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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 16:39

S’il existe un lien entre Fontevraud et Ségur le château, c’est à n’en pas douter Richard Cœur de Lion, fils d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre. Une exposition lui est consacrée dans le chevet de l’église abbatiale: « Richard Cœur de Lion, Roi chevalier »

 

 C’est en 1101 que Robert d’Arbrissel, ancien prêtre du diocèse de Rennes, se retire sur une terre qui lui a été donnée et ne présente comme seul intérêt qu’une fontaine : la fontaine d’Evraud. Font d’Evraud… Fontevraud !

En cet endroit, Robert d’Arbrissel fondera quatre prieurés de femmes et un d’hommes, hors les murs. Aidés financièrement par les papes, les contes d’Anjou, devenus rois d’Angleterre – Aliénor d’Aquitaine a largement contribué à la splendeur de cette abbaye-, les prieurés se développent rapidement. Etant parti fonder d’autres monastères de par le monde, Robert d’Arbrissel, qui deviendra par la suite le chef d’un ordre prestigieux comptant 80 prieurés en 1789, confie la direction de l’abbaye à une abbesse. Les mères abbesses qui se succéderont par la suite, élues par l’ensemble des religieux, seront presque toujours issues de la haute noblesse et parfois de sang royal.

En 1792, suite à la révolution, la dernière abbesse est chassée des lieux, et douze ans plus tard, l’abbaye devient prison par décret napoléonien.

De fait, Fontevraud sera l’une des prisons les plus dures de France. Loi du silence, comme pour les religieuses, et mitard pour les récalcitrants. On y enfermera des hommes, des femmes et même des enfants, des résistants, des objecteurs de conscience, tous soumis à un régime impitoyable, le plus souvent sans rapport avec les délits commis. Avec Fontevraud, un nouveau statut est né : la prison-manufacture. On y tisse le chanvre, on y fabrique des chaises et des boutons de nacre. Dans son livre, « le miracle de la rose » (1946) Jean Genêt évoque les rudes conditions d’enfermement des prisonniers, bien qu’il ne s’agisse pas d’un témoignage personnel puisque l’auteur, ancien prisonnier, n’a jamais été incarcéré à Fontevraud.

De nouveaux bâtiments ont été construits pour accueillir les prisonniers, mais tout sera détruit après la fermeture du centre pénitentiaire, en 1963. Aussi ne vous attendez pas à trouver de nombreux vestiges de cette période noire. Une seule salle y est consacrée ; un mur entier, couvert de plaques commémoratives évoquant le nom des détenus et une sorte de parloir où l’on peut écouter des témoignages de prisonniers, mais aussi de surveillants et de villageois. Nous avons d’ailleurs été un peu sidérées de voir que la plupart des gardiens et des habitants du village évoquent cette période avec nostalgie. Aucun ne dit vraiment « c’était le bon temps », mais beaucoup semblent le penser ! Il faut dire que, qui dit gardiens, dit familles de gardiens, donc commerces, écoles, activité économique florissante, tout un monde qui s’est écroûlé à la fermeture du pénitencier. Ceci explique cela.

Il aura ensuite fallu attendre 1975 pour voir renaître l'abbaye et le village, avec la création d’un pôle culturel actif et innovant. Concerts, expositions, accueil des artistes en résidence et même aussi, aujourd’hui, un hôtel de luxe.

 

 Pour visiter l’abbaye, mieux vaut prévoir une longue plage horaire. Pour notre part, nous avons opté pour le circuit long : église, cloître, jardins, caves et dépendances, et nous avons passé deux bonnes heures dans les lieux.

L’architecture des bâtiments est imposante, sobre et… royale. La grande église abbatiale qui abrite les gisants d’Alienor d’Aquitaine, Henri II, Richard Cœur de Lion et Isabelle d’Angoulême, est majestueuse, les fresques de la salle capitulaire sont remarquables et le bâtiment des cuisines, coiffé d’un dôme en pierre hérissé de multiples cheminées, est assez déconcertant. La promenade dans les jardins est par ailleurs très plaisante.

Aliénor au côtés de son époux

Cependant, nous avons particulièrement apprécié les caves des abbesses, non pas pour le vin, mais pour une prestation artistique originale, la « crypte des effraies ».

L’artiste, Julien Salaud, lauréat 2015 de la fondation Ackerman-Fontevraud, à partir de clous répartis selon un plan déterminé et relié entre eux par des fils tendus, met en scène des chouettes (entre autres) d’un réalisme stupéfiant, sauvage et splendide.

On progresse à pas menus dans cet univers fascinant et un peu inquiétant, de magie et de ténèbres, subtilement mis en valeur par un éclairage minimal. Ambiance Halloween, mais de bon goût ; comme quoi, c’est possible !

Une petite vidéo à ne pas manquer ci-dessous !

 La crypte des effraies

Pour conclure, passant par la Touraine, une halte à l’abbaye royale de Fontevraud s’impose. La visite, souvent interactive n’y est jamais ennuyeuse et permet de revisiter une histoire de France trop oubliée. De France et d’Angleterre ! Frères ennemis, ennemis héréditaires ? Destins mêlés en tout cas.

Frédérique

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