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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 17:49

 

CENT ANS DE SOLITUDE

(« Cien anos de soledad »)

(Buenos Aires, Editorial Sudamericana, 1967)

Gabriel GARCIA MARQUEZ

(Paris, Ed. du Seuil, 1968)

 

Gabriel Garcia Marquez (Gabo pour les intimes), immense auteur latino-américain est mort le 17 avril 2014 à Mexico. Lui rendre hommage aujourd’hui est de lire ou relire son merveilleux chef d’œuvre.

« Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace » ainsi commence l’histoire imaginaire du village de Macondo, depuis sa fondation et sur plusieurs générations de la famille Buendia.

A la fois épopée familiale, roman politique et récit merveilleux, c'est « le plus grand roman écrit en langue espagnole depuis Don Quichotte », selon le poète chilien Pablo Neruda.

Toute l’Amérique latine s’identifie à cette saga, le livre rencontre un succès énorme.

Le style, mélange de réalisme et de fantastique, plonge le lecteur dans un espace temps magique où il est recommandé de laisser son esprit cartésien au placard.

« Le secret d’une bonne vieillesse n’est rien d’autre que la conclusion d’un pacte honorable avec la solitude » disait Gabo.

 

 

« Cent ans de solitude » a reçu le prix Rómulo Gallegos au Venezuela en 1972. En 1982, Gabriel García Márquez a reçu également le prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son œuvre.

 

Mi

 

 

 

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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 16:58

 

BATAILLE DE CHATS

(« Rinas de gatos », Editorial Planeta, 2010)

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Eduardo MENDOZA

(Ed. du Seuil, 2012 – traduction François Maspéro)

 

Où l’on se retrouve plongé dans le Madrid de 1936.

Où l’on apprend tout (ou presque !) sur Vélasquez.

Où l’on découvre que « los gatos » (les chats) est le surnom donné aux habitants de Madrid.

Où l’on comprend qu’être incollable sur le passé ne permet pas nécessairement de comprendre le présent.

 

Anthony Whitelands, anglais un peu naïf, expert en peinture espagnole du XVIIème débarque à Madrid pour estimer un tableau ; lui qui n’éprouve pas le moindre intérêt pour la politique se trouve balloté, au gré des manipulations d’un bord ou de l’autre, dans le tourbillon de l’Histoire.

 

De rebondissement en rebondissement, mêlant avec brio fiction et personnages réels, une touche de suspense par ci et pas mal d’humour par là, Mendoza nous tient en haleine dans ce roman formidable au style léger et enlevé.

A lire d’urgence si ce n’est déjà fait.

 

 

*Prix du meilleur roman des lecteurs du point 2013

 

Mi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 16:21

images[1]   

LE VIEUX QUI LISAIT DES ROMANS D’AMOUR

 

« Un viejo que leia novelas de amor »

Luis Sepulveda

 

(Ed. Métailié, 1992)

 Traduction de François Maspéro

  

   

 

  Quel beau titre !

  On est, dès lors transporté dans l’imaginaire et la fausse légèreté de la fantaisie dramatique latino-américaine.

  Dans ces 120 pages, pas de longues descriptions, pas de pathos ni de bons sentiments, pas de bons sauvages. Un plongeon dans la nature brute, dure, essentielle.

  Antonio José Bolivar, personnage principal de ce conte situé en Amazonie a longtemps vécu avec les indiens Shuars mais en homme solitaire, vieux sage ayant fait le tour de beaucoup de choses, aujourd’hui il lit des romans d’amour. Quand un homme blond est retrouvé assassiné, les Shuars sont les « coupables désignés ». Seul Antonio José Bolivar comprend et se lance sur la piste du meurtrier.

  Sépulvéda nous offre ici un conte philosophique, dont je retiens une phrase :

"Antonio José Bolivar ôta son dentier, le rangea dans son mouchoir et sans cesser de maudire le gringo, responsable de la tragédie, le maire, les chercheurs d'or, tous ceux qui souillaient la virginité de son Amazonie, il coupa une grosse branche d'un coup de machette, s'y appuya, et prit la direction d'El Idilio, de sa cabane et de ses romans qui parlaient d'amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes."

 

  Luis Sépulvéda est un écrivain chilien né le 4 octobre 1949 dans le nord du Chili. « Le Vieux qui lisait des romans d'amour » (dédié à son ami brésilien assassiné, Chico Mendès) traduit en trente-cinq langues lui a apporté une renommée internationale. Son œuvre est marquée par l'engagement politique et écologique.

 

Mi

 

 

 

 

 

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 19:56

EN UN MONDE PARFAIT

Laura KASISCHKE

(Ed. Christian Bourgois, Paris, 2010)

 

« In a Perfect World »

(Ed. Harper Perennial, 2009)

en-un-monde-parfait.jpg 

  Le livre commence dans une grande banalité. Une histoire « à l’eau de rose » qui vire à l’acide.

  La vie de Jiselle ancienne hôtesse de l’air, trentenaire récemment mariée avec Mark un beau, brillant et riche pilote, veuf et père de 3 enfants, est ancrée dans un quotidien faussement lisse. Elle devient vite une « femme au foyer », dont la cohabitation avec les enfants de son mari est difficile. Son quotidien se complique un peu plus quand une mystérieuse pandémie s’abat sur les Etats-Unis ; Mark est bloqué en Allemagne. Jiselle est seule.

 Comme une parabole d’un monde qui part en vrille, le conte de fées tourne au cauchemar, mais c’est un révélateur pour Jiselle. Quel est « ce monde parfait » où règne la peur, la rumeur, le malaise ?

  Laura Kasischke nous distille, par petites touches, et avec une éblouissante justesse psychologique la lente évolution de Jiselle face à ses responsabilités.

 

Laura Kasischke est une écrivaine et poétesse américaine, née en 1961. « En un monde parfait » est son 7ème roman.

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 18:46

Petit traité de vie intérieure

par Frédéric Lenoir

ed. PLON

 

Si comme moi vous avez été dégouté de la philo par vos profs de terminale, ce livre est pour vous !

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C’est avec une grande simplicité, mais en faisant souvent référence aux anciens, Socrate, Epitecte, Aristote, Montaigne… – que, du coup, vous regretterez sûrement de ne pas avoir lu… Mais il n’est pas trop tard ! – que Frédéric Lenoir nous présente en quelques pages le fruit de son expérience personnelle pour accéder au bonheur.  

 

« Exister est un fait, vivre est un art. Tout le chemin de la vie, c’est passer de l’ignorance à la connaissance, de la peur à l’amour. »

 

 Emaillé de nombreuses citations, ce livre est une réflexion sur la vie et la mort, la connaissance de soi et des autres, l’amour, l’amitié, la religion, sans oublier l’humour. Je ne résiste d’ailleurs pas à vous en livrer un extrait assez réjouissant…

 

 

«  C’est l’histoire d’un rabbin qui sort de la synagogue et rend grâce à Dieu. Il le remercie…. Lui redit toute son adoration et toute la confiance qu’il place en Lui, et en Lui seul. Or, voilà que, plongé dans ses pensées, le rabbin tombe dans un ravin. Dans sa chute, il parvient quand même à s’agripper à une petite branche, mais celle-ci n’est pas très solide. Effrayé par le vide, il appelle à l’aide :

 

- Y’a quelqu’un ? Y'a quelqu’un ?

 

Seul le silence lui répond. Il crie encore quand une voix le fait taire. Une voix profonde, venue d’en haut. De très haut.

 

- Mon fils, j’ai entendu ton appel. N’aie aucune crainte et lâche cette branche. Mes anges vont te porter, te déposer doucement en bas de ce précipice.

 

Et le rabbin regardant à nouveau le vide sous ses pieds :

 

- Y’a quelqu’un d’autre ? »

 

 

 

Pas mal pour illustrer la problématique de la Foi, non ?

 

Fredo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                     

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                       

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 20:06

     

LE GOÛT DU BONHEUR

Tome 1 - Gabrielle

Marie LABERGE

(Ed. Boréal, Anne Carrière, Montréal, 2000)

(Presse Pocket, Paris, 2007)

 

    Gabrielle-bis.png 

 

  Ce roman est le premier d’une saga familiale romanesque intitulée « Le goût du bonheur » (3 tomes) couvrant le XXème siècle, située dans la « Belle Province ».

  Ce roman intitulé « Gabrielle » débute sur l’île d’Orléans proche de Québec au début des années 1930. La crise a épargné la famille Miller qui vit heureuse et légère, au rythme des enfants et des vacances.

  On s’attache, on s’indigne, on se révolte, on fait partie de la famille Miller dont certains membres sont plus modernes que d’autres ; des femmes, des hommes avec leurs convictions, leurs contradictions.

  C’est l’occasion d’apprendre beaucoup sur l’histoire du Québec, la belle Province, pliant sous le poids du carcan religieux dans la société québécoise de l’époque, la condition des femmes, les préjugés sociaux et religieux.

 

  Tous les bouleversements du 20ème siècle s’égrènent au fil des pages d’une narration précise qui analyse la complexité des sentiments, des opinions, des engagements. Nouvelles techniques, évolution des mœurs et des idées, et la seconde guerre mondiale qui s’annonce. Le fond de l’air est lourd.

  Même si au début, le style semble un peu confus, et le « parler québécois » surprend, on rentre vite dans cette fresque bien enlevée et on tourne les pages,  pressé de connaître la suite.

  Un bon moment de plaisir sans prise de tête !


Mi

 

 

Marie Laberge, québécoise ; dramaturge, romancière, comédienne et metteur en scène, née le 29 novembre 1950 à Québec.

Tome 2 : Adélaïde 

Tome 3 : Florent

 

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 18:21

DOCTEUR  SLEEP

« Doctor Sleep » (Scribner, New-York, 2013)

Stephen King

(Albin Michel, Paris, 2013)

 

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  Ceux et celles qui ont lu le livre (1977), ont vu le film de Kubrick, « Shining » (1980) vont retrouver le petit Danny Torrance, Dan devenu adulte. Les autres vont faire sa connaissance car « Dr Sleep » n’est pas la suite de « Shining » mais une entité propre.

  Sur une centaine de pages, très dures, couvrant plusieurs décennies, nous suivons Danny jeune homme luttant contre son passé puis trentenaire vivotant comme il peut, avant que l’histoire proprement dite ne débute.

  Dan est aide-soignant dans une maison de retraite et lutte contre son addiction à l’alcool (S. King sait de quoi il parle !). Grâce à son « don » il accompagne avec tendresse les pensionnaires arrivés au bout de leur chemin (d’où son surnom de docteur Sleep).

  Mais, lorsque les True Knot, une bande d’énergumènes « américains moyens » sillonnant l’Amérique en camping-car, vivant de la vapeur produite par les enfants ayant le « shining » quand ils sont torturés, se lance aux trousses d’Abra, une fillette ayant le même « don » que Dan, c’est une haletante lutte à la vie à la mort qui commence.

 

 

Prix du meilleur roman fantastique 2013 décerné par la rédaction de Lire.

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 16:53
 
 
« Un jour, par la forêt »
Marie Sizun
editions Arléa
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Dans ce livre, Marie Sizun nous livre le portrait tout en finesse d’une petite fille de onze ans, rêveuse et solitaire, en plein décrochage scolaire. Après un cursus élémentaire brillant, Sabine est en chute libre, au point que sa prof de français décide de convoquer sa mère. Pour Sabine, cette rencontre est tout simplement impossible car elle a honte, honte de cette mère absolument pas présentable à ses yeux. Sabine a bien compris qu’elle n’était pas du même milieu social que les autres et refuse absolument cette confrontation. Pour y échapper, elle décide de faire l’école buissonnière…
Sabine part un matin avec la volonté d’en finir définitivement avec le lycée et la voilà bientôt qui erre sans but dans Paris, jusqu’au moment où elle croise la route d’un couple d’anglais férus de poésie qui va comprendre son malaise et l’inciter avec tact à reprendre le cours de sa vie scolaire.
C’est un très beau livre, plein d'amour, à l’écriture colorée et poétique, une étude psychologique très juste des sentiments de cette enfant qui ne se sent pas comme les autres et qui en souffre. La peinture du milieu scolaire n’est pas à son avantage, mais nous serons sans doute nombreux à nous y reconnaître. Une chose est sûre : en tant qu’ancienne enseignante, Marie Sizun sait de quoi elle parle !
 
 
L’égalité des chances selon le milieu dont on est issu, là est la question !
 
Frédo
 
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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 20:19

Quelques réflexions philosophiques de mon cru à propos d’un livre passionnant dans cet article assez difficile à classer !

En 1417, Poggio Bracciolini, éminent lettré, finit par découvrir dans un monastère allemand la copie préservé d’un livre rare. Copiste de talent et doué d’un « sixième »sens, il comprend immédiatement la portée de sa découverte.

Ce que je vous dis là et que raconte avec brio Stephen Greenblatt n’est pas de la science fiction, il s’agit d’un fait historique qui a fait rentrer l’Humanité dans sa « Renaissance ».

 

 

 

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En 1417, donc, Poggio Bracciolini dit « Le Pogge », découvre un exemplaire miraculeusement conservé de « De rerum Natura » de Lucrèce. Écrit au Ier siècle avant JC, ce poème dont la traduction du titre latin est : De la Nature des choses, fut dès sa mise en circulation dans le « collimateur » des religieux de tout poil, si j’ose m’exprimer ainsi !

Les thèses développées par Lucrèce n’étaient pas nouvelles, elles n’étaient qu’une reprise dûment argumentée de celles d’Epicure inspiré lui-même par des philosophes grecs du Vème siècle avant JC.

A cette époque, Leucippe et son élève Démocrite émettent l’idée que tout ce qui est, sera, a été est la résultante d’un assemblage d’éléments de taille infinitésimale et en nombre infini. Ils attribuent à ces éléments un nom très actuel : atome. Atome du grec ancien [atomos] signifie : « qui ne peut être divisé » (certes nous savons maintenant que ce n’était pas tout à fait exact). Démocrite précise la pensée de son maître en estimant que ces atomes en se combinant de multiples façons créent une variété infinie de formes : tout ce qui est sur terre mais aussi dans l’Univers. Ce point de vue extrêmement novateur qui mettra des siècles à faire son chemin et à s’imposer, va susciter des remous infinis, les plus violents étant le fait du monde Chrétien.

En Grèce antique, à l’époque de Démocrite, ces propos ébranlèrent certains dans leurs certitudes mais ne suscitèrent pas les réactions violentes que connurent ensuite les philosophes qui reprirent ces idées. Pour les intellectuels grecs, seul l’échange des idées était porteur de sens, le dialogue importait plus que de vouloir convertir l’autre à ses idées. La règle dans les cénacles de lettrés était de ménager une place pour les opinions contraires en se dispensant de commérage ou de calomnie !!!

Une attitude sans doute à remettre au goût du jour !

 

La théorie de Leucippe et Démocrite fit donc son chemin et un émule de talent : Epicure (IVème-IIIème siècle avant JC). Il y apporta quelques précisions comme le fait qu’il n’y a pas de catégorie supérieure aux autres, tout étant issu de la même source, l’atome. Cela l’amena à affirmer que tout fait partie de l’ordre naturel et que selon lui, il n’y avait pas de manifestation divine. Ni Bien, ni Mal, pour Epicure, comprendre cela devant être l’un des plus grands plaisir de l’Homme !

EpicureLa théorie d’Epicure commençant à se répandre, démontrait en termes clairs qu’il existe une explication naturelle derrière tout ce qui nous échappe ou nous inquiète ; avoir ce simple fait en tête devait permettre à l’Homme de ne plus craindre de châtiment divin. Tout étant simple et évident, la vie devait être faite de plaisir.

C’est ce dernier point qui a été retenu par ses détracteurs laissant libre cours à la cabale qui a commencé à circuler à l’encontre des idées épicuriennes.

Pourtant l’épicurisme n’avait rien à voir avec cette interprétation simpliste que nous connaissons. Pour Epicure, la part d’appétit inassouvi fait partie du plaisir. C’est d’ailleurs ce que nombre d’éducateurs et d’enseignants, de philosophes comme Michel Serres, tentent de faire passer en vantant les bienfaits de la frustration : entretenir le désir est source de plaisir ! L’un des élèves et émules d’Epicure, Philodème, écrivait « il est impossible de mener une vie plaisante qui ne soit pas prudente, belle et juste et encore courageuse, maîtresse de soi, magnanime, ouverte à l’amitié, pleine d’humanité ».

La philosophie, parfois décriée d’Epicure, voyagea néanmoins au gré des déplacements des lettrés grecs et romains jusqu’à séduire un jeune romain, Lucrèce.

Nous y voilà !

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Des siècles plus tard, il reprit ces thèses les peaufinant, énonçant clairement que toute « chose » finira par se désintégrer pour libérer les atomes qui les constituaient et redonner naissance à d’autres « choses ». C’est cette théorie que reprit bien des siècles plus tard Lavoisier en énonçant : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ! ».

A l’époque de Lucrèce, une théorie donnant à penser que les êtres humains n’avaient aucune raison de se laisser empoisonner par des croyances qui les asservissaient, les empereurs étaient des Dieux !, ne pouvait passer sans grincements de dents.

De Rerum Natura circulait pourtant dans les cercles intellectuels romains. Les idées ont donc franchi les siècles jusqu’à incommoder la chrétienté.

La répression se fit plus dure, l’enjeu devenait tout autre car politique !

Aucun manuscrit du monde antique n’a subsisté, il nous reste quelques copies manuscrites pour les plus anciens spécimens, puis, après Gutenberg, un certain nombre d’ouvrages imprimés ayant échappé au grand nettoyage de l’Inquisition.

A ce propos, je suppose que peu d’entre nous savent que si l’Inquisition a changé de nom au fil des siècles, ce n’est que depuis 1965 que la structure et les méthodes de l’Inquisition ont été abandonnées. En 1908, Pie X l’avait Rebaptisée Congrégation du Saint Office et c’est sous la houlette de Paul VI qu’elle devint Congrégation pour la doctrine de la Foi, ce qu’elle est toujours !

Au IVème siècle de notre ère, sous l’impulsion des empereurs Constantin puis Théodose, le christianisme devient religion officielle de Rome. A Alexandrie, alors que depuis des siècles 3 communautés vivaient en harmonie, chrétiens, juifs et païens, le chef spirituel de la communauté chrétienne s’employa à monter les chrétiens contre le reste de la population. Tous les emblèmes de la culture millénaire grecque et romaine, furent ravagés. C’est à cette époque que se situent les premiers cas de persécutions contre les philosophes qui avaient fait leurs les idées de Lucrèce.

L’obscurantisme était à l’œuvre ; sa première victime fut une femme, Hypathie.

Philosophe, mathématicienne, artiste, astronome, opposée aux actes discriminatoires dont était victime la communauté juive, Hypathie fut la première sorcière (au sens où l’entendait l’Inquisition) qui déchaîna la haine du monde chrétien contre ceux qui refusaient de se plier à ses dictats. Lapidée, brûlée, son tortionnaire, Cyrille, fut canonisé !

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Le martyre d’Hypathie signe la fin de la plus grande bibliothèque du monde antique, celle d’Alexandrie, mais aussi d’un mode de vie. La preuve que la culture, même si elle est inégalement partagée, est un élément clé de la cohésion sociale. Je vous livre ces paroles prononcées au IVème siècle, toujours d’actualité (malheureusement) : « A la place d’un philosophe, c’est un chanteur qu’on fait venir, au lieu d’un orateur, c’est un maître ès arts scéniques ; les bibliothèques, à la manière des sépulcres, sont closes pour toujours… ».

A cette époque, le sort des œuvres des auteurs classiques était scellé ; les invasions barbares, le souci de préserver la foi Chrétienne de toute atteinte mais aussi le poids politique de plus en plus fort des « chefs spirituels de la Chrétienté » ont mis un frein à la liberté de penser.

10 siècles plus tard, ce sont les humanistes florentins qui seront les premiers à réagir contre le poids que l’Eglise romaine faisait peser sur la libre pensée. Les écrits satyriques dénonçant les écarts des prélats, les arrangements pris avec la morale, commencèrent à circuler : « qui a-t-il de plus étranger à la religion que la Curie ? ».

Tous ces écrits annonçaient Luther et son « hérésie » et lorsqu’au XVIème siècle la hiérarchie catholique essaiera de faire obstacle à la Réforme protestante, nombreux étaient ceux qui avaient succombé pour avoir oser défendre des idées qu’ils croyaient juste et directement inspirées de Lucrèce et des « atomistes » grecs.

Car si les manuscrits antiques originaux ont tous disparu, dans le calme des monastères un peu partout en Europe, des moines ont recopié pendant des siècles des textes auxquels ils ne comprenaient (souvent) pas grand-chose, permettant ainsi à des férus de littérature antique de faire revivre les idées des philosophes grecs et romains.

Et c’est là que nous revenons au héros de notre livre, le « Pogge » ! Nous lui devons cette renaissance et ce courant de pensée actuel qui est ni plus ni moins que la synthèse des idées de Leucippe, premier atomiste, et du Christ !

Tout ce qui est dans l’Univers et l’Univers lui-même est issu de la même source mais comme il a bien fallu aux origines de cette source qu’une étincelle divine mette le « feu aux poudres », nous sommes tous un avec Dieu !

Depuis cette redécouverte de l’atome et de ses implications, le monde « moderne » a petit à petit évolué. De grands hommes ont payé de leur vie, comme Giordano Bruno ou Galilée (« Et pourtant elle tourne !!! »)

http://education.francetv.fr/videos/galilee-ou-la-fin-du-geocentrisme-v103607

Le bûcher des vanités de Savonarole, les philosophes assassinés pour hérésie, les actes militants des jésuites qui s’employèrent à museler ceux qui continuaient à croire en la théorie des atomes n’ont pu cependant empêcher les idées de Lucrèce d’atteindre leur but.

Des choses de la nature » a fait partie de la liste des livres interdits par l’Eglise, liste abolie en 1966 !!! mais de brillants esprits ont réussi le tour de force d’instiller dans les idées de Lucrèce un soupçon de « divinité » !

Erasme, Raphaël, l’anglais Thomas More dès le XVIème siècle tentèrent de faire le lien entre la pensée d’Epicure (donc de Lucrèce) et les paroles du Christ.

L-Ecole-d-Athenes.pngDes oeuvres aussi variées que le roman intitulé « L’Utopie » ou la fresque « L’école d’Athènes » au Vatican témoignent de ces démarches et malgré la violence de la répression menée par l’Inquisition pour qui « la seule chose nécessaire au philosophe, pour connaître la vérité … est de s’opposer à ce qui est contraire à la Foi … » rien n’empêcha Newton d’affirmer que concilier atomiste et foi chrétienne était possible.

Do

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 09:56

RIEN NE S’OPPOSE À LA NUIT

Delphine DE VIGAN

(Ed. J.C. Lattès, Paris, 2011)

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Sur la couverture : Lucile, la mère de l’auteur

 

« Ma mère était bleue,….ma mère était morte depuis plusieurs jours. »

Après la mort de sa mère, l’auteur d’abord hébétée, prend la décision d’écrire sur, autour, à partir d’elle.

Dans la mythologie de chaque famille il y a LE drame inaugural. Dans la famille de l’auteur, la mort du petit Antonin tient cette place. Beaucoup d’autres douleurs suivront.

Hantée par son souvenir (sa mère a mis fin à ses jours en janvier 2008), par la culpabilité, par le sentiment de ne pas avoir compris son appel au secours, par le besoin de comprendre ce qui a pu l’entraîner jusque là, Delphine de Vigan se lance pas à pas avec délicatesse et tendresse dans une psycho-généalogie de sa famille. Une famille où l’apparente gaieté cache l’omniprésence de la mort. Elle découvre des secrets de famille, la force morbide du silence, du déni ; la souffrance des adultes, les phénomènes de répétition d’une génération à l’autre.

C’est, quand la vie bascule, la perte de l’insouciante. Autant le dire tout de suite c’est un livre d’une grande beauté, d’une grande force, il m’a bouleversée.

 

Ce livre a reçu le Prix du roman France Télévisions 2011, le Prix Renaudot des lycéens, le Prix du roman Fnac.

Mi de Paris

 

 

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