Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 janvier 2023 3 25 /01 /janvier /2023 20:43

Autant vous dire tout de suite que s’il est une forme d’Art qui ne me parle pas, c’est bien l’Art conceptuel !

Il y a quelque temps, lors de notre virée gardoise, nous avons découvert une exposition intitulée « Nature humaine ». En ce qui nous concerne, nous étions plutôt venues pour les collections permanentes qui recelait quelques œuvres de maîtres.

A peine arrivées un doute s’est mis à planer. Comment interpréter les paroles de l’hôtesse à l’accueil nous annonçant l’air gourmand que nous allions pouvoir découvrir UN tableau de Van Gogh !?

Nous avons commencé notre découverte plutôt indifférentes aux deux premières œuvres, le garçonnet et son chien, pourquoi pas ! pour recevoir un véritable choc en découvrant une femme affalée sur le sol !

Plutôt morbide comme vision, un coup d’œil au catalogue nous apprend qu’il s’agit d’une « mise en scène pour envisager le corps comme le lieu où remettre en question nos systèmes de perception culturellement construits » ( Gisèle Vienne) !!!

Diantre, nous n’avions rien compris, le pire étant que c’est allé de mal en pis.

Second choc en découvrant bien protégée derrière une vitrine une bouteille d’eau d’Evian remplie d’un liquide maronnasse et de lire «leur présentation, sous la cloche et sur des socles, vient souligner et prolonger le mythe de pureté construit par les marques. Détournés, ces objets de consommation nous interrogent sur notre propre marchandisation, les bouteilles devenant semblables à des corps sans identité » (Pamela Rosenkranz).

Nous pouffons et persévérons pour, au moins découvrir le fameux tableau de maître.

Euréka !

Tout seul dans une petite pièce, il me rassure. Au moins je peux éprouver une réelle émotion. L’un des surveillants a dû le comprendre, il nous colle aux basques, au cas où nous piquerions le tableau sans doute !

Notre visite s’accélère, le rythme vire à la visite à la japonaise !

 

Perplexité !

Nous enfilons les salles, retrouvons deux autres bouteilles d’eau, la dernière trônant dans une pièce noyée dans une lumière bleue très dure à supporter au niveau du confort visuel mais sensée « métamorphoser le lieu » !

Pourquoi pas ?!

L’idée de cette métamorphose et la bouteille sont de la même artiste, une artiste qui, dit-elle, « se propose de relier symboliquement la lumière bleue des vitraux de l’époque médiéval à celle de nos écrans actuels. L’environnement créé, chimérique et hautement artificiel, met à mal nos habitudes de visite et de perception ».

A ce stade nous flirtons avec l’apoplexie et c’est avec plaisir que nous avons réalisé que la visite était quasiment terminée.

La descente vivement exécutée, nous nous apprêtons à regagner la sortie lorsque j’avise le livre d’or chargé de collecter les impressions des visiteurs.

Je me suis lâchée, chose que ne m’étais jamais arrivé par le passé. Plagiant Jean-Pierre Bacri, en trois mots j’avais expédié la chose « enculage de mouche ».

Je sais il ne faut pas juger, je ne juge pas c’est juste mon constat !

Dominique

 

 

 

Partager cet article
Repost0
9 janvier 2023 1 09 /01 /janvier /2023 16:45

Depuis que petites nous passions nos vacances en Provence, l’Abbaye de Montmajour n’a cessé de nous « parler » mais jamais encore nous n’avions pu la visiter. Elle émerge de la plaine du Rhône juste à la hauteur de Arles comme une sentinelle, sa Tour Pons de l’Orme projetant haut sa silhouette massive.

N’étant jamais à un détour près, nous ne pouvions rater l’occasion de découvrir enfin ce superbe édifice en partie ruiné, certes, mais fascinant. Une communauté de moines bénédictins se fixèrent en ces lieux, sur le Mont Majour, au Xe siècle. Là encore c’est une relique, appartenant à la vraie croix, qui allait offrir sa renommée à l’édifice. D’abord modeste, le monastère est en partie troglodytique, les vestiges sont encore très évocateurs et la chapelle Saint Pierre tout à fait charmante.

Le pouvoir spirituel de l’abbaye petit à petit s’étend jusqu’en Isère. Fortifiée pendant la guerre de 100 ans l’Abbaye connaît un nouvel essor quand l’Abbaye de Saint Germain des Près à Paris fonde une nouvelle congrégation au XVIIe siècle. La nouvelle « règle » en vigueur promeut les travaux intellectuels et initie des travaux de recherche scientifique. A Montmajour les moines lisent Molière, Cervantès, Diderot et d’Alembert !

Rien que cela !

L’Abbaye est agrandie mais son faste ne dure guère plus d’un siècle, Louis XVI ordonne son abandon puis la Révolution sonne sa fin. L’Abbaye est vendue comme Bien National et va servir de carrière de pierre !

Il a fallu attendre 1921 pour qu’elle soit classée monument historique.

Il faut avoir le jarret ferme pour cette visite, une grosse centaine de marches rien que pour la Tour Pons de l’Orme, sans compter toutes celles que l’on monte et descend à tout bout de champ. La visite commence par la crypte de la nouvelle abbatiale, crypte qui permet d’accéder au chevet de l’édifice.

Semi troglodytique, comme pour Saint Roman (voir l’un des articles précédents) tout le site est bien souvent implanté sur le socle rocheux, un socle qui a là aussi servi de cimetière. Les tombes ont été creusées un peu partout et l’on reconnaît les plus anciennes à ce que les emplacements des pieds et de la tête sont parfaitement matérialisés !

Le cloître a conservé sa majesté, certains des chapiteaux sont historiés, d’autres à motif végétal. A propos de végétal, nous sommes ressorties de cette visite, nanties, après une halte à la boutique, d’un livre de recettes intitulé « Manger ses mauvaises herbes ». Si jamais les temps deviennent durs, nous voilà parées.

Pas pressées de rentrer, notre dernière halte fut pour revoir Aigues-Mortes. La vieille ville est encore intacte entre ses murs, un petit bijou architectural que nous avons redécouvert à la lueur du couchant. Port d’où parti Saint-Louis pour les croisades, son ensablement valut à la ville d’être convertie en prison.

Une halte à la biscuiterie-confiserie « La cure gourmande », un petit coucou à St Louis et quatre tours en ville et nous regagnions définitivement notre sweet home !

Voilà ! à bientôt pour vous partager nos futures autres découvertes !

Dominique

 

Partager cet article
Repost0
8 janvier 2023 7 08 /01 /janvier /2023 20:08

Barjac est le type de village qui tout de suite vous parle au cœur. Les parkings sont signalés, à proximité du centre village et gratuits. Le patrimoine architectural est superbe ce qui ne l’empêche pas d’être animé, les commerces ne l’ayant pas déserté.

Nous y avons même trouvé une quincaillerie exceptionnellement bien achalandée.

Marqué par les conflits entre protestants et catholiques, riche d’une nécropole de quinze dolmens, Barjac a un passé minier et soyeux !

Mais qu’est-ce donc ?

Il s’agit de l’industrie de la soie, la sériciculture ou éducation du ver à soie ! Née en Chine, la sériciculture nous est parvenu en Occident par deux moines grecs et bien que l’on associe généralement cette activité à la ville de Lyon, c’est dans les Cévennes et plus spécialement dans le Gard qu’au XIIIe siècle elle s’est développée. C’est également cette activité qui est à l’origine de l’essor du mûrier dans le sud de la France. Quand en 1850 une épidémie foudroyante les ravagea, il fut fait appel à Pasteur en résidence temporaire à Alès pour y remédier.

Vézenobres est lui aussi un superbe village, labellisé petite ville de caractère. Par contre côté parking, rien pour les « gros ». On se débrouille « a la buena de Dios ».

Ancien oppidum, Vézénobres se trouve au carrefour des Cévennes et de la Provence et fut habité au fil du temps par des Ligures, des Celtes, des Volces et des Romains. Une voie romaine axe de pèlerinage et de commerce relie le littoral méditerranéen à la France du nord : le Chemin de Régordane. Empruntée par César pour traverser les Cévennes, l'itinéraire, long de 240 km, relie le Puy-en-Velay à St Gilles du Gard. Cette voie est encore d'actualité grâce à sa reconnaissance en itinéraire de Grande Randonnée (GR700).

Le village a connu une grande prospérité du XIème au XIIIème siècle et a conservé un superbe ensemble architectural. Sériciculture, viticulture ont également généré des demeures de qualité, inspirées des villes proches, ainsi que des mas fastueux en périphérie.

Vézénobres fut célèbre pour sa production de figues sèches et aujourd’hui le village accueille un verger-conservatoire du figuier : un millier d'arbres représentant plus de 100 variétés différentes ont été plantés en 2000, 2004 et 2006 sous l'égide du Conservatoire Botanique National situé sur l'île de Porquerolles.

Cinq portes fortifiées contrôlaient les entrées et sorties du village, seule la porte de Sabran subsiste surmontée d'un clocher et de l'horloge.

Les châteaux encore debout ne se visitent pas, reste la possibilité d’admirer le seul pan de mur encore debout du château médiéval mais ce n’est pas grave car le village est vraiment magnifique. Le souci du détail et puis évidemment des commerces et restaurants ouverts rendent la visite charmante.

En décembre il semble, je n’ai pas vérifié, que la coutume veuille que chacun installe une crèche devant son pas de porte, sur un appui de fenêtre, une place même près de la Mairie !!!! et personne ne s’en offusque. Les habitants rivalisent de créativité, il y a de l’émulation dans l’air, c’est chouette et invite à ne pas oublier la moindre impasse pour ne rien perdre du plaisir de la découverte.

C’est rassurant somme toute en cette période de « chasse aux sorcières ». Je vais peut-être encore déplaire mais après tout la crèche fait partie de notre culture chrétienne ! En quoi devrait-on renoncer à ce qui fait un de nos particularismes. Personnellement nous avons quand même pas mal voyagé et c’est tout naturellement que nous nous conformions aux coutumes locales et si quelque chose ne me convenait pas, je passais mon chemin.

Dominique

 

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2023 6 07 /01 /janvier /2023 16:05

Bonus

Juste quelques photos pour vous donner une idée de ce que fut le travail de reconstitution de la grotte. Cela nous a fait penser à notre visite des coulisses de la reconstitution des temples d’Abu Simbel à Assouan en Egypte.

 

 

Partager cet article
Repost0
6 janvier 2023 5 06 /01 /janvier /2023 20:31

L’aménagement de Chauvet 2 est parfaitement pensé pour permettre aux visiteurs d’appréhender la richesse de ce site. Des ateliers temporaires à destination des enfants mais aussi pour les adultes qui osent se lâcher !!! un pôle plus didactique, la Galerie de l’Aurignacien, nous sont proposés.

N'oublions pas ce qui pour nous a été un vrai régal, un spectacle immersif à 360° intitulé « Animal ».

 

Rendues à notre XXIe siècle par notre guide, une jeune femme épatante qui sait fort bien partager ses connaissances, nous avons filé dès la sortie de la grotte jusqu’à celle dite « grotte atelier » au pôle pédagogique. A peine arrivées, armée de mon charbon de bois je m’apprêtais à aller orner un petit pan de cette reconstitution quand j’ai été stoppée net dans mon élan par une jeune femme ayant en charge l’animation. Instructions reçues 5/5, nous nous sommes livrées avec bonheur à nos activités graphiques et avons d’ailleurs été chaudement félicitées pour nos prestations.

Nous avons devisé avec cette jeune animatrice un bon moment toutes heureuses de voir qu’il y avait encore des (jeunes) passionnés par tout ce qui touche à l’Histoire, la culture, comme notre guide d’ailleurs. Certains de vous vont peut-être bondir à ces propos pourtant je ne suis pas seule à poser ce constat. Ayant révélé notre ex-profession elle nous a confirmé ce que nous avions déjà constaté, à savoir que les enfants étaient de plus en plus malhabiles avec l’outil scripteur et avaient bien des difficultés à se concentrer sur tout support autre que le téléphone portable ou une tablette ! Lorsque l’on sait que le fait d’écrire (à la main) a une incidence bénéfique sur la construction des réseaux neuronaux et la mise en place d’une pensée organisée (et quelque soit notre âge) il y a de quoi s’inquiéter (si l’on est complotiste évidemment).

Nous avons ensuite terminé notre découverte avec un moment dès plus réjouissant. Après avoir pénétré dans une immense salle aux murs recouverts de copies de toiles de maîtres, Le Douanier Rousseau, Dali, Léonard de Vinci et bien d’autres, des reproductions des peintures et gravures de la grotte, des estampes japonaises… nous nous nous sommes retrouvées immergées dans un spectacle au sein duquel chacun déambule à son gré. Il m’a fallu un petit instant avant de réaliser que les tableaux s’animaient, que les animaux mis en scène se baladaient d’un tableau à l’autre jusqu’à ce que tout se délite et que passé, présent et futur se mêle.

Au moment où un mammouth m’a doublée dans ma déambulation, je me suis sentie happée par le film, surprise de chercher à lui emboîter le pas. Fascinant !

Si le cœur vous en dit, juste un petit clic pour découvrir le petit film que nous avons réalisé : https://youtu.be/FPJTtDJs9dM

Alors ?! Tenté par l’expérience ?

Par contre le village de Vallon Pont d’Arc en décembre est absolument sinistre et ne mérite pas de s’y arrêter. On voit bien les dégâts générés par le tourisme quand les élus oublient que la vie ne se résume pas aux périodes estivales. Mis à part un boucher-charcutier dans le cœur du village, pas de boutique ouverte, rien que des rideaux de fer de commerces éphémères baissés ! Boulangerie, pharmacie, supérette ont été déplacées en périphérie à proximité des grands parkings. Le village est mort et même en cette saison les moins vaillants doivent avoir recours à la voiture pour se ravitailler ! Lamentable.

Quant à l’aire de camping-cars, elle nous a fait fuir mais c’était un mal pour un bien. A quelques kilomètres le village de Sampzom nous a accueillies. Rien que nous toutes seules en pleine Nature !

Dominique

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2023 4 05 /01 /janvier /2023 16:10

Le 18 décembre 1994 trois spéléologues, deux hommes et une femme, explorent les environs du célèbre Pont d’Arc sur l’Ardèche.

A cet endroit une falaise décrit un arc de cercle et tout un fouillis végétal s’étend à ses pieds.

Bien évidemment ils savent très bien que ces lieux furent très « visités » par nos ancêtres, la région est trouée comme un gruyère et les vestiges abondent. Un coulis d’air émanant d’une faille dans la paroi rocheuse les alertent soudainement, ce courant d’air est à coup sûr le signe qui ne trompe pas et ils vont faire ce que jamais au grand jamais je ne me serais risquer à faire, se faufiler dans un étroit boyau rocheux jusqu’à émerger dans une cavité permettant de se redresser. La suite tout le monde la connaît…

La grotte Chauvet, du nom d’un des trois spéléologues, aujourd’hui elle serait baptisée sans doute du nom de Eliette Brunel, au nom de la parité très en vogue, ne sera jamais ouverte au public. L’expérience de Lascaux a été assimilée, une reproduction permettra au public de découvrir ce site inscrit aujourd’hui au patrimoine de l’Humanité.

Nous n’en sommes pas à notre première grotte ornée, Lascaux, Altamira en Espagne, Pech Merle (ce n’est pas une reproduction) tout comme les abris peints des environs d’Albarracin (province de Teruel en Espagne) nous ont déjà régalées de leurs trésors, mais là franchement c’est émouvant et confondant tant le graphisme est « moderne ».

La grotte ne fut jamais un lieu de résidence, les « artistes » y venaient uniquement pour y exercer leur art et franchement c’est un sacré témoignage. Outre que nous pouvons ainsi connaître la faune locale de l’époque et donc en déduire la flore, il est possible de deviner leur régime alimentaire et à de nombreux détails la nature de leurs vêtements, leur mode de vie. Nous pouvons aussi nous interroger sur leur spiritualité car, outre certains vestiges troublants, qu’est-ce qui pouvait bien pousser ces humains à venir dans le noir presque total, les torches et lampes à graisse ne sont guère aveuglantes, couvrir des pans entiers de roches de bisons, chevaux, rhinocéros, ours, mammouths, lions… il y a même un hibou !?

La maîtrise de leur art a de quoi rendre jaloux n’importe quel artiste connu, aussi bien peintre que graveur. Il y a 36 000 ans, ils ont peint à l’ocre rouge, tracé au charbon de bois ou au doigt toute une faune aujourd’hui disparu, maîtrisant l’art de rendre le mouvement, l’estompe, la perspective… et ce dans l’obscurité ! J’insiste.

La fresque des lions qui clôt la visite est un pur chef d’œuvre. Une petite centaine d’animaux cavalcadent sous nos yeux.

 

La reconstitution de la grotte originale se situe sur un plateau calcaire dominant l’Ardèche et l’Ibie et a été orchestrée par les spécialistes de Lascaux passés maître en la matière (ils ont œuvré à Altamira). Installée au sein d’un espace boisé entièrement dédié à la découverte de l’histoire de ce lieu hors norme, différents points d’intérêt installés au milieu de la végétation nous révèlent la naissance de cette grotte dont la gestation fut quand même très mouvementée.

Juste une anecdote, mais de taille pour comprendre !

Il y a 5,6 millions d’années, un accident géologique majeur entraîne la surélévation du détroit de Gibraltar, la Méditerranée se ferme et se vide quasiment de toute son eau en 1500 ans. Encore aujourd’hui l’apport hydrique des fleuves ne peut compenser l’évaporation de ses flots d’où le fait qu’elle soit salée et cela s’accentue.

Les fleuves et rivières qui dépendent du bassin versant de la Méditerranée se mettent à creuser leurs lits, c’est le cas de l’Ardèche. La grotte qui nous intéresse et qui était ennoyée se vide.

300 000 ans plus tard, rebelote, la terre tremble sur Gibraltar et un passage se ré-ouvre, l’Atlantique déverse ses flots à raison de 100 millions de mètres cubes par heure. La Méditerranée se remplit en quelques mois seulement et dépasse même son niveau initial. Les cours d’eau cessent de creuser et la grotte est de nouveau noyée, la mer occupe une partie de la vallée du Rhône.

Mais notre Terre est vivante, nous l’oublions souvent, la collision des plaques tectoniques africaine et européenne en provoquant la surélévation des massifs Alpin et Pyrénéen, occasionne une reprise de l’érosion des fleuves et la mise hors d’eau définitive de la grotte qui après plusieurs périodes glaciaires acquiert l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui à quelques stalactites et stalagmites près.

Voici déjà comme mise en bouche quelques photos pour vous présenter ces sublimes gravures et peintures. Toutes les photos présentées sont celles du photographe Patrick Aventurier et téléchargeables sur le site !

La suite pour demain mais une question auparavant, juste pour savoir qui a le courage de lire un article jusqu’au bout : « qu’est-il arrivé à la Méditerranée aux temps géologiques ? Si vous n'arrivez pas à laisser de commentaire, vous pouvez répondre par mail voir SMS !

Dominique

 

Partager cet article
Repost0
4 janvier 2023 3 04 /01 /janvier /2023 17:14

Parties sous un ciel « crachoutailleux », un beau soleil nous accueillait à notre arrivée à Laroque sur Cèze, première halte de notre second jour.

La visite faillit pourtant tourner court par manque de parking disponible. Pas grande possibilité pour les véhicules de tourisme, les parkings étant fermés et rien pour les « hors gabarit ». Nous avons fini par nous faire tout petit à l’entrée de l’aire de stationnement de camping-cars, pas question de payer 24h de stationnement pour une heure de visite. Nous voulons bien contribuer à l’entretien des villages mais il y a quand même des limites.

Classé parmi les plus beaux villages de France, c’est avant tout un village résidentiel possédant un superbe pont qui adapté aux carrioles médiévales donne la chair de poule aux automobilistes tant il est étroit.

Pas de commerce, juste des restaurants ou des magasins d’artisanat fermés. Par contre les chasseurs y sont très présents et se baladent même fusil prêt à tirer au mépris des règles de sécurité.

Autre point noir les calades pavées de galets très très glissants.

Nous avons subitement attrapé cent ans en imaginant notre future descente. Pas vraiment tentées par l’aventure, avisant une voiture au point le plus haut, où se trouvent château et chapelle qui ne se visitent pas, futées, nous avons misé sur la présence d’une voie carrossable et regagné le village et son lavoir au terme d’une jolie balade au sein des cistes, pins et oléastres.

A quelques encablures de là nous avons ensuite grimpé jusqu’à Cornillon tout encore enclos dans ses remparts. Posté en sentinelle au-dessus de la Cèze, il nous a été tout de suite très sympathique même si là aussi les calades sont pentues. De toute façon les noms de rues annoncent la couleur, rue Rompe-cul, rue des casse-cous. Vous comprendrez nos hésitations !

Restait à filer jusqu’à Goudargues, notre halte du jour. Appelé « petite Venise gardoise », un réseau de canaux sillonnent le village doté d’un superbe lavoir.

En soi le village est par ailleurs assez banal mais il recèle de beaux porches et quelques petites boutiques éminemment avenantes.

Nous nous y sommes attardées le temps de faire honneur à l’arrivage de marrons glacés de la maison Sabaton et de tester des petits gâteaux salés au cabécou et à l’ail, le tout sur fond musical. La Fannette de Jacques Brel nous a un peu remué les tripes mais force est de reconnaître que les titres qui se sont succédés ensuite témoignait d’un goût plutôt « classe » sans être vieillot. Les toilettes publiques nous ont enchantées.

La nuit à Goudargues a été très calme et l’ambiance ouatée du réveil plutôt romantique, rien à voir avec Aramon où le trafic routier a eu du mal à s’interrompre même au plus fort de la nuit.

Restait à gagner Montclus, dernier village des rives de la Cèze. Situé à l'une des entrées des gorges de la Cèze des fouilles archéologiques ont mis en évidence la présence de l'homme de 8000 à 2000 avant J-C. Il s’agissant de pêcheurs sédentaires. Le village médiéval quant à lui existait avant le XIIIème siècle et émerge au-dessus des champs de lavande.

Les Templiers y ont apposé leur griffe quant au Pont du Moulin qui enjambe la Cèze passant pour rouler des paillettes d’or, fréquemment submergé, il ne comporte pas de parapet, plutôt impressionnant. 

Comme tous les villages, Montclus offre l’occasion de tester la fermeté des jarrets et d’apprécier un habitat sobre et majestueux.

Nous avons même visité la mairie histoire de faire part de nos doléances en matière de stationnement. Nous avons quand même dû faire un bon kilomètre pedibus avant de trouver un bas côté pour accueillir notre P’tibus.

Si le label « Plus beaux villages de France » est bien souvent décevant, la vie a fréquemment déserté ces villages rien de tel avec ceux arborant le sigle « Petite cité de caractère ». Barjac appartient à cette catégorie et s’est révélé être une belle surprise mais ce sera pour une autre fois !

Dominique

 

Partager cet article
Repost0
2 janvier 2023 1 02 /01 /janvier /2023 18:59

Cette nouvelle est un message d’espoir que je vous livre.

 

Parce que certains faits sont pour nous deux une réalité tangible…

Parce que nous avons été confrontées à des situations hors norme et que cette anormalité est devenue la norme…

Parce que la vie a mis sur notre route des personnes qui nous ont fait partager leur vécu et que nous nous sommes reconnues dans leurs histoires…

Parce qu’un jour notre Grand-Oncle, qui s’apprêtait à nous quitter, nous a offert l’Eternité, effaçant notre peur de l’Après…

J’ai voulu écrire cette histoire qui n’est pas une fiction.

Sarah existe, Patrice aussi !

L’invisible sait se rendre visible, nous pouvons en témoigner.

Dominique

 

Sarah

Je m’appelle Sarah, j’ai 5 ans et j’ai pas de frère ou de sœur, de toute façon j’ai pas de papa, alors !

Je vais à l’école et j’aime ça parce que ma maîtresse, elle est super géniale !

Avec elle c’est chouette, on fait plein de trucs et même qu’elle fait tout comme nous. On danse ensemble, elle fait la peinture avec nous et elle a des idées géniales ! Quand on va à la Bib et qu’on traverse la cour, en restant bien derrière elle, faut pas la doubler, elle fait exprès d’accélérer puis de ralentir, alors on se tamponne, c’est rigolo ! Dans la cour, elle fait même la queue avec nous pour avoir une patinette. Et après on fait la course !

Mais moi ce que je préfère c’est quand elle est assise sur le banc pour nous surveiller. Elle ne le dit pas mais je sais bien qu’elle est contente comme tout quand on vient s’asseoir à côté d’elle. Moi, je viens à tous les coups, alors elle dit « Tiens, voilà ma sécotine chérie ! ». Mais y’a une maîtresse que j’aime pas, c’est celle des moyens. On a pas le droit de l’appeler maîtresse ou par son prénom, il faut dire « madame » ! Quand elle sort dans la cour et qu’elle vient s’asseoir sur le banc, hop, elle nous fait partir !

Je sais bien que ça ne lui plaît pas à ma maîtresse, elle me fait un petit clin d’œil avant de me dire « allez ma louloute, va te dégourdir les gambettes ! ».

A l’école, y’a aussi un maître. Il n’est pas là tout le temps, y vient pour parler avec les bagarreurs mais aujourd’hui la maîtresse a prévenu que Patrice allait parler avec nous, chacun à son tour. Avec mes copines, on sera les premières !

Je l’aime bien Patrice, mais je sais pas ce que je vais lui dire !

P’t être que ça sera comme avec maman et qu’y va trouver que ce que je dis c’est bête !

Maman, quand je suis à la maison, elle me dit toujours de me faire oublier parce qu’elle a du travail par-dessus la tête. C’est pour ça que cette année c’est bien, je mange à la cantine et je vais à la garderie, comme ça j’ai des copains pour parler. Eux y trouvent leurs parents chiants. Fais pas ci, fais pas ça, et hop, une baffe ! Moi, jamais, mais j’sais pourquoi. Ma mère, elle s’en moque de moi. Grand-mère, elle l’avait bien dit un jour que je boudais parce qu’elle m’avait grondé « quand on aime bien les enfants, on les punit ! ». Enfin un truc comme ça. Moi, maman, elle me punit jamais, c’est bien la preuve !

La dernière fois, je l’ai dit à ma maîtresse, elle m’a pas crue, elle m’a dit qu’une maman aimait toujours ses enfants ! C’est pareil, elle m’a regardée avec des yeux tout ronds quand je lui ai dit que ma grand-mère venait me voir tous les soirs. Pourtant, c’est vrai !

Elle vient quand maman a fermé la porte de ma chambre !

Elle dit rien, elle me regarde et elle me sourit. C’est bien mais j’aimais mieux quand elle me lisait une histoire avant de m’endormir. P’t être qu’elle sait pu lire ?

Y’a pas longtemps j’ai demandé à maman si Grand-mère savait encore lire, elle m’a envoyée promener. Elle a crié « mais qu’est-ce que j’ai fait pour avoir une fille pareille ? « , et puis elle a pleuré ! Je voudrais bien lui dire pour Grand-mère quand elle vient le soir, mais elle me croira pas.

Ma Grand-mère, c’était mon grand amour et moi j’étais son p’tit amour, mais elle est morte ! Comme ça, tout d’un coup !

Maintenant je n’la vois que le soir, elle me parle avec le cœur, pas avec sa voix. J’entends rien mais je comprends tout. Elle me dit que je n’dois pas être triste, qu’elle nous protège. Elle vient pour maman aussi mais elle, elle la voit pas !

Le maître est venu comme la maîtresse avait dit. D’abord elle lui a parlé puis on est parti avec lui. Y’avait mes copines, Margaux et Zoé. Il est beau Patrice, il est tout frisé avec une grosse moustache qui chatouille quand il nous fait le bisou.

Il a commencé par nous raconter une histoire de fantômes trop drôle*. Ça se passe dans un château et les fantômes entendent des gros boums. Alors ils descendent dans la cave pour chercher d’où vient le bruit. Le plus rigolo, c’est quand ils mangent. Si c’est de la soupe au potiron, ils deviennent tout orange. Si c’est du gruyère, ils sont plein de trous !

A la fin de l’histoire, on était mortes de rire. Après, Patrice nous a demandé si on croyait aux fantômes ; mes copines, elles ont dit non mais moi j’étais pas d’accord ! Il nous a laissé un petit moment pendant qu’on dessinait ce que nous avons aimé le mieux dans l’histoire mais il est vite revenu pour demander à Zoé de retourner en classe finir un travail. Margaux a raconté son dessin pendant que je finissais le mien et elle partit aussi. Moi c’était long parce que c’est pas facile de dessiner un fantôme qui sort d’une malle !

Patrice m’a dit de pas m’presser et on a parlé. C’est drôle mais quand je lui ai raconté que j’aimerais bien que Grand-mère soit aussi drôle que la Tata Gligli de l’histoire, il a pas eu l’air de trouver ça bête ! Y m’a posé des questions sur elle, y m’a même dit que je pouvais lui dire de partir pour aller où elle devait aller. Mais je peux pas lui dire ça à Grand-mère, elle peut pas partir encore !

J’ai bien compris qu’elle attendait que maman ait compris qu’elle était toujours là même si on la voit pas !

Patrice a été drôlement chouette, y m’a parlé anglais, y m’a dit « no problem, Darling » ! Ce mot là, je le connaissais pas, c’est lui qui m’a expliqué. En me raccompagnant en classe il m’a demandé si je voulais qu’il parle à maman. Ben oui, ça je veux bien !

Le maître a donné rendez-vous à maman pendant que j’étais à la garderie et j’avais un peu la trouille quand maman est venue me rechercher. Grand-mère m’a dit que je devais avoir confiance mais qu’est-ce qui va se passer si elle ne croit pas Patrice !

Quand on a quitté l’école et que maman m’a demandé si je voulais aller manger au restau, j’ai tout de suite compris que Grand-mère avait raison !

Il est quand même vachement fort le maître !

Dans la voiture, quand j’attachais la ceinture de sécurité, maman s’est retournée et elle m’a dit un truc dingue. « Alors, comme ça, il paraît que je suis la maman d’une petite fille formidable ? ». Moi, j’ai rien répondu, je savais pas quoi dire !

Quand on est arrivées dans le restaurant, on s’est installées l’une en face de l’autre, comme si on était deux grandes personnes, on a choisi dans le menu et pendant qu’on attendait, maman m’a demandé si je voulais bien lui parler de Grand-mère. Alors je lui ai tout dit ! A la fin, maman s’est mise à pleurer. Le serveur est venu lui demander si ça allait mais elle lui a dit que c’était des larmes de bonheur ! A moi, elle m’a demandé si je voulais bien que ce soir elle vienne dans ma chambre pour voir Grand-mère.

Dans la voiture, en revenant, j’ai demandé à maman ce que Patrice lui avait dit. Elle m’a répondu que j’étais un peu petite pour tout comprendre et qu’elle pouvait juste me dire que lui aussi un jour, il avait vu quelqu’un qui était mort. C’était son papa et cela l’avait beaucoup aidé quand lui, Patrice, était malade.

Du coup, j’ai demandé à maman où il était le mien, de papa. Elle m’a dit qu’il était parti avant ma naissance et qu’elle ne savait plus rien de lui mais qu’elle me monterait des photos. En tout cas, c’est sûr qu’il est vivant parce que je ne l’ai jamais vu comme Grand-mère !

Quand j’ai répondu ça, maman a donné un grand coup de frein avant de se garer, puis elle m’a demandé si je voyais souvent des fantômes. Elle a eu du mal à faire redémarrer la voiture quand je lui ai dit que oui.

Le soir, elle est venue avec moi pour attendre Grand-mère. J’avais peur qu’elle ne vienne pas, mais non ! Maman n’a rien vu, elle a juste senti un frottement sur son bras quand Grand-mère s’est approchée d’elle pour la caresser.

Tout ce que Grand-mère m’a dit avec le cœur je l’ai répété à maman. Elle se taisait mais elle n’arrêtait pas de faire oui de la tête. Je n’ai pas bien tout compris ce que je répétais, comme quand je lui ai dit qu’elle devait s’aimer et se pardonner ses erreurs, mais bon ! Je ne savais pas que les parents faisaient eux aussi des bêtises. En tout cas Grand-mère a eu raison de dire à maman qu’elle avait le DEVOIR d’être heureuse et qu’elle le serait si elle avait le courage de faire ce qu’elle avait toujours eu envie de faire. Je le connais le rêve de maman !

Son rêve, c’est de s’occuper d’une jardinerie, c’est le métier qu’elle a appris mais qu’elle n’a pas pu faire quand je suis née. C’est beau de s’occuper de la Nature.

Grand-mère m’a dit aussi qu’elle allait bientôt nous laisser parce qu’elle était rassurée. Je ne suis pas triste parce qu’elle m’a promis que son esprit viendrait souvent nous faire des petits coucous.

Quand Grand-mère est partie, maman m’a dit tout à coup « tu sens le parfum de ta Grand-mère ? ». Et c’est vrai, dans ma chambre ça embaumait Opium comme quand elle était là !

Ce soir là, maman a fait une chose qu’elle avait jamais fait avant, elle a dormi dans ma chambre ! Et on s’est dit tous nos secrets !

Moi, le mien c’est de m’occuper des bêtes parce que les bêtes, je les comprends. C’est comme avec Grand-mère. Eux ils ne me parlent pas mais ils me montrent des images que je VOIS DANS MA TÊTE. Parfois c’est très triste.

En entendant mon secret, maman m’a serré fort et elle m’a dit « merci, oh merci, ma puce ». Quand je lui ai demandé de quoi elle me remerciait, elle a dit «de m’agrandir le Monde ».

En tout cas, c’est ma maîtresse qui avait raison de dire que les mamans aiment toujours leurs enfants ! C’est juste que parfois les gens y sont trop malheureux !

Dominique

 

Partager cet article
Repost0
2 janvier 2023 1 02 /01 /janvier /2023 18:00

 

Au royaume de l’absurde, la folie est reine !

Délire d’auteur...

Voilà que j’ai une petite envie de Vallespir aujourd’hui…

Allez, hop, j’enfourne mon attirail de rando dans la voiture et je file sur Corsavy !

église Saint-Martin de Corsavy

J’adore Corsavy, petit village typique perché au dessus des gorges de la Fou et de la vallée du Tech, point de départ de nombreuses randonnées, mais surtout, havre de paix, loin du tumulte estival des zones littorales ; l’idéal pour décompresser sans faire des heures de route.

Ciao, les fous !

Aujourd’hui, petite marche tranquille autour du hameau ; j’ai surtout besoin d’un bon bain de nature et de silence, bien plus que d’une performance sportive. Inspirer, expirer, sentir, toucher, vibrer à l’unisson d’un univers sauvage et libre, me connecter aux arbres.

J’avance, le nez en l’air, sécurisée par mes bâtons, fouillant des yeux le feuillage des arbres, espérant y surprendre quelque habitant, à poils ou à plumes. Je botanise un peu, même si dans ce domaine, je ne fais que balbutier. C’est une occasion de vérifier mes connaissances, en quelques sortes...

Je vais, je viens, j’improvise au gré de mes envies, de mon intuition, jusqu’à ce qu’un petit creux à l’estomac se fasse sentir, me poussant à chercher un endroit propice à la restauration. J’avise alors une jolie clairière et un tronc d’arbre idéal pour me servir de siège. Voilà une salle à manger cinq étoiles, avec vue sur les monts du Vallespir, la tour et le village en contrebas… C’est grandiose ; je revis.

Tiens! J'entends des voix ; une voix d’enfant en particulier. Des promeneurs… Normal, je me promène, pourquoi d’autres ne le feraient-ils pas ? Une petite fille surgit bientôt dans la clairière, sa chevelure bouclée jaillissant d’un chapeau de paille à larges bords ; un petit chien beige batifole à ses côtés, genre boule de poils hirsutes ; un peu court sur pattes, mais sympa… M’apercevant sur mon trône végétal, la gamine s’immobilise et se retourne en adressant un signe discret à un ou des accompagnateurs encore dissimulés à ma vue. Moins hésitant, le chien file droit sur moi en battant de la queue.

Une femme surgit à son tour du couvert et rejoint l’enfant; randonneuse « pur jus » : bermuda, gros godillots et sac à dos. Avec ses cheveux gris, il s’agit sans doute d’une retraitée comme moi, et comme la plupart des marcheurs qu’il m’arrive de croiser en chemin ; les jeunes marchent peu. C’est dommage.

La femme et la petite fille échangent quelques mots avant de se décider à avancer dans ma direction. Le chemin passe devant mon tronc d’arbre avant de s’enfoncer à nouveau dans la forêt… Difficile de m’éviter ! De toute façon, le chien m’a déjà rejointe et frétille autour de moi, vivement intéressé par le contenu de mon sac à dos.

- Presto ! Non !

Un regard de mendiant me fixe avec intensité ; je résiste. « Presto »… Tiens, c’est drôle…

- Bon appétit ! S’écrie la femme avec un large sourire.

- Bon appétit, ajoute la petite fille en écho, sa jolie frimousse halée rayonnante.

Il s’ensuit un petit échange de banalités sur le temps radieux, le paysage somptueux, la paix royale, avant que la randonneuse en chef ne donne le signal du départ :

- Allez, les enfants, on continue !

La petite fille est déçue :

- On ne mange pas là ? J’ai faim, moi !

- Mais non, on va aller un petit peu plus loin.

J’interviens :

- Mais vous pouvez vous installer là, il y a de la place et d’autres troncs d’arbres !

- On ne voudrait pas vous embêter !

- Mais pas du tout ! Je ne déteste pas la compagnie, au contraire !

La petite est ravie. Derechef, elle avise une souche à proximité et s’y installe en soupirant d’aise après s’être débarrassée de son sac à dos.

La femme - sa grand-mère, peut-être - hésite encore :

- Mais vous êtes sûre ?

- Tout à fait !

- Bon.

Oui, je suis sûre. Je ne sais pas pourquoi, ces deux-là me sont sympathiques. Ces trois-là, devrais-je dire ; le chien est craquant. J’ai l’impression d’avoir des tas de choses à leur dire comme si je retrouvais de vieilles connaissances.

- Bon, Presto, tu laisses la dame ! reprend la femme en empoignant le chien par son collier pour le tirer en arrière. Vic, appelle-le !

Là, je sursaute. De plus en plus bizarre ! Presto, Vic… Une pensée me traverse mais elle est tellement folle que je la rejette aussitôt. Oui, mais quand même, ces noms-là, précisément… C’est troublant. Je ne crois pas vraiment au hasard.

- Heu… Excusez-moi, mais…

J’hésite encore. Ce à quoi je pense est complètement impossible.

La femme attend, le regard interrogatif :

- Oui ?

Je secoue la tête :

- Non… Rien. Enfin, je ne sais pas… Vous êtes… Vous ne seriez pas…

Elle attend. Je me jette à l’eau :

- Alice… Alice Paradou.

Je la vois hausser les sourcils, surprise, puis les froncer, intriguée, pour ne pas dire interloquée :

- Oui. Oui, je m’appelle Alice. Mais… On se connaît ?

Je reste abasourdie. C’est dingue. Complètement dingue.

- Oui, on se connaît. Enfin, moi, je vous connais bien… Et Victorine aussi. Et même Presto.

Son demi-sourire, mi-figue mi-raisin, me laisse à penser qu’elle me croit folle ou que c’est elle qui le devient.

Elle se laisse tomber sur une souche proche de mon tronc d’arbre. Presto en profite pour venir me coller et renifler du côté de mon casse-croûte. Je suis si heureuse de le voir, de pouvoir le toucher. J’en profite ! Il me rappelle tellement Léo.

Victorine se rapproche ; elle doit se sentir un peu isolée et, comme je la connais, il lui est sans doute très désagréable d’être mise à l’écart. Elle est belle, cette petite… Intelligente, directe, drôle, sans jamais être culottée, le genre d’enfant dont on aimerait remplir sa classe, « l’élève friandise », comme dit Daniel Pennac. C’est tout à fait ça.

Je pointe un doigt sur ma poitrine :

- Moi, c’est Frédérique. Frédérique Longville.

Le visage d’Alice s’éclaire soudain ; elle ouvre la bouche pour émettre un son qui ne sort pas ; ses yeux riboulent, elle hoche plusieurs fois la tête, déglutit :

- Incroyable ! s’écrie-t-elle enfin.

Je pense qu’elle va avoir du mal à se remettre de sa surprise ; plus que moi, peut-être. Mais elle a raison, c’est incroyable.

- Oh, je ne t’ai… vous ai… Enfin, il faut dire qu’on ne s’est jamais vues. On se tutoie ou on se vouvoie ?..

- Je crois qu’on peut se dire tu ; on est quand même très proches, non ?

Nous partons d’un grand éclat de rire. Victorine nous observe alternativement avec étonnement et circonspection. Elle ne comprend rien évidemment. Presto, lui, s’en fiche. Il se laisse caresser et tout va bien pour lui.

- Proches, oui, répond Alice, mais toi tu me connais nettement mieux que je ne te connais.

Je concède. Nous ne sommes pas tout à fait à égalité. Je pourrais dire que je la connais presque intimement ; pas elle. Loin de là.

Tout en parlant, Alice a déballé son pique-nique.

- Vous, reprend-elle… Toi, je veux dire… Tu es d’ici ?

- Non, j’habite dans la plaine. Il y a tellement de monde en bas que j’avais besoin de solitude. Et Corsavy est un de mes endroits favoris.

- Je m’en doute…

- Hé oui ! Corsavy, Saint-Guillem…

- Forcément, on a les mêmes goûts !

- Naturellement !

Nouvel éclat de rire. Victorine fronce les sourcils :

- Je comprends rien, déclare-t-elle.

- On t’expliquera, répond Alice. Mais, tu es quand même originaire des Pyrénées Orientales ?

- Non, non. Je suis née à Clamart, près de Paris. J’ai commencé à aimer cette région enfant, avant même de la connaître parce que notre mère, qui l’avait découverte en 1940, en parlait tout le temps comme d’un petit paradis. Après, nous y sommes venus en vacances tous les ans, en camping , puis nous avons acheté la maison. A l’aube de l’an 2000, ma sœur et moi, nous avons obtenu ensemble notre mutation. Un coup de chance incroyable ! Et nous avons terminé notre carrière ici, dans les PO. A la retraite, elle s’est mise à peindre et moi à écrire.

- Carrière de quoi ?

- Instit. Enfin, « prof des écoles ».

Victorine sursaute et me dévisage avec des grands yeux ébahis :

- T’es une maîtresse ?

Je lui adresse un sourire rassurant :

- J’étais, je ne le suis plus. Maintenant, j’écris. C’est pour ça que tu es là… Et Alice… Hugo, Camille...Vous ne seriez pas là sans moi !

Je sens que j’ai rajouté une couche à sa perplexité.

- Moi, je comprends pourquoi tu connais si bien les enfants, remarque Alice.

J’esquisse un petit sourire modeste ; oui, c’est vrai qu’ils sont très présents dans mes écrits, comme les animaux ; chiens, chats, chevaux, la nature…

- En tous les cas, reprend Alice, moi, je ne te remercierai jamais assez de m’avoir installée dans ce décor. C’est fabuleux ici. Qu’est-ce que je suis bien ! Et dans mon entourage, je t’assure que personne ne me contredira.

Un peu déçue par la conversation,Victorine a pris son sandwich et est partie explorer la clairière avec Presto ; c’est vrai qu’à son âge, on a mieux à faire qu’à papoter.

- Tu n’aimerais pas venir t’installer ici ? poursuit Alice.

- Oh, ça m’arrive d’y penser. Mais j’aime bien ma maison et l’idée de déménager encore ne me sourit pas vraiment. J’ai fait mon trou ; nous avons un bon réseau d’amis. Je n’ai pas envie de recommencer tout ça.

- Je comprends. Mais on pourra toujours se voir de temps en temps, se rendre des petites visites, échanger des idées pour la construction de notre nouveau monde. C’est ça, notre but, maintenant, n’est-ce pas ?

- Tout à fait.

Elle m’adresse un clin d’œil en mordant dans son sandwich. Je suis curieuse :

- Moi, je serais heureuse de rencontrer Camille, Hugo, et tous les autres… Ils vont bien ?

- Très bien ! Mais, dis-moi, tu as écrit combien de livres ?

- Une dizaine…

- Waouh ! Félicitations !

- Merci.

Elle avale quelques bouchées, le regard perdu sur le paysage, puis :

- Et qu’est-ce qui t’a donné l’idée d’écrire cette histoire ? La mienne, je veux dire…

Je réfléchis pour essayer de résumer brièvement ma démarche initiale :

- Hé bien, j’ai constaté que beaucoup de personnes autour de moi sacrifient leurs aspirations profondes aux conventions sociales ou familiales… Comme toi, au début, tu te souviens ? Tu étais incapable de dire « non » à ta fille qui en profitait pour t’exploiter… Ou comme ton fils, qui se laissait « bouffer » par son travail et par les exigences de sa femme avant de réaliser qu’il ne vivait pas ce qu’il souhaitait vraiment… ou comme ton autre fille, Camille, qui se laissait « utilisée » par ses amis, ses relations. Beaucoup de gens ne savent pas dire « non » parce qu’ils ont peur d’être rejetés.

- Oui, c’est vrai. Tu m’as bien aidée, et Nicolas et Camille aussi. Merci aussi pour tout ça !

- De rien. Tu sais, j’avoue que moi aussi, j’ai encore du mal à dire « non ».

Alice éclate de rire :

- Je te donnerai des conseils !

Victorine revient vers nous en sautillant, flanquée de son fidèle compagnon :

- Nanie, quand est-ce qu’on repart ?

- Bientôt, répond Alice machinalement.

Je pense qu’en réalité, elle n’est pas du tout pressée de lever le camp.

- En tous les cas, j’ai l’impression que tu n’as pas eu trop de mal à trouver le sujet de la suite du premier livre !

J’en conviens.

- Les circonstances s’imposaient ! On a vécu des choses tellement incroyables, le virus, les confinements et tout ce qui a suivi… Je ne pouvais pas passer à côté de ça.

- C’était une très bonne idée, cette suite ; on était tous contents de s’y remettre ! Et moi, je suis partante pour un troisième tome. Tu y songes ?

- De temps en temps. Mais il faut attendre un peu parce que j’ai fait se terminer le second en 2025 ! Je ne peux pas commencer avant.

- Ah, ça va faire long…

- Oui, mais ça me laisse le temps de peaufiner le sujet !

- Tu veux dire, ça « nous » laisse ! On pourra se concerter maintenant qu’on s’est rencontrées.

- Oui, bien sûr ! Et ça nous laissera le temps aussi de voir comment la situation mondiale évolue… La guerre, le Covid…

- On en sera peut-être à la vingt-cinquième vague… Ou plus ?

- Ils auront peut-être trouvé autre chose, va savoir. Il ne sont jamais à court d’idée pour faire peur aux gens afin de les manipuler plus facilement. Mais je pense que nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre et à ne plus nous laisser faire. Nous allons sans doute finir par évoluer dans deux univers distincts ; d’un côté, ceux qui ont peur et ceux qui veulent continuer à vivre dans une société artificielle de profit et de plaisir ; de l’autre, ceux qui ont la volonté de créer une autre société, plus équitable et plus respectueuse du vivant. Ce sera peut-être le thème du troisième tome… Partante ?

- Et comment ! Je vais y réfléchir de mon côté.

Alice se redresse et soupire d’aise :

- Tu redescends sur Corsavy, maintenant ?

- Oui.

- On fait le chemin ensemble ?

- Bien sûr ! Comme ça, on pourra continuer à papoter !

- Et Vic sera contente de repartir ; avec elle, il faut que ça bouge !

- C’est normal, à son âge… C’est même rassurant.

Nous rangeons et nous nous mettons en marche aussitôt. Victorine et Presto nous précèdent gaillardement. A l’arrière, nous passons en revue les différents protagonistes de ma « saga »et Alice m’informe du décès de Marc, le mari de Cathy, sa voisine, qui n’a pas résisté à un second infarctus. Et dire que moi, l’auteur, je n’en ai rien su ! Parfois, les personnages vous échappent et n’en font qu’à leur tête ! Ce n’est pas la première fois que je constate ce phénomène : je monte un projet, je dresse un synopsis, je sais à peu près où je vais et soudain… Paf ! Un personnage déraille, en entraîne un autre et je suis obligée de changer de direction et d’inventer un nouveau scénario. Il m’arrive de me féliciter de leurs initiatives, mais si ce n’est pas le cas, je recadre ! Non mais, c’est qui, l’auteur ? Hein ??? On n’est pas là pour écrire n’importe quoi, quand même !

 

Nous voilà de retour à Corsavy. Ma voiture est au parking et Alice continue sa route jusque chez elle, à la périphérie du village. Elle me suggère de venir boire quelque chose mais je décline en dépit de mon envie d’aller voir sur place à quoi ressemble vraiment le « Cortal ». J’ai tout imaginé, mais je pourrais bien être surprise !

Ce sera pour une autre fois. On m’attend à Saint G. et je ne peux plus guère m’attarder ; avec les touristes, le trajet risque d’être un peu plus long qu’à l’accoutumée.

- La prochaine fois, je viens avec ma sœur ! Tu sais, elle te connaît presque aussi bien que moi. Elle lit, relit, re-relit… Elle sera ravie de te rencontrer. Souvent, en blaguant, quand on a envie de venir à Corsavy, on dit : « on va voir Alice ? ».

- Hé ben, tu vois, c’est possible !

- Oui, on a raison de dire que l’on crée sa réalité. Nos pensées sont des énergies susceptibles d’agir sur la matière… De condenser la matière… Mais je n’aurais jamais imaginé en avoir une telle preuve.

- C’est la première fois que tu rencontres tes personnages ?

- Oui, et je peux te dire que c’est drôlement émouvant !

- Du coup, il faudrait prévenir les auteurs pour qu’ils fassent attention à ce qu’ils écrivent !

- Oh là là, oui ! Tous ces livres hyper violents, ces films… Pas étonnant que le monde aille si mal !

- Allez ! Pensons positif ! On l’a compris, c’est important ! On s’embrasse ?

Nous nous étreignons chaleureusement ; Victorine arrive pour me sauter au cou et Presto me couvre de léchouilles baveuses.

- Mais alors, t’es qui ? questionne Victorine qui n’a toujours pas pu assouvir sa curiosité.

J’adresse un clin d’œil à Alice :

- Nanie va t’expliquer, c’est un peu compliqué…

Je les regarde s’éloigner tous les trois, heureuse, comblée, très émue. Ils sont beaux. Je les ai vus, touchés, embrassés ; je leur ai parlé… C’est magique !

Soudain, Alice se retourne :

- Hé, tu pourrais peut-être organiser une grande réunion de tous tes personnages ! Ce serait drôle de se rencontrer tous !

Ça aussi, j’y ai déjà pensé.

- Je vais y réfléchir !!!

 

Bon, en attendant, j’ai du pain sur la planche. J’ai laissé tomber ma Lison en Ariège et je ne sais pas trop comment faire évoluer cette histoire-là. Il va falloir que je me penche sérieusement sur l’élaboration d’un synopsis au lieu d’avancer à l’aveuglette ; ce n’est pas trop sérieux.

Et puis, il va falloir retrouver tous les autres ! Nicolas, Charlotte, Margaux, Thibault, Inès… Élisabeth et Gabriel… Mathilde et Valentine… Hé bien, ça va en faire du monde !

Tout ça nous rapprochera de 2025 et du troisième tome.

 

Pourvu qu’ils ne me réclament pas tous une suite...

 

Frédérique

 

L’histoire d’Alice :

Livre 1https://www.leseditionsdunet.com/livre/moi-aussi-jexiste

Livre 2https://www.leseditionsdunet.com/livre/la-liberte-au-coeur

Partager cet article
Repost0
31 décembre 2022 6 31 /12 /décembre /2022 16:54

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Hist' toiles
  • : Nous sommes deux soeurs... L'une peint, l'autre écrit. Nous avons envie de partager nos vécus, nos ressentis, nos expériences; de témoigner... Nous aimons par dessus tout la nature, notre plus grande source d'énergie... Sur ce blog, nous vous présenterons des peintures, des livres, mais aussi des photos de nos voyages, de nos randonnées, des récits... Nous tenterons enfin de vous entraîner dans la grande aventure de notre vie: notre cheminement spirituel vers l'Amour et la Lumière.
  • Contact

Recherche