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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 17:12

Sans doute vous êtes vous déjà demandé comment font certaines personnes pour tenir le coup face à des situations difficiles et peut-être avez-vous constaté qu’un beau jour, alors que tout s’arrange pour elles (c’est du moins notre ressenti personnel) au lieu de se sentir revivre, c’est la dégringolade !

Dans cette nouvelle, j’ai essayé de démonter quelques mécanismes de fonctionnement que nous pouvons tous avoir un jour et de mettre en scène comment, lorsque la situation perdure et est poussée à son paroxysme, ces mécanismes de sauvegarde deviennent notre identité. Identité qui nous colle à la peau et a généralement des répercussions sur notre entourage.

C’est en m’intéressant à la psycho généalogie que j’ai découvert les ravages que ces différents modes de fonctionnement opèrent au sein des familles et que l’on retrouve de génération en génération. Voici donc le fruit de mes cogitations.

 copyrightfrance-logo13

Quelle est la pile qui vous fait avancer ? Nouvelle

Depuis un petit moment Pascaline regardait avec attention le paysage qui se déployait au pied de la Résidence. L’intense luminosité lui blessait les yeux mais un petit détail avait accroché son regard. Les grands pins voisins masquaient en partie la petite route qui sinuaient au milieu des vignes aussi se démanchait-elle le cou pour tenter d’en apercevoir le seul tronçon partiellement dégagé.

Le ciel chauffé à blanc vibrait sous les stridulations des cigales la remplissant d’un bien-être qu’elle sentait renaître chaque été.

-« Mais enfin Pascaline, fermez moi cette fenêtre et branchez au moins votre ventilateur si vous ne voulez pas venir au salon ! »

Toute à sa surveillance, Pascaline n’avait pas entendu arriver l’aide-soignante qui régulièrement dans la journée venait leur proposer à boire.

-« Te-te-te, vous n’allez pas m’apprendre ce qui est bon pour moi ? J’ai besoin d’avoir chaud, je me sens revivre !!! »

Pressée d’en finir, Pascaline attrapa le verre de citronnade que lui tendait la jeune femme et regagna son poste d’observation. Trop tard ! Si ce qu’elle avait cru voir n’était pas un mirage, elle avait manqué l’opportunité de s’en assurer.

-« C’est malin ! je n’ai rien pu voir ! »

-« Voir quoi ? »

-« J’ai cru reconnaître quelqu’un ! »

-« Et bien, il faut qu’il soit fada pour se balader en plein cagnard ! »

-« Dans ce cas on sera deux, je sors. Je vais au jardin, sous les pins je serai bien ! »

Pascaline attrapa ses lunettes, son chapeau et sans attendre de quelconque commentaire quitta sa chambre.

Bien que fleurant les 90 printemps, d’un pas dansant elle gagna le rez de chaussée où un rapide inventaire des magazines lui permit de trouver de quoi s’évader.

Elle connaissait un petit coin sous les pins qui l’enchantait ; le vent dans les aiguilles la transportait des années en arrière quand jeune retraitée elle avait décidé de tout quitter pour venir s’établir dans le Sud. Elle avait largué les amarres médusant son environnement qui ne la voyait qu’en femme soumise. Soumise, elle l’avait été, à ses parents d’abord, à son époux ensuite puis à sa hiérarchie. Enfant elle avait cru qu’il était dans l’ordre normal des choses d’obéir, d’être sage. S’il lui arrivait d’envier la liberté de certaines de ses amies, la satisfaction de plaire aux siens, les compliments, faisait taire en elle ses quelques brefs moments de rébellion. Plaire était devenu « la pile qui la faisait avancer », elle s’effaçait pour répondre aux attentes des autres. Être sage se résumait à ne pas être !

La donne avait quelque peu changé lorsqu’elle était devenue mère. Si sa fille aînée s’était révélée l’enfant idéal, la seconde était née la rébellion chevillée au corps. Regardant sa cadette grandir, Pascaline se surprenait parfois à la trouver plus adulte qu’elle. Lorsque du haut de ses 9 ans, la petite lui demanda pourquoi elle ne divorçait pas comme la mère de sa copine, elle n’avait su quoi répondre. Pourquoi en effet acceptait-elle de se laisser traîter comme une « sous merde » comme lui disait une de ses collègues et amies.

La réponse était lumineuse de simplicité : c’était au-dessus de ses forces !

Devoir se justifier auprès de ses parents, entamer des tonnes de démarches, quitter sa maison, elle y avait investi beaucoup d’énergie, tout lui semblait insurmontable. Par ailleurs, elle pouvait compter sur ses copines, se savait écoutée et plainte quand la mesure était comble. Il y avait toujours une porte amie où aller frapper si nécessaire pour recharger ses batteries !

Ses filles avaient grandi, chacune suivant sa voie. L’aînée, Florence, n’était pas sans lui rappeler ce qu’elle était, placide, soucieuse de ne pas faire de vague. Elle aurait pu en être satisfaite, pourtant son attitude l’inquiétait alors que le côté « va-t’en guerre » de la petite, Aline, la stimulait. C’est à cause d’elle finalement qu’un beau jour, elle annonça qu’elle allait vivre sa nouvelle condition de retraitée dans le sud et seule !

Un cataclysme !

Son mari s’était effondré, toute la famille à son côté. Petit à petit leur pitié l’avait « ressuscité », il était devenu la victime, elle était son bourreau. Les rôles s’étaient inversés. Florence ne décolérait pas, seules Aline et sa petite famille l’avaient soutenue. Ils avaient prospectés avec elle, l’aidant à trouver sa nouvelle résidence.

Elle leur en avait ouvert grand les portes puis avec joie les avait vus s’installer dans le sud où ils y avaient fait souche. Si Pascaline se régalait à voir grandir la descendance de sa plus jeune fille, de l’aînée elle ne savait que ce que lui racontait Aline, autant dire assez peu de choses car les rencontres étaient rares. De ses 7 arrières petits-enfants elle ne connaissait que Tom et Marie qu’Aline assumait énormément. C’était sans aucun doute son choix mais Pascaline ne voyait pas d’un bon œil sa fille jouer les mères de substitution. Elle comprenait bien ce qui animait Aline. Veuve, encore jeune, elle avait une trouille bleue de la solitude qu’elle comblait en élevant ses petits-enfants, leurs parents étant toujours occupés de droite ou de gauche.

Pascaline s’était juste autorisée à lui faire remarquer que Tom et Marie feraient leur vie un jour sans regarder derrière eux, ce qui était non seulement normal mais souhaitable ! Ils ne pourraient remplir sa vie éternellement et si elle voulait ne pas trop souffrir il était important qu’elle pense à elle, vive pour elle ! Elle n’était pas certaine d’avoir été reçu 5 sur 5 mais au moins, elle avait dit ce qu’elle pensait.

Pascaline vivait maintenant depuis quelques mois à la résidence de la Forge où elle menait une vie un peu en marge des autres, ce qui était d’autant plus aisé qu’elle était à deux pas du village où elle avait vécu de si longues années. Elle y avait ses repères, de vieilles copines avec lesquelles elles sortaient parfois. Souvent en vadrouille, la routine de la Résidence lui pesant fréquemment, elle qui par le passé était taxée de femme soumise avait endossé le costume de rebelle au sein de la maison de retraite. Avec la complicité d’un vieil ami bricoleur, elle avait installé sur sa loggia, un petit coin dînette. Il lui avait bricolé un système de verrouillage « aux petits oignons » et personne n’avait encore découvert ce que contenait le petit meuble. Elle se mitonnait parfois des petits plats où régalait Tom et Marie de sucreries « maison ».

Elle prenait un réel plaisir à cultiver son côté marginal ; c’était là sa réponse pour arriver à s’adapter à son nouvel environnement. Louée enfant pour sa docilité, elle alimentait les ragots par son goût de la provocation.

Installée sous son pin, Pascaline était plongée dans la lecture d’un magazine quand elle entendit chuchoter à ses côtés.

Sans réel étonnement elle pivota pour découvrir la tignasse d’un blondinet émergeant d’un bouquet de tamaris. Elle n’avait donc pas eu la berlue tout à l’heure en apercevant une silhouette menue sur la petite route !

-« Elliot ?! D’où sors-tu ? »

-« Les parents m’ont déposé »

-« Ah bon ! Tiens !! »

La réponse du gamin la laissait perplexe, les propos d’Elliot avaient un petit parfum de mensonge. Néanmoins toute heureuse de cette visite inespérée, elle invita l’enfant à venir déjeuner avec elle. Après avoir demandé si elle pouvait mangé dans sa chambre et récupéré deux plateaux garnis en cuisine, ils s’installèrent pour une espartinette sur sa terrasse. Elliot regardait son arrière grand-mère s’affairer dans son coin dînette, tout en lui livrant sans s’en rendre compte le pourquoi de sa présence auprès d’elle. Pour son opération séduction, Pascaline était décidée à bien faire les choses n’hésitant pas à améliorer l’ordinaire avec du Nutella et du Coca. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre et il y avait à coup sûr de « l’entourloupe » dans l’air !

 

L’an passé, Aline avait renoué avec sa plus jeune nièce, benjamine de Florence. Mère de 3 enfants, Angélique avait été séduite par le côté dynamique de sa tante, cette dernière prenant un grand plaisir à voir Tom et Marie cohabiter joyeusement sous un même toit avec des cousins qui venaient de leur tomber du ciel.

Pascaline espérait que côté retrouvailles, la famille n’en resterait pas là, pour tout dire elle espérait renouer avec Florence ! Sa fille, Angélique, n’avait en rien hérité du caractère de sa mère, elle s’était, aurait dit un psy, construite en totale opposition. Elle menait sa famille d’une main de maître. Rien ne lui échappait, elle avait un avis sur tout, se flattait de ce que ses enfants filaient doux.

Elliot notamment était d’un calme impressionnant mais il n’avait pas fallu longtemps au joyeux Tom pour le séduire.

Observant vivre sa nièce, Pascaline se demandait si un jour viendrait où, comme elle, Angélique se lasserait du rôle qu’elle avait endossé. La vie ne pouvait se résumer à ce combat perpétuel que menait Angélique en toute circonstance.

A la fin du repas, Pascaline attrapa Elliot aux épaules l’obligeant à lui faire face. Elle n’eut pas à insister longtemps pour découvrir que l’enfant avait filé à l’anglaise. Profitant d’une scène entre ses parents et après avoir proféré le plus gros mensonge de sa vie, il avait lancé à la cantonade que Tante Aline était venu le chercher pour retrouver Tom, et il s’était évaporé.

Avec ses mots d’enfants il lui expliqua qu’il en avait assez d’entendre ses parents se disputer. Sa mère se plaignait d’être seule pour tout faire mais elle refusait tout le temps d’être aidée, semblant savoir mieux que quiconque leurs goûts, leurs désirs. Elliot aimait la musique, il était inscrit au tennis. Ses sœurs rêvaient de poney, elles avaient chaussé les demi-pointes dont leur mère rêvait enfant.

Et puis, il y avait son père !

Effacé, laissant sa femme mener sa barque, il fuyait la maison se réfugiant dans sa voiture pour y passer de longs moments. Un copain de classe d’Elliot lui avait raconté avoir vu son père un dimanche midi manger tout seul un sandwich sur un parking. L’étrange découverte avait grandement perturbé l’enfant mais il en avait conclu que la solution à ses problèmes se trouvait dans la fuite …

Dans la tête de Pascaline les idées se bousculaient.

Cherchait-on Elliot ? Personne n’avait tenté de la joindre !

Devait-elle appeler Aline ?

Pouvait-elle trahir l’enfant ?

Après tout, Elliot lui avait dit avoir été déposé par ses parents, elle n’avait qu’à s’en tenir à cette vérité. C’est d’ailleurs ce qu’elle avait annoncé au personnel en présentant son invité !

Sa décision était prise, elle ne bougerait pas une oreille pour le moment.

A l’heure du goûter, personne ne s’étant manifesté, Elliot partagea celui des résidents sans que personne n’en soit surpris ! 

Pascaline attendit l’heure du dîner pour appeler sa fille et jouer les étonnées faisant mine de s’interroger sur la présence si tardive du jeune Elliot à ses côtés.

Une demi-heure plus tard, toute la famille débarquait à la Forge où Elliot paradait de table en table auprès d’un public de séniors conquis par sa spontanéité.

En quelques enjambées Angélique se porta vers l’enfant. Un peu en retrait, son mari, Aline et les autres enfants retenaient leur souffle. Prestement Elliot se rapprocha de Pascaline qui l’accueillit, le plaçant devant elle, les mains sur ses épaules. Il se sentait plus sûr de lui et c’est sans se démonter qu’il répondit à la question de sa mère : il en avait eu assez de les entendre crier alors il avait fait comme son père lorsqu’il les laissait le dimanche pour aller manger tout seul dans sa voiture : il était parti …

La stupeur figea Angélique une fraction de seconde puis, pivotant sur place, elle fit face à son mari. Sentant l’orage venir, Pascaline invita les enfants à gagner le jardin, chargeant Elliot d’y amener la troupe. Le garçon, ne se le fit pas répéter tant il lui paraissait incroyable d’échapper à la colère maternelle.

Pascaline invita ensuite les adultes à la suivre dans sa chambre où, par ailleurs, elle comptait bien ne pas s’incruster. La porte à peine refermée, Angélique explosa ; personne ne lui dicterait sa conduite et surtout pas celle qui avait détruit leur famille. Le regard furibond elle ajouta qu’elle avait le sens du devoir et savait où était ses responsabilités. Ce n’était pas sa faute si elle n’était entourée que d’incapables, avait-elle ajouté.

Sa tirade fit l’effet d’un détonateur sur mari. L’attrapant par le bras il l’obligea à s’asseoir pour l’écouter. Pascaline et sa fille se dirigèrent vers la porte, elles n’avaient pas l’intention d’assister à la scène qui s’annonçait ; récupérer les enfants, les rassurer au besoin était leur priorité.

 

Ce qui s’est dit, Pascaline ne l’a jamais vraiment su. Tout juste a-t-elle pu l’imaginer en regardant vivre ses arrières petits enfants les jours qui ont suivi la fugue d’Elliot puis en écoutant sa fille.

Depuis ce jour, Angélique peine à lâcher prise et si la survie du couple reste un point d’interrogation, Elliot et ses sœurs ont su tirer partie de la situation. Les tutus, la raquette sont d’ors et déjà remisés et leur père semble avoir à cœur de s’investir davantage auprès d’eux. Reste à savoir s’il saura ne pas en faire trop et arrivera à faire en sorte que lui et Angélique soient complémentaires !  

Pascaline se doute bien qu’elle ne reverra pas de sitôt sa petite fille, si elle la revoit, il y avait bien trop de haine dans ses propos. Elle lui a cependant écrit une lettre car elle n’arrive pas à porter seule la responsabilité de la faillite familiale. Elle aimerait tant arriver à lui faire comprendre que chacun doit vivre selon ses aspirations, que rien ni personne ne peut obliger un être humain à se voir imposer des vues incompatibles avec ce qu’il est. Les humiliations, les coups … pourquoi aurait-elle dû continuer à supporter ? Son seul crime est d’avoir trop attendu pour partir !

Reste à savoir si cette lettre aidera Angélique ?

Mais cela n’est plus vraiment son problème ; après tout elle a vécu si longtemps sans elle, si cela devait continuer, tant pis !

Do

Ps. Si le sujet vous intéresse voici un lien intéressant : http://www.corps-esprit.net/article-darpan-pourquoi-ne-puis-je-etre-pleinement-moi-meme-111714940.html

J’ai découvert ces vidéos tout à fait passionnantes.

 

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