et mal éclairées, literie sale et inconfortable, nourriture pire qu’en régime hospitalier, sanitaires douteux. Le premier jour, ses parents avaient déjà dû lui acheter en catastrophe un matelas digne de ce nom, des draps, un oreiller et un duvet de camping, sans oublier une lampe correcte pour pouvoir étudier et une étagère pour ranger ses livres. Les professeurs avaient des exigences infernales : celui de français imposait à tous d’écrire à l’encre bleue exclusivement ; celui de mathématiques voulait que les élèves arrivent vingt minutes avant l’heure du cours pour être sûr de commencer à l’heure précise. Aucune fantaisie n’était admise dans l’achat des fournitures : lorsqu’une référence de livre était donnée, avec un format précis et une année d’édition, c’est celui-là qu’il fallait trouver et pas un autre. Tous les élèves devaient avoir le même livre. Et c’était la même chose pour tout. La vie était monacale, pour ne pas dire militaire.

Mais Jules était déterminé à réussir. Il était là pour travailler, de toute façon, et il ne faisait plus que cela. Plus rien d’autre ne comptait : ni musique, ni sport désormais, ni la moindre activité artistique ne venait égayer ses journées consacrées à l’étude. Il était sérieux, ne se mêlait jamais aux fêtes régulièrement organisées par ses copains de promo pour décompresser, orgies, beuveries, coucheries ; ça n’était pas son truc et ses parents l’avaient mis en garde contre ces dangereuses dérives. Les filles, il les regardait de loin ; il avait le temps d’y penser. Les études avant tout. Il passait les week-ends et les vacances chez lui sans mettre le nez dehors. Il étudiait nuit et jour, soutenu par un savant cocktail de vitamines et de compléments alimentaires. Il était pâle à faire peur, mais il était toujours le meilleur !

Jules est devenu une bête à concours… Il a tout enchaîné, remporté tous les lauriers. Bardé de diplômes, il regarde vers l’avenir avec confiance. A vingt-huit ans, il vient d’obtenir un premier poste et il ose à peine dire à ses parents combien il va gagner ! Il va pouvoir se payer tout ce dont il a rêvé, d’autant qu’il aura le temps de mettre de l’argent de côté s’il doit travailler quarante cinq annuités !!!

Depuis deux ans, il fréquente une jeune fille, Juliette. Elle est brillante, elle aussi. A présent, ils ont envie de se marier, d’avoir des enfants.

Oui, Jules a réussi.

Quelques mois plus tard…

Jules et Juliette sont comblés ; un heureux évènement se profile à l’horizon. Juliette plaisante :

- C’est bien, il va naître en janvier… On pourra lui faire faire un passage anticipé…

Le cœur de Jules se serre. En un éclair, il s’est revu enfant, perdu dans la cour de l’école primaire, étranger aux ébats joyeux des autres enfants. Il déglutit péniblement. Sa salive a un goût amer tout à coup. Un passage anticipé et un tiers de sa vie à étudier ?

Mais c’est quoi, cette vie ?

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2 décembre 2022 5 02 /12 /décembre /2022 20:58

Je range, je trie, je classe et je viens de retrouver cette nouvelle écrite par Frédérique après le départ de Virgile, notre fox !

Son absence est toujours là.

Cette détresse fut la mienne aussi, est-ce derrière moi ? je n'en suis pas bien sûre !

Alors en cette fin d'année où certains n'hésitent pas à faire cadeau d'un compagnon à quatre pattes, je vous partage ce texte.

Un animal est un être sensible, doté d'une âme, il mérite le meilleur et sans doute pas d'être traité comme un objet !

Dominique

 

Compagnon du bonheur

 

Une nouvelle de Frédérique Longville

 

Cela fait des jours, plusieurs semaines déjà, qu’elle revit en boucle ce jour tragique où elle a dû prendre la décision la plus difficile de sa vie, celle de se séparer définitivement de son petit compagnon.

Brusquement, son état s’était dégradé. Oh, il faisait de son mieux pour donner le change, lui témoigner encore sa volonté de vivre, son amour inconditionnel, mais elle voyait bien que c’était la fin, qu’il n’en pouvait plus et que l’inéluctable était à l’œuvre. Simplement, comme toujours, il ne voulait pas l’inquiéter, lui faire de peine, il « assurait » pour lui faire plaisir. Quel courage !

Alors qu’elle déjeunait sans appétit, tourmentée par sa faiblesse et encore indécise, vacillant sur ses pattes, titubant, il était venu quémander une ou deux miettes de pain, avant de s’affaisser, à bout. Le moment était-il venu ? Pouvait-elle vraiment faire ça, « lui » faire ça, le trahir de la pire façon, en décidant arbitrairement que c’en était assez. Etait-ce son souhait, à lui ? Voulait-il en finir ? Comment savoir ?

La vétérinaire avait été parfaite, douce, compréhensive. « Vous savez, les animaux ont cette chance, eux ; on peut les aider à partir » avait-elle murmuré en lui adressant un regard rassurant et bienveillant. Une façon de valider sa décision, de lui signifier qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Elle avait accepté d’intervenir dans la voiture, garée à l’ombre d’un petit olivier dont l’ombre providentielle atténuait les ardeurs du soleil de juin. C’était mieux que dans cette clinique froide et impersonnelle qu’il détestait tant, où il avait toujours eu si peur. Cette voiture était sa deuxième maison. Toujours prêt à grimper à bord pour partir à l’aventure !

Il n’avait pas eu l’ombre d’une crainte ; il n’avait pas bronché. En quelques secondes, tout était fini ; il était parti très vite. Avait-il réalisé ce qui se passait ? Etait-il soulagé ? S’était-il senti trahi ? Avait-il compris qu’elle avait accompli à son égard l’acte d’amour le plus éprouvant qui soit ?

Un dernier baiser sur la truffe, une dernière caresse sur son corps apaisé, et il avait été emporté loin d’elle. Huit jours plus tard, elle avait récupéré ses cendres.

C’est désormais tout ce qui reste de son existence terrestre, de ces douze années de bonheur et d’émerveillement partagés.

Une parenthèse magique s’est refermée.

En dépit des photographies, d’une multitude de souvenirs précis, drôles, émouvants, et même, exceptionnellement, terrifiants, elle a parfois l’impression d’avoir rêvé cette belle aventure, ce cadeau du ciel, splendide et éphémère, comme la vie.

Irréel, et non moins douloureux. Cruel.

Elle a beau tenter de se consoler en se disant qu’il ne souffre plus, que son âme est libérée, le vide est immense. Jamais elle n’aurait pensé souffrir autant. Le manque est permanent. Elle s’attend à le voir partout. Or il n’est plus nulle part.

Elle ne s’habitue pas.

Seuls ceux qui sont déjà passés par là peuvent comprendre. Ceux qui ont vécu avec un chien ou tout autre animal une relation forte, portée par un amour réciproque, authentique, et désintéressé ; et qui plus est, une relation égalitaire car jamais elle ne l’a considéré comme son inférieur. Il avait besoin d’elle ; elle était responsable de son bien-être. Et elle avait autant de respect pour lui que pour n’importe quel être vivant, humain ou non.

Elle qui a déjà vécu la douleur d’une séparation définitive, découvre qu’il n’y a pas de hiérarchie dans la mort quand on aime. Elle souffre. Elle est en deuil.

Un deuil souvent mésestimé.

Elle entend parfois des stupidités : « Ah, te voilà libre, maintenant ! Tu vas pouvoir voyager ! ». Oui, c’est vrai, depuis qu’il était entré dans sa vie, elle avait renoncé à prendre l’avion et à tous les endroits interdits aux chiens, de plus en plus nombreux. Pas question de le confier à un chenil pour voyager sans lui, ne serait-ce qu’une seule journée. Elle avait accepté ces contraintes sans regret. Ce n’était pas un sacrifice. Elle l’aimait, c’était normal. De toute façon, elle n’avait personne pour le garder. Elle avait donc décidé qu’il irait partout où elle irait ; et s’il ne pouvait pas y aller, elle n’irait pas ! Simple comme bonjour. Stupide pour certains, mais elle n’en avait que faire.

Elle s’était bien sûr autorisée occasionnellement des sorties de quelques heures sans lui ; mais l’un dans l’autre, elle s’en était tenue à sa décision. Il l’avait accompagnée (presque) partout, dans toutes ses passions : en voyage, en randonnée, à la mer, à la neige, en vélo, en bateau, en pédalo, en télésiège, en téléphérique. Ils étaient indissociables. Il était de toutes les fêtes, de toutes les réjouissances et elle avait tiré un trait sur ceux qui ne voulaient pas de lui. Mais ce n’était arrivé qu’une seule fois, Dieu merci !

Autour d’elle, il y a ceux qui ne parlent plus jamais de lui, comme s’il n’avait jamais existé. Par tact ? Par gêne ? Ont-ils peur de lui faire du mal ? S’ils savaient comme elle a besoin de parler de lui ! Reconnaître sa douleur est la meilleure façon de l’aider à l’exprimer. Mais ils évitent soigneusement le sujet. Certains remarquent son absence, disent que « ça fait bizarre ». Elle acquiesce en soupirant, une boule douloureuse dans la gorge. Pourtant, elle préfère ça au silence. C’est comme s’ils prenaient à leur compte un peu de sa peine. Elle en est pleine de gratitude.

D’autres veulent savoir si elle va le « remplacer ». Comme une vieille casserole, un gilet troué ou une chaise cassée. Le remplacer. Tout a fait significatif de cette société ultra matérialiste qui n’accorde aux animaux guère plus d’importance qu’aux meubles. Non, pour elle, un chien, un animal, ne se remplace pas ; au mieux, on lui trouve un successeur.

Mais pour sa part, elle ne cherchera même pas. Elle ne veut pas.

Elle ne veut pas un chien ; elle veut son chien ! Elle veut celui qui saluait chacun de ses retours en se trémoussant de joie et en haletant de soulagement, la couvrant de lichettes désordonnées, lui mordillant amoureusement les poignets, et enfouissant son museau sous son bras pour accueillir ses caresses… Celui qui se livrait sans retenue à des simulacres de combat, facétieux, joyeux, espiègle et vaillant. Mais aussi « bêtiseux », voleur et râleur invétéré ! Un vrai mousquetaire : bon cœur et mauvais caractère. Celui qui manifestait sa joie en se contorsionnant les quatre fers en l’air, dans l’herbe, le sable, sur le lit ou sur le canapé. Mal élevé ? Peut-être ; on s’en fiche ! C’est lui qui lui manque et qu’elle veut. Pas un autre ! Même si elle sait qu’elle saurait l’aimer ; elle n’en veut pas. C’est tout.

Une chose est sûre : elle a fini d’avoir peur. Peur d’avoir un accident, de ne plus être en mesure de s’en occuper et de le voir finir ses jours dans un chenil. Peur qu’il se perde, qu’il soit volé, attaqué par un autre chien ou qu’on lui fasse du mal gratuitement ; il y a encore tant de barbarie dans le monde vis-à-vis des plus faibles.

Il y avait en elle un souci permanent de le protéger. Au moins aujourd’hui, la voilà soulagée : il ne risque plus rien.

Et ce n’est pas tout : fini aussi de se battre contre les vaccinations néfastes et inutiles, tous ces poisons administrés à titre de « protection »… Un marché comme un autre, en fait, comme celui de la nourriture industrielle, croquettes, boîtes, et compagnie. Non, plus question de repasser par là.

Reste à gérer l’absence, le manque physique ; et tout le problème est là. Ne plus pouvoir le voir, le toucher, le caresser, le sentir… Ses sens sont en manque de lui.

Pourtant, elle sait qu’il est là et que son âme l’accompagnera jusqu’à son dernier souffle, se moquant désormais de tous les interdits, de toutes les discriminations.

Il est partout où la vie palpite, gambadant librement dans les prairies fleuries, se roulant avec délice dans les bouses de vache odorantes, pataugeant dans les torrents bavards, ou escaladant les rochers escarpés.

Il est en elle, autour d’elle ; il est l’oiseau qui vocalise, le papillon qui voltige et le cheval qui détale au galop.

Il est partout.

Elle n’oubliera jamais. Un jour, elle souffrira moins, sans doute. Peut-être.

La page est tournée.

Mais quel beau livre ils ont écrit ensemble !

 

 

 

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23 février 2022 3 23 /02 /février /2022 21:01
Lorsque nous avons ouvert l'Ecritoile à la visite en janvier Frédérique qui présentait ses bouquins avait préparé à l'intention des visiteurs un petit atelier d'écriture. Sur un cahier elle avait démarré un texte posant le début d'une histoire, il s'agissait de poursuivre ce récit. Pas de contrainte, chacun était libre de laisser parler son imaginaire. J'ai joué le jeu mais personne ne s'est senti à ma suite de laisser libre cours à ses capacités créatrices.
Panne d'inspiration ?
Sans doute mais il en a été de même avec ma proposition. Pastels, fusains, sanguines sont restés sagement dans leurs étuis, personne n'a relevé le défi de la page blanche.
Quelques jours se sont écoulés, une idée me trottait en tête, je songeais à poursuivre le récit de ces aventuriers mais le verbe étant créateur j'ai préféré différer. Nous nous préparions avec notre groupe de randonneurs "Ramène Tes Godillots" à crapahuter du côté du Neulos et je ne tenais pas du tout à donner vie à l'aventure que j'avais concocté dans la fiction que voici... 
Dominique
 

Une aventure des "RTG"

Au terme d'une rude grimpette de près de deux heures la petite colonne des RTG* s'achemine tranquillement vers le col. (* Ramène tes godillots)

La chance leur sourit depuis le matin, un temps doux, sans vent et un soleil généreux laissant présager une halte pique-nique des plus agréables et un repos bien mérité.

Brusquement le chef de file s'arrête... L'un après l'autre, les marcheurs s'immobilisent derrière lui sur l'étroit sentier.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? Fait le premier d'une voix intriguée.

Chacun lève les yeux en direction de son regard. Venue du col, une épaisse masse de nuages glisse le long du flanc de la montagne dans leur direction. En quelques minutes le soleil disparaît, le paysage se voile et un brouillard humide et frais les enveloppe.

§§§

Instantanément je tire sur la laisse du chien que je venais de rattacher pour traverser un troupeau de vaches. La queue basse il se laisse faire sans rechigner, lui qui d'habitude tient tant à sa liberté.

A mes côtés ma coéquipière, fan de rando, aguerrie aux situations quasi-extrêmes me regarde avec insistance. Je sens qu'elle essaie de me transmettre un message qui refuse de franchir ses lèvres.

Le chien décide pour nous !

Un bref écart et il fonce vers un amas de rochers que nous venions de dépasser, nous entraînant toutes les deux dans son sillage. Un petit rencoignement nous accueille juste au moment où nous constatons effarées que nous n'y voyons plus à deux mètres. Un silence ouaté nous enveloppe.

Pelotonnés tous les trois dans l'étroit réduit, nous nous abandonnons à une somnolence chaotique, le chien « collé-serré » contre nous. Un épais tapis de feuilles mortes nous isole du sol, pourtant le froid mordant nous transperce. Nous passons à l'action et je me décide à sortir ma cape de pluie prévue pour faire aussi office de tente. C'est le moment ou jamais. Les bâtons entrent en action pour confectionner un petit cocon. Les minutes s’égrainent lentement, nous n'osons même pas en profiter pour casser une petite croûte tant les circonstances sont "extra" ordinaires. Soudain le chien se relève et gronde, oreilles dressées. Il semble prêt à bondir quand un chuchotis nous fait sursauter exagérément et déchaîne de furieux aboiements. Nous risquons un œil hors de notre cachette, le brouillard semble moins dense !

Une silhouette émerge de derrière un arbre que nous n'avions même pas remarqué en fonçant vers nos rochers. Pourtant, vu sa taille, il n'est pas là d'hier. Nous reconnaissons un de nos coéquipiers de rando.

Nous giclons de notre abri pour nous porter à la rencontre de notre ami. Transi et très ébranlé il nous brosse ses mésaventures d'un débit haché. Réfugié au pied d'un bosquet de noisetiers lorsque la masse nuageuse l'a englouti, c'est au pied d'une souche tarabiscotée mais fraîchement coupée qu'il vient de se retrouver.

Une sensation d'étrangeté nous habite. Tout semble différent autour de nous et pourtant nous n'avons pas bougé d'un iota depuis que le brouillard est tombé. Un coup d’œil à notre topo de rando achève de nous convaincre que nous ne rêvons pas. Alors que nous devrions nous trouver au sein d'une vaste étendue herbeuse ponctuée de quelques hêtres rabougris et de noisetiers, nous sommes au cœur d'une zone boisée principalement de noisetiers.

A croire que nous avons été téléportés dans un autre lieu.

Des écharpes de brume s'accrochent à la végétation, le brouillard qui nous avait enseveli se dissipe aussi vite qu'il était apparu et sous le soleil revenu nous nous éloignons de notre abri. Nous endossons nos sacs à dos et cherchons à nous orienter. A priori le Neulos se trouve juste au-dessus de nous, pourtant si le sommet que nous apercevons en a l'allure globale, où sont passées les antennes ? 

Patrick, plus branché technologie que nous, semble subitement touché par la grâce. Il attrape son portable et frénétiquement multiplie les tentatives pour se connecter. Impossible d'activer le GPS. Je me décide à sortir ma bonne vieille boussole abandonnée au fond du sac. Carte IGN déployée, nous nous orientons, mémorisant le trajet parcouru au préalable, et plaçons la boussole en respectant les règles de l'art. Aucun doute n'est malheureusement possible, nous ne pouvons qu'être sous le sommet du Neulos.

Les pensées les plus folles nous traversent l'esprit. Et si nous avions subi une attaque nucléaire d'un nouveau genre ? Ou un coup de la station HAARPAprès la "plandémie" que nous venons de vivre nous sommes capables de tout envisager.

Nous nous décidons à gagner le sommet, Neulos ou pas, d’où nous devrions avoir une idée précise du lieu où nous nous trouvons. Sans compter que nous avons toutes les chances d'y retrouver nos coéquipiers de rando. Nous entamons la grimpette attentifs à ne pas perdre de vue le sommet. Par endroit les noisetiers forment une barrière difficilement franchissable ; à d'autres, curieusement, les bosquets semblent fraîchement coupés.

Soudainement nous nous figeons, des voix résonnent non loin. Nos amis bien sûr ! Nous pivotons prêts à nous porter à leur rencontre quand l'attitude de Sylvestre, le chien, nous intrigue. Queue basse il attend, sur le qui-vive !

Avisant un bouquet de noisetiers, nous filons nous cacher. Un groupe d'hommes s'acheminent vers nous. Pantalons de toile sombre, larges ceinture à la taille et amples vareuses, ces hommes qui portent sur le dos une sorte de hotte comme en avaient jadis les bûcherons, semblent sortis d'une gravure ancienne. Serions nous sur le lieu de tournage d’un film ?

Nous les laissons passer puis mettons discrètement nos pas dans les leurs. Nous oublions notre but et à leur suite nous découvrons éberlués le puits à neige, ce fameux Pou de Neu ! Devant nos yeux ahuris nous voyons ces hommes s'engouffrer à la base du puits et ressortirent les uns après les autres leurs hottes chargées de glace. De nouveau nous nous réfugions au sein de la végétation. L'étrangeté de la situation nous paralyse. Nous ne sommes pas sur un tournage de film : pas de caméra à l'horizon.

A la queue leu leu, les hommes repassent devant nous ; au loin un âne braie.
La curiosité l'emportant, nous les suivons à distance et les découvrons entrain de décharger la glace sur des charrettes menées par deux hommes armés de rapières.

Accablés nous nous affalons sur le sol. Si nous ne sommes pas sur un tournage de film, où sommes nous ? Et à quelle époque ?

Comment allons-nous retrouver les nôtres, notre vie ?

Nous nous levons en complète panique et, titubant, retournons vers le Pou de Neu. Nous avons maintes fois randonné en ces lieux ; à vue de nez, nous devrions pouvoir gagner la Font de la Tanyarède. Le refuge n'existe peut-être pas, - pas encore-, mais la source ne date pas d'hier, nous devrions pouvoir la trouver !

Au bout d'un temps infiniment long nous arrivons en vue de l'épaule rocheuse d'où la vue s'étend loin en terre Ibérique. La Font ne peut plus être bien loin. Nous descendons au sein de la hêtraie plus dense que jamais. Patrick emporté par son élan, bute sur une souche et au terme d'un roulé-boulé s'affale au seuil d'une clairière. Quelques cabanes aux toits de branchages mais parfaitement intégrées au sein de blocs de pierre en occupent l'espace. Elles ressemblent aux cabanes du ravin de Mata Porcs, un classique en matière de randonnée sur Laroque. Çà et là des morceaux de bois calciné jonchent le sol à côté d'un foyer éteint. Il est évident que des hommes et des femmes vivent là, mais quelle rusticité !

Les images du Puig Roig près d'Olot où nous avions découvert la reconstitution d'une place charbonnière me reviennent en mémoire. On s'y croirait !

Mais comment intégrer que je me suis levée en 2022 pour me retrouver quelques heures plus tard en... 1700, 1800 ? Combien de siècles en arrière ? Seul indice fiable, le puits à neige date du XVIIe siècle.

Aurions nous troqué Macron pour Louis XIV ? La Révolution Française est elle déjà consommée ou à venir ? Dans ce dernier cas nous pourrions peut-être suivre des cours de rattrapage ! Si nous retrouvons notre époque cela pourrait être utile.

Subitement le soleil se voile et un vent frais fait s'envoler quelques pièces de vêtements, des braies, si les souvenirs de mes cours d'histoire de naguère sont exacts. Un bref regard autour de nous et nous découvrons horrifiés qu'un nuage teinté de violet et de gris anthracite dévale vers nous. Nos réflexes jouant à fond nous investissons une des cabanes, en fermons la porte que nous bloquons d'une lourde planche avant de nous pelotonner tous les quatre sous une grande dalle installée entre deux blocs rocheux au fond de la cabane. La cape reprend du service.

Commence une attente fébrile.

Allons nous encore changer d'époque ?

Petit à petit nous sombrons dans le sommeil, dehors le vent mugit.

§§§

Je me réveille en sursaut, le silence nous enveloppe à peine ponctué par les cris des geais. A mes côtés Sylvestre dort comme un bienheureux. Le découvrir si serein me fait un bien fou ! Subitement, je sens la tension qui me vrillait le plexus lâcher prise. J'écarte le tissu de la cape.

Un cri jaillit de ma gorge, le vent a eu raison des cabanes, seule la grande dalle a tenu le coup. Autour de nous plus rien, hormis des hêtres. Nous émergeons incrédules, les mots peinent à franchir nos lèvres !

Quand est on ?

Seul Sylvestre semble fringant, il va de l'un à l'autre dispensant des lichettes à la compagnie, quand subitement nous le voyons filer vers mon sac à dos et stopper net, l'oreille aux aguets. Sa tête pivote sur elle-même lentement, il écoute... Le vibreur de mon téléphone portable !

Le temps d'intégrer le miracle qui est entrain de se passer, l'appel a cessé pour être remplacé par une avalanche de SMS ! Une explosion de joie nous propulse dans les bras les uns des autres, nous avons réintégré notre époque.

Sauf si nous avons fait un bond dans le futur !

Dominique

 

 

 
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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 18:15

Coucou! Je sais que la plupart des gens n'aiment pas trop lire, surtout si les textes sont un peu longs... Bon tant pis... Je tente le coup! Voilà une petite nouvelle que j'avais écrite en janvier 2014, bien avant la crise actuelle... On peut voir que le thème de la décroissance me tenait déjà à cœur! Toujours est-il qu'elle me semble être plus que jamais d'actualité, d'autant que tout a déjà bien empiré! Par exemple, les trois vac- cins obligatoires pour les enfants sont passés à onze... Et il s'en profile un nouveau des plus inquiétants ; je ne le nommerai pas, vous avez compris!

 

Je remercie d'avance tous ceux qui auront la curiosité, le courage (?) de lire jusqu'au bout et de me me faire un petit retour! Andavant! Et il y aura une interro écrite!!! Ah, ah, ah!!!

 

Frédérique

 

No Pasaran !*

(On espère bien que si !...)

Les deux mains posées à plat devant lui, le président Sarkhollandzy balaya d’un regard circulaire l’assemblée de ses ministres. Sous son regard sévère, peu à peu, le brouhaha des voix diminua jusqu’à s’éteindre tout à fait, laissant place à un silence craintif et respectueux.

- Mesdames et messieurs, je vous ai rassemblés aujourd’hui pour ce conseil des ministres exceptionnel afin de faire le point sur une situation préoccupante que nous avons déjà évoquée ici-même plusieurs fois. Depuis plusieurs semaines, chacun, dans son domaine, a donc travaillé afin de dresser un état des lieux. Le moment est venu, mesdames, messieurs, de faire le point ensemble, d’en tirer les conclusions qui s’imposent et d’établir un plan d’attaque afin de contrer les tendances émergentes dévastatrices qui nous préoccupent tout particulièrement. Je vais donc donner la parole à Monsieur le ministre de l’intérieur qui va nous faire un exposé général de la situation.

Petit et rond, Emmanuel Tazère de la Gachaite se redressa vivement à l’appel de son nom, esquissant un petit salut à l’adresse de son supérieur hiérarchique avant d’ouvrir son dossier et de prendre la parole en se raclant la gorge :

- Je vous remercie, monsieur le président. Je vais commencer par un bref rappel de la situation, si vous le voulez bien. Il y a quelques mois, nous avons été alertés au sujet d’un phénomène culturel inquiétant ayant vu le jour dans nos campagnes et ayant une fâcheuse tendance à se généraliser. Nous avons tous entendu parler de monnaies locales, d’échanges de services, et autres petits arrangements locaux qui se font ici ou là en marge de l’économie traditionnelle. Ce sont des fonctionnements marginaux qui existent depuis fort longtemps et qui n’ont jamais suscité la moindre inquiétude, justement parce qu’ils restaient marginaux. Or voilà que depuis quelques temps, plusieurs semaines, voire même plusieurs mois, ces initiatives locales ont tendance à prendre une ampleur préoccupante. Bien entendu, lorsque nous avons commencé à constater que le phénomène s’amplifiait, les médias ont reçu l’ordre de cesser la publicité involontaire qu’elles leur apportaient afin de tenter d’enrayer l’épidémie. Hélas, vous savez bien sûr qu’il est très difficile de contrôler de la même façon les informations qui circulent sur le net et c’est évidemment de cette manière que le processus a pu s’accélérer jusqu’à arriver à la situation de crise que nous connaissons aujourd’hui. Mais je pense que madame le ministre de l’économie et des finances en parlera mieux que moi.

Face au ministre de l’intérieur, une longue dame brune aux cheveux sagement regroupés en chignon sur la nuque, se prépara prestement à prendre la suite de son collègue, mais le président, qui avait pris quelques notes au cours de l’intervention du ministre de l’intérieur, l’arrêta d’un geste discret :

- Juste une question, avant votre intervention, madame du Flouze, si vous le permettez ! Monsieur le ministre de l’intérieur, vous avez parlé de plusieurs semaines, voire même plusieurs mois… Ne peut-on parler d’années, dans certains cas ?

Le ministre de l’intérieur rougit comme un élève pris en faute :

- Tout à fait, monsieur le président, dans certains endroits, on peut effectivement dire que cela dure depuis des années.

- Merci. Madame, c’est à vous…

Un peu déstabilisée par cette intervention, Marilyne du Flouze, ministre de l’économie, attaqua son exposé en bégayant un peu :

- Oui… Hé bien, oui… Merci, monsieur le président. Effectivement, tout a commencé il y a quelques années dans certains petits villages de nos provinces… En Bretagne, mais aussi en Ardèche et en Ariège plus particulièrement. Les populations ont commencé à s’organiser au niveau local pour lutter contre la crise. Remplaçant progressivement les monnaies locales déjà existantes, l’échange de service est devenu le fondement de ces microsociétés. Avec un principe de base incontournable : limiter les transactions monétaires au maximum. Les valeurs avancées étaient et sont toujours : le partage, l’échange, la circulation des objets, l’entraide et la confiance. Une large place est laissée, bien sûr, au bénévolat.

Le président hocha la tête d’un air entendu :

- Oui, pour l’anecdote, j’ai entendu dire qu’un journal acheté circulait ainsi de famille en famille… De même pour les livres ; il est parait-il question de bibliothèques communautaires où le prêt de livre est totalement gratuit… On offre ses compétences, on en reçoit d’autres…

- Tout à fait. Même les vides-greniers fonctionnent sans que ne soit échangé un cent ! On fait la chasse au gaspi. Rien n’est jeté, tout est recyclé !

Au bout de la table, une petite main se leva. Elle appartenait à une jeune femme blonde aux cheveux fins tombant sur les épaules.

- Il semblerait que madame le ministre de l’écologie veuille intervenir, commenta Jacques François Sarkhollandzy. Madame, on vous écoute.

- Merci, monsieur le président… En effet, j’ai l’impression, madame le ministre, que vous déplorez cette attitude… Pour ma part, je suis à cent pour cent pour le recyclage. On jette tellement facilement, de nos jours !

- Je comprends votre remarque, madame Hulotte Pastouret. Moi-même, à titre personnel, je m’inscris tout à fait dans cette démarche, mais vous comprenez bien, madame, que ce qui est louable tant que cela reste un phénomène isolé, peut devenir catastrophique au niveau économique lorsqu’il se généralise. Car ces gens là n’ont qu’un seul mot à la bouche : non consommation. Pour eux, ce qui ne peut être réutilisé, composté ou recyclé ne devrait pas exister. Durabilité, réparabilité et mobilité durable. Que cette épidémie en vienne à toucher les grandes métropoles et c’est tout notre système économique qui s’effondre ! Que dis-je, notre système économique… Le système économique mondial, en vérité !

Baissant la tête, Nicole Hulotte Pastouret esquissa une moue dubitative.

- Vous trouvez que j’exagère, madame ? Sachez que ce mouvement s’accompagne d’une idéologie particulièrement redoutable pour nos industries. Les adeptes de cette nouvelle philosophie prônent les économies d’énergie comme seul moyen de lutte contre la raréfaction des ressources. Mais loin de se laisser séduire par les énergies propres, chères en investissement pour une rentabilité lointaine et parfois douteuse, leur solution consiste donc à limiter au maximum la consommation, à commencer par le nombre d’appareils électriques… Oui, cela parait simpliste, mais le secteur électroménager en est tout particulièrement touché! Les enquêtes menées sur place par nos agents montrent que ces individus ont réussi à réduire considérablement leur facture d’électricité, en dépit des augmentations conséquentes de ces derniers mois. Et sans aucune perte de qualité de vie. Disent-ils.

Assis à la droite du ministre de l’économie, le ministre des communications leva le bras avec impatience. Aussitôt, le président l’invita à s’exprimer d’un geste significatif. Solimane Ng’allo s’exécuta d’une voix puissante :

- Le secteur électroménager n’est pas le seul touché, monsieur le président. On note une forte baisse de consommation dans la téléphonie mobile au cours des derniers mois. Les abonnements Internet eux-mêmes accusent une courbe décroissante. Il y a semble-t-il, une volonté évidente de s’affranchir de ces technologies, jugées trop invasives par ces populations, que l’on dit rurales à tort, car il s’agit pour beaucoup d’anciens citadins. On compte aussi de plus en plus de foyers sans télévision dans les zones les plus touchées.

- Sans télévision ? fit la voix incrédule de Marcel Peyre-Pette, ministre de la justice.

Solimane Ng’Allo confirma d’un air solennel :

- Absolument. Sans télévision. Il y a d’ailleurs une forte baisse des redevances cette année. Les personnes interrogées ont expliquées qu’elles en avaient assez des programmes sans intérêt diffusés à longueur de journée sur le petit écran, allant même jusqu’à les qualifier de débiles. Mêmes les journaux télévisés, pour eux, n’ont plus matière à informer, mais plutôt à désinformer.

- Ces gens-là ne s’informent plus ? questionna le président interloqué.

- Détrompez-vous, monsieur Sarkhollandzy. Ils sont très bien informés.

Solimane Ng’Allo baissa la voix pour ajouter :

- Beaucoup mieux que les autres, en fait, monsieur le Président.

Quelques ricanements et commentaires interrompirent un instant le cours du conseil. Le président se retourna d’un air agacé vers son ministre de l’économie et des finances :

- Dans ce contexte, madame du Flouze, j’imagine que le secteur automobile accuse une certaine baisse de forme ?

- Absolument, monsieur le Président. La vente des voitures neuves a baissé partout, certes, mais plus particulièrement dans les zones rurales, là où les populations sont pourtant censées avoir le plus besoin d’un véhicule. Les gens hésitent à changer de voiture en dépit de primes à la casse, boudent les modèles trop sophistiqués, gardent plus longtemps leurs vieux véhicules, s’organisent entre eux, pratiquent le covoiturage… On remarque par ailleurs que dans ce domaine, ils évitent les sites internet consacrés à ce système. L’indépendance est leur crédo. L’autonomie, également. La fréquentation des grandes surfaces est en baisse, au profit des petits producteurs locaux. Les commerces de proximité sont favorisés et beaucoup disent que la réduction des frais de transports compense les prix plus élevés que dans la grande distribution, d’autant que les produits sont de meilleure qualité. Ils prônent le manger moins pour manger mieux !

Un silence méditatif s’installa dans l’assemblée. Le président promena un regard circulaire autour de lui avant de s’arrêter sur une petite femme boulotte dont le visage rond était auréolé de cheveux gris courts et bouclés.

- Que pensez-vous de tout cela, madame le ministre des solidarités ?

La bouche pincée, Elisabeth Donnadieu prit une longue inspiration destinée à se ménager quelques instants de réflexion, d’autant que son avis risquait fort de déplaire à beaucoup.

- Hé bien, monsieur le président, on peut dire que ces populations ont compris le sens du mot solidarité. Cette idée de ressources communes est intéressante. Ils remettent au goût du jour des valeurs trop souvent bafouées au cours des dernières décennies. J’ai entendu dire que les lieux publics étaient transformés en potagers communautaires… Les personnes démunies sont prises en charge au niveau des communes grâce à une très large implication de personnes bénévoles, chômeurs et retraités… Tout cela ressemble à une société idéale.

Pierre Glaiseux, le ministre de l’agriculture, chauve et bedonnant, bondit littéralement de son siège, le visage congestionné de colère :

- Mais totalement utopique, madame Donnadieu ! Complètement utopique ! Et qui plus est, à la limite de la légalité ! Ces gens ignorent tout bien sûr du catalogue des plans autorisés par la communauté européenne ! On ne cultive pas n’importe quoi, de nos jours ! Vos joyeux hurluberlus ont-ils seulement pris conscience de leurs responsabilités vis-à-vis de l’avenir de la société ?!

Elisabeth Donnadieu fusilla son collègue de son regard bleu :

- Beaucoup plus que certains, monsieur Glaiseux, répondit-elle froidement.

Le président réagit promptement pour ramener la paix dans des esprits qui s’échauffaient visiblement un peu trop :

- Allons, allons, du calme, je vous prie ! Monsieur Lebac, s’il vous plaît, avez-vous des remarques à faire de votre côté, en ce qui concerne l’Education ? Nous vous écoutons.

Le ministre de l’Education Nationale adressa un regard de reconnaissance au président et se pencha sur ses notes :

- Le constat est assez inquiétant, monsieur le président. Cette année, de nombreuses fermetures de classes ont dû intervenir dans les zones concernées. On constate en effet une forte chute des effectifs dans la plupart des écoles.

- Comment cela se fait-il ? fit le président, visiblement étonné. Aucune baisse de natalité n’a pourtant été signalée au cours des années précédentes !

- Non, effectivement. Les parents retirent leurs enfants de l’école. L’école ne les satisfait plus. Beaucoup vont dans le privé… Et, il y a un très fort engouement pour l’éducation en famille.

A ses mots, Sébastien Lussape, ministre de la jeunesse et des sports demanda la parole.

- On constate le même phénomène au niveau des activités périscolaires, monsieur le président… Les familles s’organisent entre elles pour garder les enfants en dehors du temps scolaire. Ni l’école, ni les centres de loisirs ne semblent plus répondre aux attentes des familles.

- Que leur reproche-t-on ?

- Pour l’école, un appauvrissement de la culture générale et une regrettable uniformisation des acquis. Quant aux activités périscolaires, s’agissant de petites communes ayant peu de moyens, il ne s’agit généralement que de garderies.

- J’ai entendu dire au cours de mon enquête, monsieur le Président, reprit Lionel Lebac, que l’école n’apprenait plus aux enfants à réfléchir, mais qu’elle cherchait au contraire à formater des individus faciles à manipuler par des gouvernements peu scrupuleux, des moutons, en quelques sortes…

- Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? s’écria le ministre du travail d’une voix forte.

- Je vous en prie, monsieur Orsoni ! Gronda le président. Maîtrisez vos paroles, s’il vous plaît !... Bien, tout cela est inquiétant, effectivement. Et vous, madame Achivé ? Quel constat du côté de la santé s’il vous plaît ?

L’expression grave et solennelle de Roselyne Achivé était déjà une réponse en soi.

- Même constat, hélas, monsieur Sarkhollandzy. Comme dans le domaine de l’éducation, on remarque des familles désireuses de s’affranchir d’un système qui a pourtant toujours fait ses preuves. Le phénomène le plus significatif est sans doute celui des vac-cins… Le refus de vac-cination est de plus en plus fréquent, notamment le refus des vaccinations polyvalentes…

- Comment cela, refus de vac-cination ? s’indigna le président Sarkhollandzy. Et comment ces familles peuvent-elles se soustraire à ces obligations ?

- C’est qu’il n’y a pas de réelle obligation, monsieur le président. Légalement, seuls la diphtérie, le tétanos et la polyo sont obligatoires… Primo vaccination et premier rappel seulement. Tout le reste n’est que recommandé.

- Hé bien il va falloir y remédier, répondit vivement le président. Le plus rapidement possible. Voilà au moins une chose qui ne parait pas trop compliquée.

- Hum… Mais qui nécessitera un certain doigté ! Par ailleurs, je voulais ajouter que les populations concernées par le phénomène que nous évoquons sont plus enclines à pratiquer les médecines douces, l’automédication par les plantes…

- L’Europe a déjà pris conscience du problème et des mesures sont en cours à ce sujet, coupa sèchement le président.

- C’est exact. Mais il y a aussi cette attirance pour les médecines parallèles, guérisseurs, chiropracteurs…

- On se croirait revenu au Moyen-Age, ne put s’empêcher de ricaner le ministre de l’Intérieur.

- Vous ne croyez pas si bien dire, riposta Roselyne Achivé, également en charge du ministère des affaires sociales. Car ce phénomène de société va très loin et on assiste à une modification profonde des comportements. Les croyances évoluent également considérablement. La baisse de fréquentation des églises est un fait acquis depuis de longues années, dans ces régions, comme ailleurs. Mais les enquêtes ont révélé que ces populations évoluaient inexorablement vers une spiritualité indépendante… Beaucoup ont avoué pratiquer la méditation, insistant sur l’importance de cultiver la pensée positive. C’est pour cette raison, du reste, que beaucoup en viennent à bouder ces médias qui véhiculent trop volontiers la peur et les catastrophes… Comprenez-bien que dans ce contexte, nous n’avons plus aucune prise sur ces gens !

Un silence prolongé s’installa au sein de l’assistance accablé par l’ampleur du problème. Le président méditait et tous semblaient attendre une réaction de sa part. Elle vint enfin, provoquant un soulagement général :

- Hé bien messieurs dames, nous allons donc relancer la chasse aux sorcières ! Nous allons fouiller, débusquer, sanctionner et ramener tout ce joli monde dans le droit chemin de la consommation et de la croissance ! Mais dans un premier temps, il faut enrayer l’épidémie… Nous avons parlé des campagnes… Les villes sont-elles atteintes, monsieur Tazère de la Gachaite ?

- Certains quartiers, monsieur le président. Oui, on peut dire que les villes commencent à être touchées, elles aussi.

- Bien. Il nous faut tout particulièrement surveiller ce qui circule sur le net. Lancer des alertes avec des mots-clé ciblés… Eplucher les sites, les blogs, les courriels… Tout. Nous allons retrousser nos manches et légiférer, censurer, in-ter-dire ! Chacun va donc poursuivre le travail en imaginant les moyens de répression adaptés aux problèmes que nous avons évoqué. Monsieur Lebac, le problème de l’école est primordial. C’est là que tout commence, n’est-ce pas ? Il y a longtemps que nous aurions dû nous intéresser au sort de l’éducation en famille… Désormais, ce n’est pas l’enseignement qui doit être obligatoire… C’est l’école. Et pour ce qui est de la santé, secteur particulièrement sensible également, ou en est cette soi-disant pandémie en Chine ?...

Roselyne Achivé fronça les sourcils :

- Hé bien il semblerait qu’il s’agisse d’une mauvaise plaisanterie…

Le président opina lentement du chef en réfléchissant intensément.

- Dommage… Mais je pense… qu’en utilisant judicieusement le réseau Internet, nous pourrions peut-être faire en sorte que cela devienne une réalité…

D’abord interloqués, les ministres échangèrent des regards incrédules, voire désapprobateurs pour certains.

Le président se fit sévère et déterminé :

- Comprenez-moi bien, mesdames et messieurs ! Seule la peur peut ramener ces brebis égarées au bercail. Il faut qu’elles se sentent menacées dans ce qu’elles ont de plus précieux, leur santé. Et nous apparaîtrons alors comme des sauveurs ! Dites-vous bien que l’heure n’est plus aux scrupules. Nous sommes entrés dans une logique de guerre. Nous faisons la guerre à une secte d’ampleur nationale. Nous ne devons rien laisser au hasard. Il en va de la grandeur de l'état. La tâche sera rude.

Un silence accablé accueillit cette déclaration. Le président se redressa, gonflé de toute l’importance de sa fonction :

- Mesdames et messieurs, la séance est close. Nous nous retrouverons dans trois jours pour un nouveau point. Je vous remercie.
 

* « No pasaran ! », pour ceux qui l’ignorent, est le célèbre slogan prononcé par les républicains espagnols en lutte contre franquistes.

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1 novembre 2021 1 01 /11 /novembre /2021 17:58

Cette petite nouvelle sans prétention est dédiée à tous ceux qui souffrent de mal être, de maux divers plus ou moins graves.

Notre corps encaisse plus ou moins stoïquement, silencieusement puis s'exprime, comme il peut. Il trouve des maux pour le dire. La maladie !

Généralistes, spécialistes se relaient à notre chevet, sans grand succès, puis, parfois, Euréka !

Un déclic s'opère et nous comprenons que notre corps nous parle ... que rien n'est fatalité ... que même si nos ascendants semblent "se refiler" le même mal, nous n'avons pas nécessairement à en souffrir, la génétique n'ayant rien à voir là dedans !

Nous admettons que tout est possible, qu'il n'y a rien d'immuable, et là c'est gagné.

Il n'y a plus qu'à remonter le cours de la vie et écouter notre corps, nos ressentis, laisser parler notre âme !

Renaissance

Ce matin quelque chose de neuf vibre dans l'air.

Je regarde par la fenêtre et je vois, ce que je n'avais encore jamais vu. Tout a changé et pourtant je sais bien qu'il n'en est rien.

Doucement je pivote et sans me presser je gagne l'étage.

Par où commencer ?

Aller à l'essentiel dans un premier temps.

J'attrape un de mes vieux sacs à dos puis méthodiquement je dépose sur le lit mes cahiers de gratitude, mes vieux agendas, le disque dur où je compile depuis des années tous ces documents qui témoignent mieux qu'un long discours du chemin accompli pour me découvrir, celui où sont stockés photos et films. Après avoir évalué la stratégie adéquate le remplissage commence. Au prix d'un dernier petit effort, j'arrive même à y loger le gros classeur où depuis dix ans je range toutes les notes prises lors d'interrogations au pendule.

Assise sur le lit je laisse un instant mon regard errer puis, déterminée, c'est au tour du contenu de l'argentier de passer au crible. Il y a quelque temps encore cela m'aurait demandé un incroyable effort d'opérer un tri parmi toutes mes « petites choses ». Là, plus question de s'encombrer avec les vieilles loyautés familiales et amicales, Pierrot ne sera pas du voyage, ni les vieux appareils photos. Un peu plus tard peut-être, aujourd'hui j'ai court-circuité le mental. Rapidement mon vieux cartable en cuir affiche complet.

Reste le plus délicat, le contenu de l'armoire !

Aucun tri à opérer, tout suit, reste à me concilier les faveurs de la belle Delsey rouge. Elle n'aura pas trop de soufflets pour tout avaler. Silencieusement je persévère dans mon entreprise, rien ne semble devoir me troubler, pas même la sonnerie de mon téléphone. Pour la troisième fois, en moins d'un quart d'heure, elle retentit quelque part au rez de chaussée.

Pas de message, sans doute rien d'important, à moins que ce soit ma voisine à la recherche d'un chauffeur !

Tant pis !

Ce ne sera pas moi !

De toute façon elle va devoir se trouver quelqu'un d'autre.

 

Depuis mon lever les choses ont considérablement avancé. La Delsey, le sac à dos, le vieux cartable ont trouvé leur place à l'arrière du Berlingo en compagnie de quelques cartons dans lesquels j'ai remisé livres, CD et DVD favoris.

Sur le coup de 14h, foudroyée par une vieille faim, j'avale sur le pouce quatre fruits, un sandwich au fromage et deux carreaux de chocolat. Je n'ai plus de temps à perdre. Je suis une ado attardée qui s'apprête à fuguer. J'ai juste un peu plus d'expérience qu'elle et je ne perds pas de vue le côté matériel de l'entreprise.

Et puis je sais où je vais.

Je retourne chez moi.

Définitivement.

Il y a si longtemps que j'en suis partie.

Rien à voir avec un coup de tête, plutôt une prise de conscience après une longue maturation ! J'ai enfin cessé de faire la sourde oreille, j'ai entendu ce que mon corps me disait, me criait avec insistance. Il m'a fallu du temps pour comprendre, vingt, trente ans ?

Mais la Vie veillait. Lorsqu'une amie m'a parlé de "son" acupunctrice, n'ayant plus rien à perdre, complètement démoralisée par une expérience dévastatrice auprès d'un psychothérapeute, je me suis lancée.

Préparée à devoir attendre un bon moment avant de pouvoir la rencontrer, un désistement inespéré m'a réconfortée. Comment ne pas en déduire que c'était le cadeau que la vie m'adressait.

Deux jours après je me retrouvais auprès d'une petite bonne femme joviale qui m'invitait à m'asseoir à ses côtés sur un canapé douillet. D'un coup la tension qui m'habitait est tombée et avec gratitude j'ai accepté et vidé le verre d'eau qu'elle me proposait. Une conversation informelle, en apparence, s'est engagée, rien de médical. Ce que j'aimais, mes dernières lectures, les souvenirs agréables qui coloraient ma vie. Puis sans transition elle m'a demandé de lui prêter mon poignet droit ... et là je suis restée complètement baba. On se serait cru dans une réplique du Malade Imaginaire ... "Le foie vous dis-je". Et oui depuis des années, j'ai mal au foie ! Je digère mal, j'ai des crampes au niveau du diaphragme, des douleurs sourdes, piquantes ou fulgurantes. Pourtant, pour le corps médical, je n'ai rien !

De grave !

Mais cela me pourrit la vie !

Allez au restaurant, être invitée, voyager, tout ce qui met du piment dans la vie m'est un supplice. Je crains toujours de faire le mauvais choix, d'être un fardeau pour les autres qui d'ailleurs ne ménagent pas les petites piques désagréables.

 

Petit à petit, alors que je ne lui avais rien dit de ce qui m'amenait à la consulter la thérapeute a dressé le tableau de tout ce qui me gâche la vie en plus de mes problèmes digestifs. Des tendons défaillants, une difficulté récurrente à savoir ce que je veux, à décider et donc le sentiment de toujours m'effacer devant les autres. La consultation a pris un tour plus en accord avec ce que j'imaginais et je me suis retrouvée en petite tenue sur la table de soin. Au terme d'un second examen minutieux, la séance d'acupuncture a démarré.

Je commençais juste à me détendre quand une décharge électrique m'a vrillé un nerf au niveau du gros orteil, une onde de feu a remonté le long de la jambe, passé l'aine et dans la seconde qui suivait au niveau du creux épigastrique un infâme glouglou a retenti. On aurait dit un évier qui se débouche !

Ma "tortionnaire" a émis un "ah" jubilatoire avant de m'expliquer que mon corps venait de s'exprimer et confirmer ainsi son diagnostic.

Aucune pathologie grave en effet, juste une vieille colère que ma vésicule biliaire ne pouvait plus gérer d'où tous les désordres déplorés qui, le temps passant, s'amplifiaient. Mon corps mettait les points sur les i, en vain. Je suis restée à méditer ce constat pendant qu'elle se livrait au niveau du crâne à un massage divin qui a bien failli m'emporter dans les bras de Morphée.

En Colère !

Moi ?

Comment le nier ?

En colère de ne pas vivre ce que je voudrais vivre, de ne pas savoir imposer mes goûts et points de vue, de faire toujours le choix du raisonnable, de vivre là où je n'ai pas choisi !

Oui il y a en moi de la rancœur, de la rancune, des regrets qui nourrissent une aigreur dont jusqu'à cet instant je n'avais pas pris conscience. Je me croyais sage, raisonnable. Une part de moi l'était sans doute !

L'abcès a crevé d'un coup, un flot de larmes a jailli, des borborygmes inintelligibles l'accompagnaient. Madeline Romesco m'a laissée sangloter puis m'a tendu une boîte de mouchoirs, un nouveau verre d'eau bienvenu et m'a expliqué ce que mon corps tentait vainement de me dire, à sa manière. Il est évident qu'une part de moi savait déjà tout cela mais que jamais je ne me serais autorisée à l'exprimer et encore moins à passer à l'action. J'ai compris à cet instant que mon tourisme médical, une quête qui ne disait pas son nom, n'avait qu'un but. J'attendais qu'un médecin me révèle aussi clairement que Madeline et ses aiguilles qu'il était temps de me réveiller et de me donner les moyens de vivre ma vie.

 

Aujourd'hui je suis sortie de la colère car j'ai compris que je me suis incarnée pour faire l'expérience de cette vie et que toute expérience comporte un grand nombre d'étapes. Comme le chercheur confronté à un échec considère le déroulé de son expérience point par point, analyse les causes de son insuccès et modifie les paramètres pour reprendre ensuite le cours des choses, les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, j'ai reconsidéré ce que fut ma vie jusqu'à ce jour.

Je n'ai pas eu longtemps à chercher, je n'ai même pas eu à prendre beaucoup de recul pour analyser chaque difficulté rencontrée et comprendre ce qui était à modifier.

Voilà pourquoi je rentre chez moi !

Je suis une fille du Sud et si je vis depuis des années sur la côte atlantique, ce n'est pas par goût. Ce fut par Amour, par habitude ensuite, puis pour ne pas faire de peine, pour rester utile aux miens. La Lassitude a été ma geôlière. Impossible de faire entendre à ma famille que mon Midi me manquait. Je crevais de peine à chaque fin de vacances lorsque nous reprenions l'Autoroute des Deux Mers. Aujourd'hui, la messe est dite. Je ne les abandonne pas, je me choisis. Je retournerai auprès d'eux pour le plaisir mais ma vie n'est plus à leur côté. Dans un premier temps je m'offre le rêve de ma vie, un joli bungalow qui par la suite pourra les accueillir le temps de leurs vacances même si leur venue n'est pas pour demain. Mon départ déplaît, je suis en quelque sorte punie de vouloir vivre ma vie, mais peu importe.

J'ai déjà une foule de projets dont certains sont en passe de concrétisation, des portes s'ouvrent comme pas magie. Aide toi, le Ciel t'aidera ! C'est ma réalité, la vie m'a offert sur un plateau l'occasion de passer à l'action.

Le mobilier que je souhaite conserver va partir au garde-meubles, les enfants choisiront parmi ce que je laisse. Ce qui n'aura pas trouvé preneur sera donné, la maison vendue !

Je renais au soleil de mon midi, rien n'est impossible quand on s'aime !

S'aimer !

Cela n'a rien d'égoïste, cela est même ce que l'on peut offrir de meilleur aux autres, à l'Univers !

Dominique

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11 juillet 2021 7 11 /07 /juillet /2021 20:12

Voilà, je ne résiste pas à la joie vous faire partager la nouvelle dont Frédérique m’a fait cadeau pour mon joyeux anniversaire !

Cela a été pour moi un moment d’une intense émotion que j’ai eu envie, avec son assentiment de vous offrir !

N’est-ce pas en fait le principe du Don qui prend tout son sens quand il débouche sur le « re » Don !

Je l’ai intitulé « En coulisse », elle n’avait pas été baptisée, j’imagine qu’arrivé à la fin, vous comprendrez pourquoi !

C’est une tranche de vie, peu banale, et que pourtant nous avons déjà tous vécu, c’est en tout cas ma conviction !

Les personnages dessinent subtilement la trame d’un drame, en ce sens que l’on voit brosser à petites touches les multiples tonalités qui composent une vie et si leurs prénoms peuvent surprendre, ils leur collent à la peau !

Je ne vous en dis pas plus mais j’aimerais vraiment avoir des retours car j’ai tant de choses à ajouter !

 

En coulisses

 

- Ça y est, jubile Néroli, Rose et Yuzu ont enfin réussi à se retrouver ! Elle l’a vu passer dans la rue et elle l’a reconnu au premier coup d’œil ! Je crois que cette fois nous sommes enfin tirées d’affaire !

Litsée pousse un gros soupir de soulagement, mains jointes, yeux levés vers le ciel en signe de remerciement :

- Ah ! Formidable ! Notre petite famille est sauvée ! Elle nous aura bien fait peur avec son Coco. Elle avait beau se rendre compte que ce n’était pas lui le bon, elle aura duré, cette histoire ! On était mal partis…

- Tu l’as dit… Remarque, c’est comme Yuzu, avec Sarriette, sa première femme. D’accord, on ne peut pas dire que c’était une erreur, puisqu’il n’y a pas d’erreur ; il n’y a que des expériences. Il n’empêche que ça ne va pas nous simplifier l’existence.

- C’est certain, mais c’était prévu, souviens-toi ! On en a longuement parlé tous ensemble. C’est un passage obligé pour Yuzu… Pour nous tous, d’ailleurs.

Litsée opine vigoureusement du chef :

- Oui, même s’il y a eu des égarements, on peut dire qu’ils faisaient parti du plan.

- Exact ! Enfin, on peut dire « ouf » quand même. Je suis bien contente.

- Et moi donc !

Malgré tout, le sourire de Litsée s’efface rapidement. La voilà songeuse, et contre toute attente, vaguement contrariée.

- Sauf que maintenant, il va falloir y aller.

Néroli secoue la tête, rassurante :

- On a encore un peu de temps devant nous !

- Toi, surtout ! riposte Litsée. Moi, ça va être plus rapide ! Et je suis de moins en moins sûre d’avoir envie de m’y recoller !

Néroli se rembrunit à son tour :

- Je te comprends. Moi aussi, en fait.

Elle soupire bruyamment :

- Mais il faut voir le bon côté des choses : la période est plutôt favorable. La guerre est terminée et le progrès est en marche avec plein d’inventions géniales pour faciliter la vie des gens, des femmes en particulier. Une sorte d’eldorado de la liberté… On a de la chance.

- Le progrès, objecte Litsée, l’air sombre ; il n’y a pas que des belles choses dans le progrès ! Regarde la bombe atomique !

- Bien sûr, le progrès, c’est tout l’un ou tout l’autre. Je sais que ça pourrait aussi détruire la planète ! Mais on ne va pas voir tout en noir et moi je pensais déjà à ce qu’à vécu Rose.

Litsée l’interrompt :

- Tu ne devrais plus dire Rose…

- Oh, je sais, mais je préfère continuer à l’appeler comme ça. En tous les cas, regarde, elle a dû traverser deux guerres ! Et puis franchement, elle n’a pas cherché la facilité en choisissant sa famille et ses origines. D’ailleurs, plus j’y réfléchis et plus je me dis qu’on aura intérêt à se serrer les coudes parce qu’ils vont nous donner du fil à retordre ! C’est du lourd, les ancêtres !

Litsée en est déjà convaincue :

- C’est bien pour ça qu’ils nous envoient !

- On n’est pas sorties de l’auberge.

- Au moins, ce sera plus facile du côté de Yuzu.

- Tu parles ! Tu oublies sa fille ! Il y a des péripéties en perspective !

Litsée émet un petit rire :

- Oui, mais je pensais aux ascendants en disant ça ; il n’y a plus grand monde de ce côté-là.

Néroli hausse les épaules en riant :

- Oh, écoute, on verra bien ! On ne va pas se mettre la rate au court-bouillon à l’avance !

Un bref silence s’installe. Une idée traverse soudain l’esprit de Litsée ; elle adresse un regard complice à Néroli :

- Et si on y allait ensemble ?

Néroli soupire :

- J’aimerais bien… Mais ce n’est pas prévu comme ça, répond-elle d’une voix douce.

Litsée a du mal à cacher sa déception. Néroli pose la main sur son genou avec tendresse :

- Mais je serai là quand même !

Listée grimace douloureusement :

- Je sais… Mais j’ai un peu la trouille… Si au moins Sirius pouvait m’accompagner…

Néroli esquisse une moue dubitative :

- Je ne sais pas… On pourra toujours le lui demander tout à l’heure quand il va nous faire sa petite visite.

- D’accord.

 

§§§

 

   Plus tard…

Sirius surgit d’on ne sait où.

- Oh ! Les filles ! Toujours à papoter ?

Une fois les retrouvailles célébrées dans l’enthousiasme, le trio s’installe confortablement sur la mousse, au pied d’un grand chêne majestueux. Sirius s’empresse de donner des nouvelles de Rose totalement accaparée par ses nouvelles amours.

- Elle est heureuse, ça fait plaisir à voir. Elle a complètement oublié que ce ne sera pas toujours facile. Tout le monde oublie. C’est la vie !

Néroli intervient, curieuse :

- Et toi ? Tu as un nouveau projet à ses côtés ?

- Oui, mais ce n’est pas pour tout de suite.

Litsée profite du silence qui suit :

- Tu sais, Sirius, je me disais que tu pourrais peut-être venir avec moi.

Sirius la considère d’un air sincèrement désolé :

- Non, hélas, ce n’est pas encore possible. J’ai des obligations… On en a tous et moi-même, si je reste attachée à Rose… A vous… je devrai attendre encore un peu avant de vous rejoindre. Tu sais bien qu’on ne fait pas ce que l’on veut.

Litsée a beau s’y être préparée, la réponse de Sirius la laisse déçue. Le trio sombre dans un silence pesant.

Quelques instants plus tard, un garçon plein d’enthousiasme vient à leur rencontre :

- Oh ! Lili ! Mon départ est enfin programmé !

En quelques bonds, il rejoint Litsée et s’accroupit à ses côtés :

- Si tu savais ce que je suis impatient ! On va encore bien s’amuser ensemble !

Litsée lui adresse un regard sombre :

- Saro, tu oublies une chose : moi, je n’avais pas du tout envie de ça… On m’a forcé la main.

Saro accuse le coup avec humilité :

- Mais j’ai changé, tu sais… J’ai appris.

Litsée s’impatiente :

- Oui, ben on verra. Tu ne vois pas qu’on parle avec Sirius ? Tu nous déranges, là !

La mine boudeuse, le garçon se redresse et s’éloigne, le dos voûté. Sirius le suit des yeux avec un petit sourire énigmatique.

- Tu ne le ménages pas, commente-t-il sobrement.

Litsée se défend avec ardeur :

- Non. Je n’ai pas intérêt ! Je sais comment il est. Et puis tu sais bien que je ne voulais pas m’y recoller avec lui ! Il m’en a fait baver, quand même !

- Oui, mais toi, tu sais que ton travail avec lui n’est pas terminé.

Elle grogne :

- Je sais.

Sirius hoche la tête :

- Et cette fois, il ne tiendra qu’à toi d’en finir pour de bon.

Elle sert les dents.

- Je sais. Compte sur moi.

Néroli se redresse en soupirant. Quelque chose l’intrigue depuis longtemps ; il faut qu’elle en ait le cœur net :

- Sirius… Toi qui guides si bien les humains… As-tu déjà été l’un d’eux ?

Le regard de Sirius se perd dans le lointain :

- Il y a longtemps…

- Tu n’as plus envie ?

- Pas pour l’instant.

- Pourquoi un chien ?

- Pour l’amour inconditionnel.

Une tendresse infinie brille dans le regard de Sirius.

- Les animaux, eux, savent ce que c’est, ajoute-t-il.

- Pourtant, leur sort n’est pas forcément enviable auprès des humains, remarque Litsée.

- J’essaye de bien choisir ! Répond Sirius avec un petit clin d’œil facétieux.

- Tu as déjà choisi d’être un chat ?

- Oui, et ma foi, je recommencerai volontiers ! Le chat est libre. Le chien ne l’est jamais.

- Les chats… Quelle leçon ont-ils à apporter aux humains ?

- L’art de profiter de l’instant présent ! Et aussi, contrairement au chien, celui de s’aimer, de se choisir. C’est important aussi...

Litsée et Néroli ont savouré les paroles de leur ami avec délectation, comme toujours. Il va devoir partir ; la séparation, même provisoire, est toujours un peu triste.

- Tu nous accompagneras toujours ? Partout ? Demande Litsée.

- Toujours. Partout.

- Mais comment allons nous te reconnaître ? S’inquiète Néroli.

- Moi, je vous reconnaîtrai. Et je saurais vous le faire comprendre.

 

§§§

 

Une nouvelle fois, Litsée et Néroli sont réunies sous le chêne majestueux à l’orée de la forêt.

- J’ai fais ma petite enquête, tu sais, confie Litsée. On va devoir alléger le fardeau de la famille. On ne sera pas trop de deux pour faire ce travail. C’est pour ça qu’il est prévu que nous restions ensemble.

Néroli approuve :

- Oui, j’ai bien compris qu’on n’allait pas avoir une vie tout à fait « normale », si l’on peut dire comme ça. Disons que nous allons devoir cultiver notre différence, assumer une certaine marginalité.

- Rose est là pour nous y préparer.

Néroli sourit :

- Ça va changer de la vie de couple, des enfants, et tout le toutim ! Très bien ! Et puis j’aime bien cette idée de partager le même objectif toutes les deux, parallèlement à notre mission personnelle. C’est encourageant !

- Sûr qu’il faut bien ça pour envisager de tout reprendre à la base ! Retourner à l’école ! Non mais, tu te rends compte ?

Elles éclatent d’un rire joyeux.

- J’ai hâte de retrouver Rose et Yuzu, déclare Litsée en retrouvant son sérieux.

- Moi aussi ! Et à moi, le temps va sembler long avant de vous rejoindre. Heureusement qu’il y aura Vanille et Jasmin.

Néroli marque un temps de pause, soucieuse :

- Ils n’ont pas choisi la facilité, tous les deux… Surtout Jasmin. Tu vois, finalement, heureusement qu’on oublie tout ! Ça doit être horrible de savoir que tu vas être malade, ou handicapé, ou que tu n’arriveras jamais à l’âge adulte ? Pourquoi on choisit des « trucs pareils » ?

Litsée hausse les épaules :

- Tu le sais, on l’a tous fait, dans une vie ou dans une autre. Et plusieurs fois, sans doute. A toi aussi, c’est forcément arrivé. Tu avais ce travail-là à faire pour grandir ; ou alors, c’était tes parents, ton entourage, qui étaient appelés à progresser à travers ton épreuve. Jasmin a choisi. Sa mère, Marjolaine, aussi… Tout comme son futur père.

Néroli grimace :

- C’est difficile.

- Oui… C’est comme ça. Les rôles sont différents à chaque fois. Certains nous apportent plus de joies que d’autres. Mais nous en sortons toujours grandis. C’est ça, le but.

- Je sais tout ça. Mais au seuil du grand saut, on « mouline » un peu !

- Ce n’est pas moi qui vais te dire le contraire !

Après un court silence, Néroli relance la conversation, curieuse :

- Tu as choisi de travailler quel domaine, toi ?

- Transmettre, répond Litsée sans hésitation. Transmettre et éveiller.

- Moi aussi ! Et témoigner !

- Aussi, et soigner.

- Ah non, pas moi. Mais développer ma spiritualité, oui…

- On fera ça ensemble !

- Ce sera génial.

- Moi, j’ai soif d’apprendre ! Déclare Litsée avec ferveur.

- Sirius m’a confié l’autre jour ce que l’on attendait de nous… Nous allons devoir tout mettre en œuvre pour intensifier la Lumière autour de nous, participer activement à l’élévation des énergies pour l’entrée dans la nouvelle ère. Nous ne pouvons pas rater ça… Nous devons aider de notre mieux pour faire émerger un nouveau monde d’Amour, de Paix et de Joie. Ah, l’Amour inconditionnel ! Sirius nous apprendra. Il m’a dit qu’il aurait un grand rôle à jouer dans notre éveil spirituel. Il sera toujours notre guide. Tout autant que Rose et Yuzu.

 

§§§

 

Litsée se prépare au grand départ. Depuis quelques temps, elle fait de fréquents aller-retour pour découvrir et s’accoutumer à son futur « chez elle », à sa famille. Elle raconte à Néroli, la grande maison, le vaste jardin, promesse de partie de jeux interminables, l’entreprise familiale partagée avec la sœur aînée, Marjolaine, la première fille de Yuzu. Elle est très enthousiaste, même si la perspective de la séparation gâche un peu son plaisir. Elle sait déjà qu’elle va recevoir beaucoup d’amour, la base la plus solide pour bien grandir. Il y aura aussi la musique, la fantaisie, le non-conformisme, le sport, la nature, l’humour, les animaux, un sacré cocktail de positivité pour s’épanouir en dépit des vicissitudes inévitables de la vie. Litsée est irrésistiblement attirée… Mais parfois aussi, l’appréhension du changement est plus forte. Elle angoisse, menace de renoncer. Néroli l’encourage. Alors elle persiste.

Ses séjours vont devenir insensiblement de plus en plus longs. Jusqu’au jour J. Néroli est fataliste. C’est le processus normal. Il en sera de même pour elle dans quelques temps. Mais ce sera plus facile ; elle ne laissera presque personne derrière elle, elle. Vanille va bientôt partir à son tour. Il ne restera alors que Jasmin, et quelques autres avec qui elle a déjà « joué » une ou plusieurs « pièces » et qu’elle retrouvera ici et là, au fil de sa future aventure. Et il y aura surtout encore et toujours Sirius qui ne cessera jamais de faire la navette d’une dimension à l’autre.

Tout est en place. Le décor est dressé et les personnages possèdent leur rôle sur le bout des doigts ! Ah oui, mais il y a ce fichu « oubli » qui laisse la part belle au libre arbitre, aux tâtonnements, aux erreurs d’aiguillage, prévus ou non… Au « hasard » ! Le « hasard est l’ombre de Dieu » dit le proverbe arabe. Il faut trouver sa voie, sa mission, prendre conscience de ses dérapages et redresser la barre pour retrouver Le Cap. C’est tout l’art de la vie : accomplir ses missions avec la Lumière en filigrane et briller, rayonner comme un phare dans la tempête pour faire triompher l’Amour, la Paix et la Joie.

Frédérique

Précision, le texte est protégé par Copyright, il ne peut donc être copié et partagé !

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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 19:53

Lorsque nous nous sommes lancées ce défit avec Frédé d'imaginer puis de co-créer notre idéal de vie chacune s'est mis à la tâche de son côté.

Voici donc ce que sera ma vie !

Si vous saviez ce que je me sentais pleine de joie, hier soir après avoir mis le point final à ce récit !

C'est juste qu'en fait ... je le vis déjà !

 

C’est aujourd’hui demain !

Il pleut et pourtant je sais que cette journée ne va pas compter « pour du beurre » !

Depuis plusieurs mois nous n’avons pas ménager notre peine et aujourd’hui nous pouvons enfin nous dire « ça y est, on l’a fait ! ».

Sur la pointe des pieds je gagne la terrasse en bois qui entoure notre cabanon sur trois côtés. Nous y passons le plus clair de notre vie et mis à part pour dormir ou nous éclater au piano, il n’y a pas d’activités qui ne puissent y trouver leur place, même le coin cuisine y a trouvé sa place.

J’attrape à la volée le polaire abandonné la veille sur l’un des fauteuils, mon parapluie et file voir comment nos nouveaux pensionnaires ont passé la nuit, chien et chat collés à mes basques. Hier notre basse-cour a accueilli un couple de Barbarie qu’Amélie et Amélia, nos deux oies regardaient quelque peu de travers hier ! Apparemment tout est calme sur le front, les poules gambadent déjà, notre système d’ouverture et fermeture à batteries solaires fonctionnent parfaitement !

D’un coup d’œil j’embrasse les alentours sans rien noter de particulier puis je m’offre un petit instant contemplatif, accotée au muret de pierres sèches qui délimite l’enclos des moutons. J’ai sous les yeux tout ce qui fait ma joie, la Méditerranée au loin, nos chères Albères, Corbières, Fenouillèdes, Roussillon. Un seul absent, le Canigou ! Mais rien de grave puisque c’est sur ses flans que nous avons donné vie à notre éco-logis.

Quand la grave crise de 2020 a donné le coup de grâce à notre société d’alors, nous avons tant bien que mal tenté de nous adapter. Un petit noyau d’irréductibles complices a vu le jour. Nous ne nous connaissions pas tous mais les amis des amis ne sont ils pas par définition nos amis ?

Nous avions en commun un goût immodéré pour la simplicité, la Liberté. Sans être tous des adeptes d’une vie spartiate, nous savions aller à l’essentiel. Lorsque l’opportunité d’acheter cette immense terrain près de La Bastide s’est présentée, nous n’avons pas hésité, le Ptibus allait y être comme un coq en pâte ! Et puis avec cette histoire de Grand Reset autant liquider nos assurances vie.

Grands randonneurs devant l’éternel nos amis Pignon sont venus découvrir le coin. Ils y ont pris goût et le temps d’un week-end le petit casot que nous avions retapé dès les premiers temps les accueillait. Ce fut ensuite au tour de Claire de nous rejoindre épisodiquement, le temps de nous donner des « cours » de rattrapage en matière de maréchage. Notre vieille canadienne reprit du service jusqu’aux premiers frimas.

Dans la joie et la bonne humeur, nous nous sommes prises à rêver !

Pourquoi ne pas revisiter le concept de l’éco-village ?

Nous avons pris conseils auprès de Marie et Roger que nous retrouvons parfois au sein de leur habitat partagé à Los Masos. Petit à petit les choses ont pris tournure et l’idée de notre cabanon a fait son chemin. Depuis des années nous en avions les plans en tête. Conçu comme les huttes norvégiennes, c’est notre cocon ! Poêle en fonte, panneaux solaires, nous avons tout le confort ! Chacune de nous y a son espace, lit douillet et rangement minimaliste, tout est à portée de main, comme dans le fourgon. D’ailleurs ce dernier continue vaillamment à nous balader, jamais bien loin, souvent pour aller faire un tour à Saint Genis où nous avons toujours notre maison et le jardin ! Nous n’avons pu nous résoudre à les vendre, comment aurions nous pu abandonner notre olivier ! Lorsque nos réserves financières ont été liquidées pour donner vie à notre rêve, la solution idéale s’est imposée comme une évidence !

Aujourd’hui, Claire y vit et c’est parfait !

Le « Cortal » comme nous l’avons appelé est devenu petit à petit le point d’ancrage d’amis chers. Son nom s’est imposé immédiatement, clin d’œil à Alice notre amie de papier née d’un roman de Frédérique « Moi aussi j’existe ». Si elle n’a aucune existence légale elle est pourtant bien présente dans notre vie, je ne serais même pas étonnée de la voir un jour débarquer !

Notre casot s’est considérablement agrandi sous la houlette de Brice, au cours de chantiers participatifs organisés avec ses élèves du Lycée professionnel où il travaille à mi temps. Claude et Michelle l’occupent le plus clair du temps. Une première roulotte a fait ensuite son apparition lorsque Martine s’est finalement décidé à quitter sa maison de Sorède.

Aujourd’hui une seconde arrive et sera le port d’attache d’un jeune menuisier ébéniste rencontré à Couiza. Outre des chantiers prévus sur les villages des contre-forts du Canigou, il a quelques créations en tête qui viendront agrémenter l’étal de notre petite boutique. Je lui ai déjà passé commande d’un prototype destiné à contenir mes flacons d’Hydrolat !

Il n’est pas impossible qu’une troisième et dernière roulotte vienne compléter notre « cheptel », entre les visiteurs occasionnels ou un nouveau résident venant dynamiser et pérenniser notre éco-logis, tout est possible !

Pour lors nous misons tout sur notre épicerie multi-services !

Nous y proposons les fruits et légumes de producteurs locaux, ceux que Claire nous monte régulièrement. Avec Martine, Michelle nous sommes quatre à garnir le coin « conserve maison », quant à Frédérique elle s’est lancée dans la production hebdomadaire de pain maison à bonne échelle ! Un pain rustique cuit dans un vrai four à bois construit dans les règles de l’art. Pour ma part je distille à tour de bras et mes hydrolats se vendent comme des petits pains. L’association avec de petits producteurs locaux installés sur le Conflent fait merveille, les hydrolats de Ciste, d’Hélichryse, de Mentha Spicata et de Laurier Noble sont les produits phare de l’épicerie du Cortal !

Tout est donc bien, beau et bon et si globalement toute l’économie s’est effondrée, nous ne regrettons rien. Nous avons depuis 2020 fait une croix définitive sur les voyages au long cours, ni train, ni avion. Notre horizon s’est sans doute restreint mais ayant su anticiper nous avons pu nous adapter sans grande difficulté. Bien évidemment, il y a dans nos relations ceux qui nous servent l’éternelle litanie des « vous avez de la chance ». Nous ne nous fatiguons même plus à tenter de leur faire comprendre que nous avons quand même œuvré en ce sens et que tout ne s’est pas fait sans effort ! Je ne parlerai pas des nostalgiques du monde d’avant, aigris certains vont même à nous rendre responsables de l’effondrement de leur ancienne vie ! Comment n’ont ils pas compris que nous avions épuisé la planète, que nous foncions dans le mur !

Me voici partie bien loin de l’instant présent quand un bruit de galopade me ramène ici et maintenant. Notre roulotte arrive !

C’est la fête, la vie est belle et les cailloux sont en fleurs !

Merci.

 

 

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