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23 février 2022 3 23 /02 /février /2022 21:01
Lorsque nous avons ouvert l'Ecritoile à la visite en janvier Frédérique qui présentait ses bouquins avait préparé à l'intention des visiteurs un petit atelier d'écriture. Sur un cahier elle avait démarré un texte posant le début d'une histoire, il s'agissait de poursuivre ce récit. Pas de contrainte, chacun était libre de laisser parler son imaginaire. J'ai joué le jeu mais personne ne s'est senti à ma suite de laisser libre cours à ses capacités créatrices.
Panne d'inspiration ?
Sans doute mais il en a été de même avec ma proposition. Pastels, fusains, sanguines sont restés sagement dans leurs étuis, personne n'a relevé le défi de la page blanche.
Quelques jours se sont écoulés, une idée me trottait en tête, je songeais à poursuivre le récit de ces aventuriers mais le verbe étant créateur j'ai préféré différer. Nous nous préparions avec notre groupe de randonneurs "Ramène Tes Godillots" à crapahuter du côté du Neulos et je ne tenais pas du tout à donner vie à l'aventure que j'avais concocté dans la fiction que voici... 
Dominique
 

Une aventure des "RTG"

Au terme d'une rude grimpette de près de deux heures la petite colonne des RTG* s'achemine tranquillement vers le col. (* Ramène tes godillots)

La chance leur sourit depuis le matin, un temps doux, sans vent et un soleil généreux laissant présager une halte pique-nique des plus agréables et un repos bien mérité.

Brusquement le chef de file s'arrête... L'un après l'autre, les marcheurs s'immobilisent derrière lui sur l'étroit sentier.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? Fait le premier d'une voix intriguée.

Chacun lève les yeux en direction de son regard. Venue du col, une épaisse masse de nuages glisse le long du flanc de la montagne dans leur direction. En quelques minutes le soleil disparaît, le paysage se voile et un brouillard humide et frais les enveloppe.

§§§

Instantanément je tire sur la laisse du chien que je venais de rattacher pour traverser un troupeau de vaches. La queue basse il se laisse faire sans rechigner, lui qui d'habitude tient tant à sa liberté.

A mes côtés ma coéquipière, fan de rando, aguerrie aux situations quasi-extrêmes me regarde avec insistance. Je sens qu'elle essaie de me transmettre un message qui refuse de franchir ses lèvres.

Le chien décide pour nous !

Un bref écart et il fonce vers un amas de rochers que nous venions de dépasser, nous entraînant toutes les deux dans son sillage. Un petit rencoignement nous accueille juste au moment où nous constatons effarées que nous n'y voyons plus à deux mètres. Un silence ouaté nous enveloppe.

Pelotonnés tous les trois dans l'étroit réduit, nous nous abandonnons à une somnolence chaotique, le chien « collé-serré » contre nous. Un épais tapis de feuilles mortes nous isole du sol, pourtant le froid mordant nous transperce. Nous passons à l'action et je me décide à sortir ma cape de pluie prévue pour faire aussi office de tente. C'est le moment ou jamais. Les bâtons entrent en action pour confectionner un petit cocon. Les minutes s’égrainent lentement, nous n'osons même pas en profiter pour casser une petite croûte tant les circonstances sont "extra" ordinaires. Soudain le chien se relève et gronde, oreilles dressées. Il semble prêt à bondir quand un chuchotis nous fait sursauter exagérément et déchaîne de furieux aboiements. Nous risquons un œil hors de notre cachette, le brouillard semble moins dense !

Une silhouette émerge de derrière un arbre que nous n'avions même pas remarqué en fonçant vers nos rochers. Pourtant, vu sa taille, il n'est pas là d'hier. Nous reconnaissons un de nos coéquipiers de rando.

Nous giclons de notre abri pour nous porter à la rencontre de notre ami. Transi et très ébranlé il nous brosse ses mésaventures d'un débit haché. Réfugié au pied d'un bosquet de noisetiers lorsque la masse nuageuse l'a englouti, c'est au pied d'une souche tarabiscotée mais fraîchement coupée qu'il vient de se retrouver.

Une sensation d'étrangeté nous habite. Tout semble différent autour de nous et pourtant nous n'avons pas bougé d'un iota depuis que le brouillard est tombé. Un coup d’œil à notre topo de rando achève de nous convaincre que nous ne rêvons pas. Alors que nous devrions nous trouver au sein d'une vaste étendue herbeuse ponctuée de quelques hêtres rabougris et de noisetiers, nous sommes au cœur d'une zone boisée principalement de noisetiers.

A croire que nous avons été téléportés dans un autre lieu.

Des écharpes de brume s'accrochent à la végétation, le brouillard qui nous avait enseveli se dissipe aussi vite qu'il était apparu et sous le soleil revenu nous nous éloignons de notre abri. Nous endossons nos sacs à dos et cherchons à nous orienter. A priori le Neulos se trouve juste au-dessus de nous, pourtant si le sommet que nous apercevons en a l'allure globale, où sont passées les antennes ? 

Patrick, plus branché technologie que nous, semble subitement touché par la grâce. Il attrape son portable et frénétiquement multiplie les tentatives pour se connecter. Impossible d'activer le GPS. Je me décide à sortir ma bonne vieille boussole abandonnée au fond du sac. Carte IGN déployée, nous nous orientons, mémorisant le trajet parcouru au préalable, et plaçons la boussole en respectant les règles de l'art. Aucun doute n'est malheureusement possible, nous ne pouvons qu'être sous le sommet du Neulos.

Les pensées les plus folles nous traversent l'esprit. Et si nous avions subi une attaque nucléaire d'un nouveau genre ? Ou un coup de la station HAARPAprès la "plandémie" que nous venons de vivre nous sommes capables de tout envisager.

Nous nous décidons à gagner le sommet, Neulos ou pas, d’où nous devrions avoir une idée précise du lieu où nous nous trouvons. Sans compter que nous avons toutes les chances d'y retrouver nos coéquipiers de rando. Nous entamons la grimpette attentifs à ne pas perdre de vue le sommet. Par endroit les noisetiers forment une barrière difficilement franchissable ; à d'autres, curieusement, les bosquets semblent fraîchement coupés.

Soudainement nous nous figeons, des voix résonnent non loin. Nos amis bien sûr ! Nous pivotons prêts à nous porter à leur rencontre quand l'attitude de Sylvestre, le chien, nous intrigue. Queue basse il attend, sur le qui-vive !

Avisant un bouquet de noisetiers, nous filons nous cacher. Un groupe d'hommes s'acheminent vers nous. Pantalons de toile sombre, larges ceinture à la taille et amples vareuses, ces hommes qui portent sur le dos une sorte de hotte comme en avaient jadis les bûcherons, semblent sortis d'une gravure ancienne. Serions nous sur le lieu de tournage d’un film ?

Nous les laissons passer puis mettons discrètement nos pas dans les leurs. Nous oublions notre but et à leur suite nous découvrons éberlués le puits à neige, ce fameux Pou de Neu ! Devant nos yeux ahuris nous voyons ces hommes s'engouffrer à la base du puits et ressortirent les uns après les autres leurs hottes chargées de glace. De nouveau nous nous réfugions au sein de la végétation. L'étrangeté de la situation nous paralyse. Nous ne sommes pas sur un tournage de film : pas de caméra à l'horizon.

A la queue leu leu, les hommes repassent devant nous ; au loin un âne braie.
La curiosité l'emportant, nous les suivons à distance et les découvrons entrain de décharger la glace sur des charrettes menées par deux hommes armés de rapières.

Accablés nous nous affalons sur le sol. Si nous ne sommes pas sur un tournage de film, où sommes nous ? Et à quelle époque ?

Comment allons-nous retrouver les nôtres, notre vie ?

Nous nous levons en complète panique et, titubant, retournons vers le Pou de Neu. Nous avons maintes fois randonné en ces lieux ; à vue de nez, nous devrions pouvoir gagner la Font de la Tanyarède. Le refuge n'existe peut-être pas, - pas encore-, mais la source ne date pas d'hier, nous devrions pouvoir la trouver !

Au bout d'un temps infiniment long nous arrivons en vue de l'épaule rocheuse d'où la vue s'étend loin en terre Ibérique. La Font ne peut plus être bien loin. Nous descendons au sein de la hêtraie plus dense que jamais. Patrick emporté par son élan, bute sur une souche et au terme d'un roulé-boulé s'affale au seuil d'une clairière. Quelques cabanes aux toits de branchages mais parfaitement intégrées au sein de blocs de pierre en occupent l'espace. Elles ressemblent aux cabanes du ravin de Mata Porcs, un classique en matière de randonnée sur Laroque. Çà et là des morceaux de bois calciné jonchent le sol à côté d'un foyer éteint. Il est évident que des hommes et des femmes vivent là, mais quelle rusticité !

Les images du Puig Roig près d'Olot où nous avions découvert la reconstitution d'une place charbonnière me reviennent en mémoire. On s'y croirait !

Mais comment intégrer que je me suis levée en 2022 pour me retrouver quelques heures plus tard en... 1700, 1800 ? Combien de siècles en arrière ? Seul indice fiable, le puits à neige date du XVIIe siècle.

Aurions nous troqué Macron pour Louis XIV ? La Révolution Française est elle déjà consommée ou à venir ? Dans ce dernier cas nous pourrions peut-être suivre des cours de rattrapage ! Si nous retrouvons notre époque cela pourrait être utile.

Subitement le soleil se voile et un vent frais fait s'envoler quelques pièces de vêtements, des braies, si les souvenirs de mes cours d'histoire de naguère sont exacts. Un bref regard autour de nous et nous découvrons horrifiés qu'un nuage teinté de violet et de gris anthracite dévale vers nous. Nos réflexes jouant à fond nous investissons une des cabanes, en fermons la porte que nous bloquons d'une lourde planche avant de nous pelotonner tous les quatre sous une grande dalle installée entre deux blocs rocheux au fond de la cabane. La cape reprend du service.

Commence une attente fébrile.

Allons nous encore changer d'époque ?

Petit à petit nous sombrons dans le sommeil, dehors le vent mugit.

§§§

Je me réveille en sursaut, le silence nous enveloppe à peine ponctué par les cris des geais. A mes côtés Sylvestre dort comme un bienheureux. Le découvrir si serein me fait un bien fou ! Subitement, je sens la tension qui me vrillait le plexus lâcher prise. J'écarte le tissu de la cape.

Un cri jaillit de ma gorge, le vent a eu raison des cabanes, seule la grande dalle a tenu le coup. Autour de nous plus rien, hormis des hêtres. Nous émergeons incrédules, les mots peinent à franchir nos lèvres !

Quand est on ?

Seul Sylvestre semble fringant, il va de l'un à l'autre dispensant des lichettes à la compagnie, quand subitement nous le voyons filer vers mon sac à dos et stopper net, l'oreille aux aguets. Sa tête pivote sur elle-même lentement, il écoute... Le vibreur de mon téléphone portable !

Le temps d'intégrer le miracle qui est entrain de se passer, l'appel a cessé pour être remplacé par une avalanche de SMS ! Une explosion de joie nous propulse dans les bras les uns des autres, nous avons réintégré notre époque.

Sauf si nous avons fait un bond dans le futur !

Dominique

 

 

 
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